mercredi 13 avril 2011

Kadhafi doit partir, affirme le groupe de contact sur la Libye

Reuters - Publié le 13/04/2011 à 22:24



DOHA/TRIPOLI (Reuters) - La pression doit être maintenue sur Mouammar Kadhafi pour qu'il quitte le pouvoir et il faut fournir une aide matérielle aux rebelles qui se battent contre lui depuis deux mois, ont estimé mercredi les ministres des Affaires étrangères du "groupe de contact" sur la Libye.
Les ministres de pays occidentaux et du Moyen-Orient composant le groupe et des représentants du Conseil national de transition (CNT) de la rébellion libyenne s'étaient donné rendez-vous à Doha, au Qatar.
Mis sur pied le 29 mars à la conférence de Londres, le groupe de contact est chargé de piloter le volet politique de l'intervention alliée visant à protéger la population civile contre les attaques des forces du colonel Kadhafi.

"Kadhafi et son régime ont perdu toute légitimité et il doit quitter le pouvoir pour permettre au peuple libyen de décider seul de son avenir", dit un communiqué final au ton très ferme dont Reuters s'est procuré une copie.

Ce communiqué, qui marque un succès pour la France et la Grande-Bretagne, souligne que le CNT, "par contraste avec le régime actuel, est un interlocuteur légitime, représentant les aspirations du peuple libyen."

"APPUI MATÉRIEL" AUX INSURGÉS

Le langage employé dans le communiqué final traduit une plus grande fermeté que celle affichée il y a deux semaines à la première réunion du groupe de contact. Les critiques répétées de Londres et Paris ces derniers jours, notamment sur l'intensité des frappes de l'Otan, n'y sont sans doute pas étrangères.
Les membres du groupe se sont aussi entendus avec les représentants du CNT pour réfléchir à la mise en place d'un "mécanisme de financement temporaire" pour aider les rebelles à administrer la région orientale qu'ils contrôlent.
Le groupe préconise un règlement politique devant être déterminé par le peuple libyen, l'arrêt des attaques visant des civils et le retrait forces gouvernementales des villes qu'elles occupaient ou assiégeaient, notamment Misrata dans l'Ouest.
Il compte apporter un "appui matériel" aux insurgés. Le texte ne donne pas de précisions, mais des diplomates estiment que certains pays pourraient interpréter cette formule comme la fourniture d'armes, objet d'une requête centrale des rebelles.
Le Premier ministre du Qatar, Hamad bin Djassim al Sani, a déclaré à la presse que l'appui matériel pouvait répondre à "tous les autres besoins, matériels de défense compris". Le Qatar est un actif partisan arabe du soulèvement libyen.
De leur côté, en Libye, les rebelles ont indiqué qu'ils souhaiteraient exporter davantage de pétrole pour financer des approvisionnements en vivres et en médicaments.
"Nous faisons face à une situation épouvantable dans l'Est. Manque de nourriture, de carburant, il n'y a aucune source de revenus mis à part le pétrole", a dit à Reuters un représentant des rebelles chargé de coordonner les livraisons de l'étranger.

COMBATS À MISRATA ET À L'EST DE BREGA

Le Programme alimentaire mondial (Pam) a souligné que la Libye était plongée dans une crise humanitaire et le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a déclaré à la réunion de Doha que près de 3,6 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, pourraient avoir besoin d'assistance.
A Ajdabiah, sur le front oriental, les rebelles ont dit être engagés dans des duels d'artillerie avec les forces de Kadhafi à partir d'un secteur situé à 40 km environ à l'est du port de Brega, contrôlé par le gouvernement. Ils ont signalé un raid aérien de l'Otan sur les kadhafistes au nord de la ville.
Les insurgés ont aussi fait état d'intenses combats dans plusieurs secteurs de Misrata, leur unique bastion dans l'Ouest, mais en disant progresser et repousser les kadhafistes vers l'ouest. Il était impossible de vérifier ces informations.
La télévision libyenne a dit que les avions de l'Otan avaient bombardé la rue de Tripoli à Misrata et tué des civils, sans donner de précisions. Elle a ajouté que l'aviation avait aussi attaqué Syrte, ville natale de Kadhafi à l'est de Misrata.
Si un accord s'est dégagé à Doha sur l'objectif d'écarter Kadhafi, des désaccords persistent sur la façon de s'y prendre.
Actuellement, seuls six des 28 pays de l'Otan participent activement aux frappes au sol en Libye, la France et la Grande-Bretagne assurant à elles seules 50% des sorties.
A Paris et à Londres, on s'inquiète de ce que les raids aériens n'aient ni renversé la tendance en faveur des rebelles, ni permis d'arrêter le pilonnage d'une ville comme Misrata.
Des experts notent que les appareils de l'Alliance atlantique, volant à haute altitude, manquent de plus en plus de cibles que l'on peut frapper sans mettre en danger des civils.
Certains font valoir que les Etats-Unis pourraient infléchir le cours des choses avec des armements spécialisés comme l'A-10, utilisé contre les chars.

Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a dit souhaiter l'engagement d'un plus grand nombre de pays de l'Otan dans les attaques contre des objectifs au sol. Son homologue français Alain Juppé préconise une plus forte pression sur les forces de Kadhafi pour obliger ce dernier à partir.

Mais leur collègue belge Steven Vanackere a dit que la résolution de l'Onu du 17 mars autorisant une intervention de l'Otan en Libye excluait qu'on arme des civils. Il n'a pas jugé nécessaire de renforcer la puissance de feu aérienne.

Le prochain rendez-vous du groupe de contact est fixé à la première semaine de mai en Italie.

Avec John Irish, Humeyra Pamuk et Regan Doherty à Doha, Julien Toyer à Bruxelles ; Olivier Guillemain et Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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