jeudi 7 janvier 2010

OPINION : Non, Je ne suis pas arabe et je ne pourrais être que kabyle.


LE MATIN DZ (Algérie)
OPINION : Non, Je ne suis pas arabe et je ne pourrais être que kabyle.
H. Mekdam, département jeunesse et université, MAK-France

mercredi 6 janvier 2010

« To be or not to be, that’s the question ». Cette question existentielle posée par Shakespeare, il y a déjà des siècles, revient au devant de la scène médiatique algérienne sous forme de « Sommes-nous, ou pas, arabes ». Suite à la terrible escalade de violence, physique et verbale, médiatique et politique, qui a émaillé le « Match » Algérie/Égypte du 18 Novembre dernier, des voix se lèvent pour décréter, comme par désenchantement, « la fin de la communauté arabo-musulmane »(1) à l’image de l’ancien ministre français, délégué à la promotion de l’égalité des chances, Azouz Begag et d’autres, plus modérés, pour appeler à revoir, comprendre remettre en cause, l’identité algérienne qui serait finalement pas arabe, et par ricochet, peut être aussi pas musulmane. Kamel Daoud, du Quotidien d’Oran, repris par Le Matin.dz, appelle cela « la décolonisation horizontale » (2).

Écartant Azouz Begag, citoyen français, ex-ministre de la république française de surcroit, et déniant lui la parole. Malgré son statut de chercheur au CNRS, il n’aurait pas le droit de s’exprimer sur son pays d’origine ni d’y émettre un avis, même savant, car ce serait de « l’ingérence étrangère », devise chère aux gouverneurs algériens mais reprise en boucle, dans un nationalisme désuet et aveugle par tout algérien « jaloux de son pays » et penchons-nous sur la contribution, brillante a priori, du journaliste algérien « et fière de l’être » Kamel Daoud qui a subjugué les internautes, et certainement ses lecteurs, et a collectionné les congratulations. Une contribution qui ne caresse pas dans le sens du poil, du politiquement correct, mais qui ne va pas, non plus, dans le sens de l’histoire. Une contribution « limpide » et « courageuse » mais pleine d’implicite et de« cens caché »(3).

C’est moins une déclaration de guerre contre l’arabité, mais ce n’est pas une déclaration d’amour à la Kabylie. Bien au contraire, c’est un pamphlet contre la « berberité », comprendre la Kabylie qui, selon l’auteur, est la cause de tous les maux de l’Algérie et surtout de son désaroi identitaire, preuve à l’appui :Il a fallu une rencontre sportive entre deux pays « frères », suivie d’un déluge d’insultes et de coups mutuels, pour que le journaliste, et à travers lui les autres, se pose la question de l’identité algérienne en remettant en cause son arabité qui n’est, finalement, qu’« alimentaire ». Autrement dit opportuniste et rentière. Effectivement l’arabité n’a servi que les successifs dictateurs algériens, de Ben Bella, son chantre par excellence, qui décréta, déjà, à l’aube de l’indépendance par le fameux triptyque que « nous sommes arabes » et affirmer ainsi sa soumission totale au parrain et Grand frère égyptien, à Bouteflika, son serviteur le plus servile, qui jura, aussi, en pleine décomposition, baptisée à l’occasion « réconciliation », nationale et face à des millions de kabyles, qui attendaient un geste d’apaisement et de reconnaissance de ce messie autoproclamé et qui flirte aussi bien avec la langue de voltaire qu’avec celle d’El jahidh, que Tamazight ne sera jamais langue officielle, insistant ainsi sur le déni commis par ses prédécesseurs et confirmant son inféodation à ses Émirs lointains dans l’Arabie, ses protecteurs dans sa traversée du DESERT.

La politique économique de celui-ci atteste de l’arabisme zélé du personnage en offrant les marchés juteux de la téléphonie mobile et du bâtiment aux égyptiens, au détriment des opérateurs nationaux, pendant que les braconniers émiratis et saoudiens chassaient les dernières gazelles du Sahara algérien. Le tout couronné par des méga concerts, animés par Majda, Raghib et autre Nawel, célébrant de la sorte l’arabité au grand dam de l’Égypte. Tous les algériens et surtout les algériennes connaissent leur chansons au même titre qu’ils vénèrent Mahmoud Yacine et Yamina rizk, dieux sacrés de la télévision, non égyptienne mais, algérienne.

