Il s’appelle Prism, et ce programme top secret des services américains de renseignement a de quoi faire saliver les amateurs de cybersurveillance et effrayer ceux qui pensaient communiquer en ligne en toute intimité.
Depuis 2007, et avec la bénédiction d’un juge fédéral, la NSA (National Security Agency - agence pour la sécurité nationale) collecte régulièrement la plupart des échanges électroniques effectués par des internautes qui ne sont pas citoyens américains, affirment le quotidien britannique “The Guardian” et le journal américain “The Washington Post”.
Ces espions américains spécialisés dans les télécommunications peuvent, d’après des documents top secret de la NSA publiés par ces deux journaux, se servir sur les serveurs de la plupart des géants du Net américains. Ils sont en mesure de consulter les emails, chats, activités sur les réseaux sociaux, vidéo, photos, coups de fils passés par Internet qui transitent par les services de Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, Skype, AOL et PalTalk (un chat vidéo qui a connu ses heures de gloires pendant les printemps arabes).
Coup dur pour Obama
“C’est probablement le programme de surveillance le plus important de l’histoire récente des États-Unis”, assure le Washington Post. “Prism permet à la NSA de surveiller les télécommunications sans avoir besoin d’obtenir l’accord des fournisseurs de contenus et sans avoir à demander un mandat pour chaque écoute”, précise The Guardian.
Grâce à ce programme, la NSA “peut littéralement observer ce que vous dites en ligne pendant que vous le tapez à l’écran”, a souligné au Washington Post l’officier américain qui a transmis ces documents aux deux médias.
Pour les services américains de renseignement et la Maison Blanche, c’est un coup dur qui arrive au lendemain d’un premier pavée dans la mare de la cybersurveillance “Made in USA”. La veille, le président américain Barack Obama avait, en effet, dû reconnaître que la NSA collectait en secret un grand nombre de données à chaque fois que des Américains passaient des coups de téléphone. Un aveu forcé par des révélations du Guardian.
"Péril pour notre sécurité nationale"
Cette fois-ci, les services de renseignement eux mêmes sont montés au créneau pour défendre Prism. James R. Clapper, directeur du renseignement national américain a tout d’abord mis en cause les deux journaux à l’origine de l’affaire. “Ces révélations non autorisées mettent en péril nos efforts pour identifier les menaces sur notre sécurité nationale”, écrit-il dans un communiqué publié en ligne. Il ajoute que les articles incriminés contiennent “des erreurs” et souligne que Prism agit dans la légalité la plus totale. Le programme “est mené sous l’autorité du Congrès [américain]”, explique-t-il ajoutant que la Cour de surveillance du renseignement extérieur - qui siège en secret - surveille qu’il n’y a pas d’abus dans l’utilisation des données collectées. Enfin, James R. Clapper s’est voulu rassurant... pour les citoyens américains. Il a souligné que cette cybersurveillance vise uniquement les ressortissants étrangers soupçonnés de liens avec des groupes terroristes.
Si les autorités américaines reconnaissent l’existence de Prism, les géants de l’Internet concernés ont, de leur côté, été unanimes. Aucun d’entre eux ne connaît ou participe “volontairement” ou “directement” à cette collecte massive des données. Pour les Google, Facebook et autres, des révélations faisant d’eux des complices d’une opération attentatoire à la vie privée des internautes pourraient, en effet, être dévastatrices en terme d’image.
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