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Lettre ouverte au Conseil de sécurité des Nations unies sur le Mali

Crisisgroup.org
Bruxelles  |   3 Jun 2014
Excellences,
Les récents affrontements entre l’armée et les rebelles dans la région de Kidal montrent que la crise malienne est loin d’être résolue. La reprise des combats est directement liée à l’absence de progrès dans les négociations entre les groupes du Nord et le gouvernement. Ces négociations sont au point mort. Cela s’explique notamment par la réticence des principaux acteurs à participer à un véritable dialogue, en dépit des engagements pris lors de la signature de l’accord de Ouagadougou en juin 2013. La dispersion des initiatives diplomatiques n’a pas non plus aidé à la reprise des discussions. La mission des Nations unies (Minusma) éprouve des difficultés à concilier les deux composantes principales de son mandat : elle doit à la fois contribuer au rétablissement de l’autorité de l’Etat et faciliter des négociations entre ce même Etat et les rebelles qui en contestent l’autorité. Elle est ainsi perçue par certains comme un acteur partial agissant en appui du gouvernement. En conséquence, j’invite le Conseil de sécurité, avec le soutien de ses principaux partenaires au Mali, à établir un mécanisme de médiation internationale doté d’une plus grande cohérence et placé sous l’égide de l’ONU.
Les négociations qui ont commencé il y a un an avec la signature de l’accord de Ouagadougou sont en danger. Dans son rapport de janvier dernier, Mali : réformer ou rechuter, Crisis Group prévenait que cette impasse constituerait une menace à la sécurité. Le cessez-le-feu provisoire obtenu en mai par le président de l’Union africaine, aidé du représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, est fragile. Si les pourparlers ne sont pas relancés rapidement, de nouveaux affrontements se produiront, compromettant les efforts considérables investis par la communauté internationale depuis le déploiement de la Minusma en juillet dernier.
Les autorités maliennes et les mouvements du Nord se sont servis du dialogue avant tout pour exprimer leurs doléances, et non pour résoudre des différends. Le gouvernement du président Ibrahim Boubacar Keïta considère la  « question du Nord » comme un problème d’honneur national et a joué la montre pour éviter d’importantes concessions. Les trois principaux groupes rebelles – MNLA, HCUA et le Mouvement arabe de l’Azawad – sont divisés et peinent jusqu’ici à produire des revendications réalistes et cohérentes.
Les acteurs régionaux et internationaux ont eux aussi une part de responsabilité dans cet échec. Ils se sont révélés incapables de concilier leurs intérêts parfois contradictoires afin de promouvoir une vision commune de la résolution de la crise. Leurs initiatives ont souvent manqué de coordination. La médiation a grand besoin d’un nouvel élan afin de relancer les pourparlers.
Pendant plusieurs mois, la Minusma a joué un rôle crucial dans l’apaisement des tensions entre l’armée et les mouvements du Nord. Cependant, en l’absence de progrès sur le plan politique, ces efforts n’ont fait que retarder de nouvelles violences. La mission a éprouvé des difficultés à faciliter la mise en œuvre de l’accord de Ouagadougou. Elle a eu du mal à convaincre les acteurs de son impartialité. La résolution 2100 (25 avril 2013) lui impose en effet tout à la fois de « contribuer au rétablissement de l’autorité de l’Etat dans tout le pays » et de « contribuer au dialogue national ». Cette double exigence implique d’associer au dialogue des groupes armés qui précisément contestent l’autorité de l’Etat dans le Nord.
Renforcer les capacités des institutions maliennes est bien sûr important. Mais la contradiction inhérente au mandat de la Minusma créé des attentes divergentes entre les parties. Certains membres des mouvements du Nord estiment que la mission soutient le gouvernement. Ils évoquent notamment le don de véhicules blindés au ministère de la Défense et la tenue des pourparlers presque exclusivement à Bamako. Ils exigent que le soutien fourni par la Minusma pour organiser les discussions soit plus équilibré. Le gouvernement, quant à lui, estime que la mission onusienne devrait se concentrer principalement sur le soutien à l’Etat pour la restauration de sa pleine souveraineté, comme l’a exprimé le Premier ministre devant l’Assemblée nationale le 29 avril.
