samedi 16 janvier 2010

AFP Accord de sortie de crise : Dadis reste en exil, élection présidentielle dans six mois


Moussa Dadis Camara, en civil, signe l'accord le 15 janvier. Il n'a pas pris la parole.

16/01/2010 10:29:31

© AFP
Après plusieurs jours de négociation au sommet à Ouagadougou, Moussa Dadis Camara et le général Sékouba Konaté ont signé un accord, sous l'égide de Blaise Compaoré. Le texte prévoit que Dadis prenne "librement un temps de convalescence" et qu'une élection présidentielle se tienne dans "six mois".

Un accord de sortie de crise en Guinée a été signé vendredi à Ouagadougou, prévoyant un maintien "en convalescence" à l'étranger du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, et la tenue d'une présidentielle dans "six mois".

Après deux jours de difficiles tractations, l'accord a été signé par le capitaine Camara, apparu amaigri et avec une longue cicatrice sur le crâne, le président intérimaire le général Sékouba Konaté et le médiateur dans la crise guinéenne, le président burkinabè Blaise Compaoré, a constaté l'AFP.

Dadis en civil, n'a pas parlé pendant la cérémonie
Dans le même temps, les opposants à la junte, incapables de s'entendre, ont proposé deux noms au poste de Premier ministre de transition: l'opposant Jean-Marie Doré et la leader syndicaliste Rabiatou Sérah Diallo. Ils laissent ainsi le choix au général Konaté de le désigner à leur place.

Le chef de la junte, 44 ans, blessé à la tête par balle lors d'une tentative d'assassinat le 3 décembre, "prend librement un temps de convalescence tout en restant disponible pour apporter sa contribution aux acteurs de la transition", selon le texte de l'accord qui ne précise pas s'il restera au Burkina.

Il était habillé en civil, avec des lunettes de vue. Cette tenue contrastait avec celles de commando parachutiste, larges lunettes de soleil et béret rouge, qu'il affectionnait en public avant le 3 décembre. Il marchait seul, sans aide, mais lentement. Le visage figé, il n'a pas parlé durant la cérémonie.

La communauté internationale, France et Etats-Unis en tête, redoutait plus que tout un retour en Guinée du capitaine Camara, mis en cause avec d'autres par des enquêteurs de l'ONU pour sa participation au massacre de plus de 150 opposants le 28 septembre à Conakry.

Pas de participation de la junte à l'élection

L'accord de Ouagadougou prévoit aussi la création d'un "conseil national de transition (CNT), organe politique délibérant, dirigé par une personnalité religieuse", la mise en place d'un "gouvernement d'union" dirigé par un "Premier ministre, président du conseil des ministres, issu du Forces vives" (opposition, syndicats et société civile), et l'organisation d'une élection présidentielle "dans six mois".

Le document stipule que "les membres du Conseil national de transition, le chef d'Etat de transition, les membres du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, junte), le Premier ministre, les membres du gouvernement d'union nationale et les membres de forces de défense et de sécurité en activité" ne participeront pas à ce scrutin crucial.

Cet accord intervient après de difficiles tractations de haut niveau entamées mercredi soir à Ouagadougou.

Le capitaine Camara était arrivé d'une manière inopinée mardi soir dans la capitale burkinabè, après plus d'un mois d'hospitalisation au Maroc.

La communauté internationale soutient le chef intérimaire de la junte qui s'est dit prêt à partager le pouvoir avec l'opposition. Le 6 janvier, il avait annoncé que le Premier ministre de la transition serait "issu de l'opposition" et "désigné par elle-même".

"Dans la mesure où nous n'arrivons pas à nous entendre sur une candidature unique des Forces vives, nous avons proposé deux candidats", a déclaré vendredi à l'AFP M. Mamadou Bah Baadiko, président de l'Union des forces démocratiques (UFD).

Il a toutefois tenu à dédramatiser: "ce n'est pas méchant tout cela, le général Konaté aura à choisir entre les deux candidatures dans la sportivité".

Les deux candidats au poste de Premier ministre ont salué l'accord de sortie de crise.

Pour le porte-parole des Forces vives, Jean-Marie Doré, le général Konaté "aura désormais les coudées franches pour entamer les réformes et achever la transition dans la paix".