Entre les deux il y avait Boumedienne, poulain du premier et parrain du dernier, architecte et défenseur de cette arabité, tant décriée, en arabisant l’école avec toujours la bénédiction de l’Egypte qui envoyait des milliers de coopérants pour apprendre aux potaches algériens l’Alif Baa en ramenant aussi dans leurs valises les fetwas de Qotb et autre El ghazali, des fetwas qui déboucheront, des années plus tard, sur un génocide humain, culturel, intellectuel et économique. Tout cela a échappé à notre respectable journaliste qui, à aucun moment de sa « brillante » contribution, n’y fait, au moins allusion. Je peux comprendre qu’il ne se mêle pas de la politique mais il doit savoir que l’identité est avant tout politique. Notons au passage que ces trois vautours de la politique, complexés de l’identité qu’ils sont et éternels inféodés à l’Egypte sont oranais. Ils viennent de l’ouest algérien, probablement du même patelin que l’auteur de l’article, ce qui justifie son esquive et son passage sous silence. Nommer les choses et mettre des mots sur les maux, afin de mieux comprendre, peut rendre mal à l’aise pour un certain temps mais le salut ne peut venir de la feinte et de tartufferie, voire de la complicité et de l’omission.

M. Daoud, au lieu de se pencher sur la Genèse de cette maladie, qu’il découvre « guérissable », et déceler le microbe, ou les microbes, qui gangrène le corps algérien, afin de l’éradiquer, découvre aussi, par la même occasion, que « Nous avons ressenti le besoin d’être nous-même » et que « Nous n’avons pas besoin d’être arabes pour être musulmans ni d’être musulmans pour être algériens ». Quelle superbe découverte ! Fait-il sciemment ou pas ? Je ne peux le savoir, mais oublie-t-il que, depuis l’indépendance, un grand nombre de ces algériens disent exactement la même chose, sans qu’une oreille daigne les écouter. Ces algériens qui n’ont jamais renoncé à leur algérianité mais qui ont refusé l’arabité, sans pour autant contester l’arabité des autres. Ces algériens qui ont beaucoup donné pour que l’Algérie ne serait qu’algérienne. Personne ne les a entendu ou plutôt personne n’a voulu les entendre. Un rappel des faits pourrait rafraichir la mémoire aux amnésiques et éventuellement la remplir aux ignorants.

C’est dans le silence complice que Abane Ramdane a été exécuté en 1957, c’est dans le silence complice que les militants du FFS ont été liquidés en 1963. C’est dans le silence complice que les militants du MCB ont été emprisonnés et torturés dans les années 80. Idem pour les fondateurs de la Ligue Algérienne des droits de l’Homme en 1985. C’est dans le silence complice qu’un million d’écoliers kabyles a boycotté l’école algérienne en 1994. C’est dans le silence complice que Matoub Lounès a été assassiné en 1998. C’est dans le même silence complice que 127 jeunes kabyles ont été lâchement abattus par les gendarmes algériens. Ces algériens « de seconde zone », à défaut d’être « des amazighs de première zone », n’ont pas attendu un match de football pour clamer que « Nous n’avons pas besoin d’être arabes pour être algériens » et plus clairement pour les sourds « Nous ne sommes pas arabes ». Donc la question, oh combien importante, de l’identité algérienne ne date pas d’hier. Des fleuves de sangs ont été versés, Monsieur Daoud. Ce volet de l’histoire contemporaine de l’Algérie a été aussi occulté par le journaliste qui pose naïvement, et malheureusement, très tardivement, la lancinante question de « qui sommes-nous ? ». Occulté mais pas ignoré, en tous cas, puisque Kamel Daoud , dans sa quête identitaire, refuse d’être « une brebis capturée par un chant de sirène non comestible » car dans lequel cas il ne serait qu’un « Berbère ? Berberiste ? Autonomiste ? Culturaliste ? Curieusement les quatre qualificatifs choisis font référence uniquement, et exclusivement, à la Kabylie. Berbère et culturalise viennent des années 80. Ils qualifiaient les militants du MCB (Mouvement Culturelle Berbère). Berberiste vient de très loin, de 1949 lors de la crise Anti-berberiste où l’on a exclu et même exécuté des militants de PPA-MTLD, (comme Imache Amar, Mbarek at Menguellet et Amar Ould Hamouda pour ne citer que ceux là) pour la simple raison qu’ils s’opposaient au choix exclusif de l’arabité comme idéologie du futur Etat Algérien en latence, et affirmaient ainsi que l’amazighité aussi fait, et fera, partie de l’identité nationale. Autonomiste fait allusion, explicitement, au MAK ( Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie).