Le 30 mai, le sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a demandé aux présidents du Burkina Faso et du Nigéria de renouveler leur mission de médiation, mais celle-ci, en sommeil depuis des mois,  aura du mal à relancer les négociations. Le Mali reproche au Burkina Faso d’héberger les dirigeants politiques du MNLA, et la Cedeao, une institution régionale clé, n’inclut pas certains pays qui ont une influence déterminante dans le Nord comme la Mauritanie et l’Algérie. Il est donc essentiel de mettre en place un mécanisme de médiation internationale qui soit cohérent, soutenu par les grandes puissances régionales et qui soit capable d’aboutir à des compromis. Cette nouvelle initiative devrait être conduite par l’ONU.
Deux options s’offrent au Conseil de sécurité. Aucune d’entre elles ne sera simple, compte tenu des dynamiques politiques régionales et internationales, mais le dispositif actuel de médiation s’avère aujourd’hui insuffisant.
  • La première option verrait le renforcement du mandat politique de la Minusma pour lui conférer un véritable rôle de médiation, et non plus de simple facilitation. Le représentant spécial du secrétaire général deviendrait alors un médiateur à temps plein. Cela permettrait à l’ONU d’offrir ses bons offices et, de concert avec les partenaires du Mali, de pousser les parties à résoudre les blocages. Pour cela, le Conseil devra résoudre la contradiction inhérente au mandat de la mission en faisant momentanément passer au second plan le volet reconstruction de l’Etat. Ce dernier pourra redevenir par la suite une composante importante du mandat, mais pour le moment, la priorité doit être donnée au dialogue. Le vide laissé en matière de reconstruction de l’Etat pourrait toutefois être compensé immédiatement par d’autres partenaires du Mali.
  • La seconde option verrait la nomination d’un émissaire du secrétaire général indépendant de la Minusma, en accord avec l’Union africaine et la Cedeao. Les parties pourraient exprimer leurs préférences à partir d’une liste de personnalités ayant une expérience de haut niveau en l’Afrique de l’Ouest. L’émissaire serait un médiateur officiel dont l’équipe recevrait une aide logistique de la Minusma. Cette dernière pourrait ainsi se concentrer pleinement sur son rôle de reconstruction de l’Etat. Cette option nécessiterait davantage d’efforts pour parvenir à un consensus au niveau national et à l’échelle régionale, mais elle aurait plus de chances de sortir le Mali de l’impasse.
Quelle que soit l’option privilégiée, le médiateur devra recevoir le soutien des principaux partenaires du Mali. Ils doivent former un groupe de contact relativement restreint afin de faciliter la coordination. La France et l’Algérie, qui, ensemble, ont suffisamment d’influence pour amener toutes les parties à la table des négociations, doivent y participer. Le rôle central de l’Algérie dans la région doit être reconnu, mais Alger devrait en contrepartie exercer son influence dans un cadre multilatéral.
Le médiateur, en consultation avec les principales parties et le groupe de contact, devrait rapidement relancer le cadre de négociation de l’accord de Ouagadougou. L’impasse actuelle n’est pas la conséquence de lacunes dans le contenu de l’accord, mais bien du refus des parties de le mettre en œuvre et d’une pression insuffisante des partenaires du Mali. Le comité de suivi et d’évaluation mis en place par l’accord ne s’est pas réuni depuis octobre. Il devrait être réanimé, présidé par le médiateur et se réunir tous les mois pour permettre aux acteurs internationaux de coordonner leurs efforts. Les parties doivent de toute urgence se mettre d’accord et s’engager sur un calendrier détaillé de ses sessions.
Alors que le Conseil de sécurité se prépare à renouveler le mandat de la Minusma, il convient de tirer les enseignements des défis auxquels la mission fait face. La mise en place d’un nouveau mécanisme de médiation sous l’égide de l’ONU, qu’il fasse ou non partie de la Minusma, offre une nouvelle chance d’aider les Maliens à parvenir à une solution durable. Rien ne garantit qu’une telle occasion se représentera à nouveau.
Sincèrement,
Louise Arbour
Présidente  et directrice générale de l’International Crisis Group
http://www.crisisgroup.org/en/publication-type/media-releases/2014/africa/open-letter-to-the-un-security-council-on-mali.aspx?alt_lang=fr

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