Deux grands pays africains, l'Égypte et le Mali, sont au coeur de l'actualité, chacun à sa manière et selon son style. Je vous soumets l'analyse que je fais de leurs situations.
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1. L'Égypte. Ceux d'entre vous qui, en plus de Jeune Afrique, lisent le mensuel La Revue savent que j'en rédige et signe l'éditorial.
Dans la livraison du mois de juin, actuellement en kiosque et chez ses abonnés, j'annonce que "l'Égypte est de retour", en précisant la direction dans laquelle va l'emmener Abdel Fattah al-Sissi, que les Égyptiens viennent de sacrer comme leur imperator.
"Sissi : combien de voix ?" Nous avons maintenant la réponse à cette question que j'ai posée ici même la semaine dernière et la confirmation sans ambages de ce que l'on prévoyait : persuadés d'avoir trouvé leur sauveur, les Égyptiens ont voté pour cet anti-islamiste déclaré.
Le pouvoir en place a voulu un plébiscite et l'a obtenu, mais au forceps, qui est la manière de Sissi.
Ex-maréchal, homme d'autorité, il a promis de sortir l'Égypte de l'agitation postrévolutionnaire et de la remettre au travail : c'est la très forte aspiration des Égyptiens à la stabilité qui les a conduits à se choisir un chef qu'ils respectent et dont ils voudraient qu'il soit leur sauveur.
Quoi qu'il en soit, la révolution égyptienne du 25 janvier 2011 semble avoir trouvé le 29 mai 2014 son Bonaparte, dont les idées et le style tranchent avec ceux de ses prédécesseurs comme avec ceux de la plupart des dirigeants politiques en exercice.
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Sissi a dit à plusieurs reprises son admiration pour Gamal Abdel Nasser, le fondateur, en 1953, de la République d'Égypte. Ce n'est donc pas un hasard si Mohamed Hassanein Heikal, qui fut l'éminence grise de Nasser, est, à 90 ans, l'un des conseillers de Sissi.
Qui ne reprendra pas, cependant, le flambeau de l'arabisme brandi naguère par Nasser : le panarabisme ne le fait guère vibrer, et ne fait du reste plus vibrer grand monde.
Musulman pieux et pratiquant, Sissi a érigé l'anti-islamisme en doctrine : "En islam, l'État doit être civil", dit-il avec force.
Les islamistes ? Il les connaît et les a jugés : "Irrécupérables."
"Ces gens-là sont enfermés dans une structure idéologique rigide, dit-il, ils pensent qu'ils sont les vrais musulmans et que nous autres ne le sommes pas du tout... Il est impossible de s'entendre avec eux... Ils sont une menace pour le fonctionnement d'un État et d'une société modernes."
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On ne connaît pas le sentiment de Sissi sur Anouar al-Sadate. On sait, en revanche, ce qu'il pense de Hosni Moubarak, qui l'a nommé, en 2010, chef du renseignement militaire : il lui reproche de s'être détaché de l'armée, dont il est issu, voire de l'Égypte, pour ne penser qu'à servir sa famille et à transmettre la présidence à son fils Gamal : "Il l'aurait fait en mai 2011, à l'occasion de son 83e anniversaire, s'il n'avait été renversé en février..."
C'est d'ailleurs Sissi qui a convaincu ses collègues généraux d'abandonner Moubarak à son sort...
Sur le plan extérieur, le nouveau président égyptien sera l'allié de l'Arabie saoudite, qui maintiendra son indispensable soutien financier à l'Égypte, complété par celui des Émirats.
Les États-Unis fermeront les yeux sur la répression des islamistes qui se poursuivra, trop heureux de voir l'Égypte revenir dans le camp israélo-saoudien. Ils demanderont à Sissi de les aider à remettre un peu d'ordre dans le chaos libyen...
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Ayant abattu une monarchie à bout de souffle, l'armée égyptienne est devenue peu à peu une institution de type... monarchique : n'a-t-elle pas exercé le pouvoir suprême dans ce grand pays tout au long des soixante-deux dernières années, ou presque ? Abdel Fattah al-Sissi n'est-il pas le sixième président (après Naguib, Nasser, Sadate, Moubarak et Tantawi) qu'elle donne à l'Égypte et n'a-t-il pas conquis le pouvoir suprême en délogeant le seul civil qui l'ait occupé, qui plus est pendant moins d'un an ?
L'armée a cessé de faire la guerre et s'est transformée, il y a plus de trente-cinq ans, en institution politico-économique.
Elle joue désormais en Égypte un rôle et occupe une place qui ressemblent à ceux... de la monarchie au Maroc.
Toutes les deux détiennent presque tous les pouvoirs - y compris économique -, jouissent de presque tous les droits et avantages...
Elles sont populaires, on leur fait confiance, on leur pardonne leurs erreurs et leur donne le temps de les corriger.
D'elles et d'elles seulement on accepte (presque) tout et, dans chacun des deux pays, elles sont le dernier recours.
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2. Le Mali. Depuis le 20 mai, le Mali est de nouveau à l'épreuve. Le président Ibrahim Boubacar Keïta, que les Maliens ont élu il y a moins d'un an à une impressionnante majorité, et son gouvernement n'ont pas résolu le problème du Nord-Mali, ce qui n'étonne personne.
Mais ils ne semblent même pas en mesure de lui trouver ne serait-ce qu'un début de solution ; la réintégration de ses habitants dans la nation malienne n'a pas encore pris la forme d'une opération bien engagée.
Les 20 et 21 mai, à Kidal, l'armée malienne s'est heurtée à plus motivé qu'elle. Elle ne s'en est pas sortie à son avantage et s'est révélée aussi fragile que dans un passé récent ; elle a subi des pertes et une humiliation qui ont été ressenties par l'ensemble des Maliens.
La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) s'est de nouveau penchée sur le sort d'un Mali dont on ne pense plus qu'il est sur la voie de la guérison.
Que faire ?
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Je me permets de suggérer une chose à la fois simple et très difficile : que la classe politique malienne fasse de la question du Nord sa cause nationale et agisse en conséquence.
Sur cette question, le gouvernement et l'opposition cesseront de se comporter en adversaires ou en rivaux pour unir leurs rangs et chercher ensemble, jusqu'à la trouver, la solution, puis, d'une même voix, la défendre jusqu'à sa mise en oeuvre.
Le mot d'ordre devrait être union sacrée malienne sur le problème du Nord jusqu'à ce que la solution trouvée soit scellée et acceptée par celles des populations du Nord qui veulent, dans le respect de leurs particularismes, faire partie de l'ensemble malien.
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