Ainsi M. Daoud refuse, dans sa fuite de l’arabité, aussi d’être ou d’être assimilé, pas au berbère/amazigh, ce qui n’est pas une exclusivité de la Kabylie, mais surtout pas au kabyle tout court, ce qui n’est pas facile à dire, et même à écrire sous la plume du journaliste du Quotidien d’Oran applaudi. Il lui préfère, par une incroyable parabole, le signifier, le montrer et l’indexer par une magique formule « ...des maquis de l’identité poussés vers la montagne et le radicalisme, prompts à l’exclusion et fascinés par des retours impossibles vers des origines privatisées, folklorisées » et tout cela n’est que l’autre mal dérivé de l’obsessionnel refus de l’arabité de Kamel Daoud. Bravo l’artiste (plutôt que le journaliste), incroyable raisonnement : Si la kabylie s’arabise elle tombera dans le délire identitaire qui s’est emparé subitement de vous et de vos semblables, de vos compatriote j’allais dire, et si elle s’entête à ne pas perdre son âme, en s’attachant à sa langue, ses us et se valeurs, universelles par ailleurs, c’est qu’« elle est radicaliste, prompte à l’exclusion » . Je ne connais pas meilleure manière de tuer son chien en l’accusant de rage. Il faut attendre le passage suivant pour comprendre réellement le propos de l’auteur et à travers lequel on peut, sans peine, se rendre compte que ce qui dérange, après l’arabité, le porte parole des Lost identitaires, c’est la kabylité. Avec la question :« Pourquoi lorsqu’on parle de l’amazighité des algériens on tourne le regard automatiquement vers la Kabylie et pas vers le sud ou l’ouest ou le reste du pays et des algériens ? » l’interrogateur confirme ses intentions et « le masque » tombe. Dans la fièvre existentielle qui s’est emparé de l’auteur, et pour apaiser ses douleurs et soulager ses souffrances, la kabylie reste l’ultime sacrifice. Comme le pigeon blanc égorgé pour les femmes enceintes, chez nous, et qui emporterait avec lui tous les maux du foyer et toutes les malédictions.

Tout le monde, et notamment l’algérien, connait la signification du maquis. Depuis la guerre d’indépendance jusqu’au terrorisme islamiste le maquis signifie prendre les armes et défendre sa « cause » et cela ne peut se faire que dans le maquis, autrement dit la montagne (adrar). Depuis quand la Kabylie, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, contrairement aux autres, a pris les armes pour défendre sa « cause » ou même pour se défendre ? Cela ne s’est pas vu même lorsque le régime algérien abattait, de sang froid, ses enfants. Depuis quand la Kabylie est prompte à exclure, une personne, une religion ou même une culture quand ils ne sont pas conquérants ? Depuis quand la Kabylie a « privatisé ou folklorisé ses origines » alors qu’elle ne cessait de réclamer l’amazighité pour tous les algériens, jusqu’au point de renier sa kabylité ( car une grande nuance existe entre les deux concepts, l’un est général et générique, l’autre pertinent et spécifique) et la démocratie pour toute L’Algérie. Cette Kabylie qui depuis un demi siècle ne cesse de donner ses enfants comme chair à canon pour la libération, la réappropriation puis à la démocratisation de l’Algérie. Cette Kabylie qui ne veut pas sombrer dans le sommeil identitaire car sachant pertinemment que celui qui ne connait pas son histoire est condamné à la revivre.

Cette Kabylie qui a offert les meilleurs de ses enfants pour l’Algérie car, pour elle, être kabyle c’est nécessairement être algérien et être algérien suffit humblement pour être kabyle. Cette Kabylie qui ne voulait pas d’une Algérie arabe et encore moins berbère, mais simplement d’une Algérie algérienne, c’était le rêve de Abane et de Didouche. A ce stade d’intox et de désinformation « La peau »n’est plus noire mais arabe et « le masque » n’est plus blanc mais algérien.

Pour ma part, et pour des millions d’algériens comme moi, la question qui vous chagrine et qui vous met dans ce pitoyable état, cette fameuse question ne m’effleure même pas l’esprit. Je sais qui je suis. Je le savais le jour ou ma mère m’a mis au monde, quand je commençais à balbutier : « yemma, vava, dadda, yaya » et je prononçais mes premiers mots, car mes anges me parlait kabyle comme disait Takfarinas. Je le savais le jour ou je reçus une gifle du directeur de l’école primaire de mon village parce que je parlait kabyle dans la cour de recréation, ce que l’institution m’interdisait. Je le savais en écoutant ferhat chanter aattar, nekkini id nnigh et tahia barzidane ; Matoub chanter lwed-aissi et aghourrou, ce que la télévision algérienne ne diffusait pas. je le savais, lycéen, en lisant les chemins qui montent de Feraoun et la colline oubliée de Mammeri, ce que l’école algérienne ne m’enseignait pas. Je le savais quand des jeunes kabyles tombaient sous les balles explosives des gendarmes algériens, exécutant les ordres de leur sinistre tuteur, ministre de l’interieur, sieur Zerhouni, bizarrement originaire de l’Ouest aussi. Je le savais, étudiant, un certain 19 Mai 2001, à la cité universitaire de Hydra, à Alger, quand d’autres étudiants algériens de différentes provenance, et devant notre tristesse et notre désaroi face au carnage en kabylie, jouissaient de fêter la journée de l’étudiant, et de tabasser, avec le soutien des habitants des bidonvilles avoisinants et devant le regard du directeur de la résidence, les étudiants kabyles qui n’avaient pas le cœur à la fête. Voici ce que représente pour moi l’algérianité et ces pour ces raisons que je la rejette. Comme vous ne voulez pas être amazigh de seconde zone je ne veux pas être, et je ne serai jamais, un algérien de seconde zone. Je suis amazigh au même titre que les français, les espagnols et les italiens sont latins. Cela ne les a pas empeché de s’émanciper chacun dans sa langue et sa culture. Je suis kabyle, ma langue maternelle est le kabyle,je suis né et j’ai grandi en Kabylie, je ne pourrais être autre chose. Je n’ai pas attendu le MATCH pour savoir qui suis-je. Toutes les injustices et tout le déni que j’ai subi, moi et les miens, m’ont apporté la réponse . Libre à vous d’être arabe de seconde zone ou algérien de première. Concernant le MAK( Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie) auquel il est fait, insidieusement allusion, journaliste que vous êtes, vous devriez savoir qu’il n’est ni un mouvement séparatiste, ni extrémiste et encore moins raciste(4). C’est un mouvement qui a vu le jour dans le sang et les larmes, pendant le printemps noir de Kabylie, quand des jeunes kabyles désarmés, manifestant encore une fois pour plus de liberté et de démocratie en Algérie, tombaient sous les balles explosives du pouvoir algérien sans qu’une voix, de l’Est ou de l’Ouest, s’élève pour dire « arrêtez, ces jeunes sont les nôtres et ce qu’ils revendiquent est le nôtre ». C’est la cristallisation de tous les combats, et de toutes les revendications portées par la Kabylie, revendications qui sont, finalement, aussi « mal partagées ». L’autonomie de la Kabylie, dans un cadre national, est seule garante à même de protéger ses enfants, de promouvoir sa langue et sa culture, de réaliser ses aspirations de progrès, de laïcité et de modernité(5). Ces aspirations qui font peur au pouvoir algérien qui interdit au président du MAK, Ferhat Mehenni, de rentrer dans son pays, pays auquel son père s’est sacrifié et, à travers ses sous-traitants tunisiens(6), de l’empêcher même de voir sa famille, le tout dans un silence absurde de la presse algérienne « indépendante » !

Vous ne devriez pas avoir honte, de ne pas être kabyle, M. Daoud. Car à défaut d’être « une brebis capturée, par un chant de sirène non comestible » vous ne seriez qu’une brebis galeuse reniée par le troupeau et abandonnée par le berger. Et au lieu de défouler sur la Kabylie, éternel cauchemar des déracinés de l’idéologie et des oubliés de l’histoire cherchez remède à vos maux du coté de la psychologie et « Sentez-vous bien quand vous vous dites arabe ». Vous n’avez pas trop le choix car comme le dit le grand Lounis :« laslik izeglik win tebghid yugik mliyid wi ikilan » Je traduit, car apparemment cette langue kabyle qui me vient des fins fonds de l’antiquité, malgré les aléas de l’histoire, jalousement protégée par mes ancêtres contre les envahisseurs du Nord et d’Orient, et soigneusement transmise par mes grand-parents malgré le déni et l’oppression, est « mal partagée », comme si , au final, c’est aux kabyles d’aller « kabyliser » des gens qui ont, depuis longtemps troqué leur amazighité, de gré ou de force, contre des honneurs éphémères et des identités empruntées :« Ton origine t’a renié, celui que tu veux t’a refoulé, dis moi qui est-tu ? »

Cette kabylie orgueilleuse, comme une grande dame qu’on ne peut atteindre, aux heures des combats qu’elle mène n’inspire, dans le meilleure des cas, que la jalousie et l’envie de la conquérir, et au pire la méfiance et l’envie de la détruire. Et si elle tient à son identité, et la dessus elle ne se pose pas de question, ce n’est pas un retour impossible aux origines incertaines mais une implantation dans le cœur de l’histoire qui la projette dans l’avenir. Un avenir de paix et de tranquillité. Un avenir de progrès et de développement. Un avenir de reconnaissance et d’ouverture. Un avenir meilleur que l’ensemble algérien ne peut pas lui offrir. Contrairement à l’algérianité bien décrite par le journaliste « Dedans, il n’y a encore ni palmiers, ni oliviers, ni contes, ni traces, ni cimetières d’ancêtres, ni signes exhumés » un vide en gros, un grand vide, la Kabylie a ses oliviers et figuiers( tizemrine akw tnaqline), ses contes et ses légendes (tiqsidine akw tmuchouha), ses traces et ses racines(izourane) et c’est exactement ce que l’algerianité, à défaut de ne pouvoir le lui prendre, a voulu détruire. L’algerianeté ne serait pas aussi vide si elle a pu conjuguer, et réunir en symbiose, la Kabylie et ses oliviers, le Sahara et ses palmiers (et son pétrole), l’Algérois et ses orangers, l’Oranie et ses vignes, le Constantinois et ses chênes. Cela s’appelle la Terre M. Daoud et ce n’est pas dénué de sens. C’est en fin de texte que le chercheur d’os découvre qu’« en voulant savoir qui nous sommes, nous sommes remontés à plus loin que la colonisation française, pour retomber dans les travers d’une colonisation plus ancienne et que nous avons confondu avec notre portrait que renvoie notre terre ». Chassez le naturel, il revient au galop dit le proverbe. A force d’ignorer son aliénation on retombe dans sa défense. Il n’y a pas de décolonisation verticale ni oblique ni horizontale. Il y a une seule et unique décolonisation, elle est symbolique, historique, idéologique et culturelle. C’est une décolonisation politique. Le jour ou les intellectuels algériens, les journalistes et les écrivains commencent à bannir l’incartade et à dire ce qu’elles sont les chose, réellement, à montrer la voix aux populations et à traduire leurs aspirations, à cesser d’invectiver les autres en se remettant en cause, à prendre le pari de l’intelligence et non celui de l’allégeance, à nommer le totalitarisme et descendre les fossoyeurs des identités, ce jour la les colonisateurs, tous les colonisateurs tomberont et l’oranais, l’algerois, le kabyle, le chaoui, le targui retrouveront leurs identités et vivront pleinement leurs spécificités. Ce n’est que de la sorte que tout un chacun, en s’émancipant des tutelles choisies ou imposées fera partie intégrante de la communauté nationale, communauté à la fois diverse et unie, ce jour là l’Algérie ne sera pas vide. Elle ne sera pas non plus assassine et corrompue. Elle donnera une place à ces peuples qui la composent, elle saura honorer ces hommes et ses femmes qui l’ont libéré ( ma pensée va à Djamila Bouhired (7) qui se plaint de sa misère à la présidence au moment au les joueurs algériens gagnent des sommes hallucinantes pour la qualification en coupe du monde(8) ), à connaître son histoire pour, enfin envisager l’avenir. L’identité des peuples ne peut être l’effet d’improvisation forcenée au gré d’une victoire, sportive soit-elle ou autre. C’est un héritage inconditionnel, perpétué et protégé par des générations qui se succèdent. En attendant la Kabylie a tracé son chemin, celui de l’autonomie, son seul espoir et son seul salut sur la terre de ses ancêtres. Les retardataires suivront ou à défaut, périront dans le sommeil identitaire et rejoindront les poubelles de l’histoire.

H. Mekdam, département jeunesse et université, MAK-France

Notes : (1) Azouz Begag et C. Delorme, La fin de la communauté arabo-musulmane, lemonde.fr, 04/12/09. (2) Kamel Daoud, L’inévitable décolonisation horizontale, lematindz.net , 21/12/09. (3) Daniel Gaxie, Le cens caché, editions du Seuil, Paris 1978. (4) PAK, projet pour l’autonomie de la Kabylie, mak.makabylie.info (5) H. Mekdam, Pourquoi l’autonomie de la kabylie, afrique-du-nord.com, 23/04/09 (6) Ferhat mehenni refoulé, tsa-algerie.com, 11/12/09. (7) Djamila Bouhired, je vous demande de ne plus nous humilier, lematindz.net , 13/12/09. (8) Cadeau de qualification au Mondial, tsa-algerie.com, 22/12/09.

http://www.lematindz.net/news/2908-...

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