Libye: Décès de l'écrivain et homme de Lettres Khalifia Tilissi


Afrique en ligne
Libye

Afrique du Nord - Libye .Société - Le monde culturel et littéraire libyen a perdu l'une de ses figures les plus emblématique avec le décès, mercredi soir à Tripoli, de l'écrivain, romancier et historien Khalifa Mohamed Tillissi à l'âge de 80 ans.

Tillissi, qui était né en 1930, est considéré comme l'un des plus grands écrivains et hommes de Lettres libyens et une figure de proue de la culture arabe, a contribué à la création de plusieurs imprimeries de presse dont celles des journaux "Al-Rawad" ("Pionniers") et "Al-Maraa" ("La femme").

Il a également participé, par ses efforts à la fondation de la Haute commission de parrainage de la littérature et des arts, ainsi que dans la création de l'Association de la pensée en Libye. Il s'est aussi intéressé à la traduction et son dernier ouvrage, publié par l'Autorité générale libyenne de la Culture, est intitulé: "La Méditerranée, civilisation et conflits".

Après avoir exercé dans le domaine de l'enseignement jusqu'en 1951, le Dr Tillissi a occupé un poste administratif au Parlement avant de devenir son Secrétaire général en 1962 et d'être nommé ministre de l'Information et de la Culture de 1964 jusqu'en 1967, puis ambassadeur auprès du royaume du Maroc jusqu'en 1968.

Il a également occupé la présidence de la Haute commission de la radio et celle du Conseil d'administration de la maison d'édition "Dar Al-Arab du Livre" en 1974 avant d'être choisi comme premier secrétaire de l'Union des hommes de Lettres et écrivains libyens en 1977 puis Secrétaire général-adjoint de l'Union des hommes de Lettres arabes en 1978 ensuite Secrétaire général des éditeurs arabes en 1981.

Khalifa Mohamed Tillissi a été récompensé, pour ses contributions historiques, par l'Institut oriental de l'université de Naples qui lui a décerné le titre de Docteur Honoris Causa, de même que par la Tunisie qui lui a attribué sa Palme de la culture tout comme le Maroc qui lui a remis son Prix maghrébin de la culture.

Au niveau local, le Dr Tillissi a reçu la médaille Al-Fateh en 1989, le prix distinctif Al-Fateh de littérature et des arts dans sa première édition en 1995 pour l'ensemble de son oeuvre, ainsi que le Prix Kadhafi des droits de l'Homme en 2002.

Tripoli - Pana 15/01/2010

CAN : Les Eléphants domptent le Ghana


Samedi 16 Janvier 2010 - 13:30
Football
CAN : Les Eléphants domptent le Ghana

La Côte d’Ivoire n’avait pas le choix : la victoire sinon rien. Et les hommes de coach Vahid ont assuré. Des buts de Gervinho, Tiéné et Drogba, contre un penalty de Gyan (3-1), assurent aux Eléphants le premier billet pour les quarts de finale de cette CAN 2010.

Toujours plus de sécheresse, de maladies et moins de droits


El Watan 15 janvier 2010

Toujours plus de sécheresse, de maladies et moins de droits
vendredi 15 janvier 2010

Mahmoud Ag Sid Ahmed, ancien rebelle du soulèvement touareg au Nord Mali, raconte le désespoir d’une population livrée à la misère, les maladies, la violence terroriste, la sécheresse et le déni de droit. Témoignage sur une situation chaotique qui risque d’échapper à tout contrôle.

La quarantaine largement dépassée, Mahmoud Ag Sid Ahmed est un ancien combattant de la rébellion touareg au nord du Mali. La misère, le déni de citoyenneté et la frustration ont été pour beaucoup dans sa désertion des rangs de l’armée malienne. Alors qu’il avait le grade d’officier, il est parti rejoindre ses proches retranchés dans le massif de Tigharghar, un bastion de la rébellion touareg situé à l’est de Tessalit. La signature de l’Accord d’Alger en juillet 2006, grâce à la médiation de l’Algérie, lui a redonné espoir de voir sa région sortir de l’isolement et de la déchéance. Comme bon nombre de ses compagnons, il décide alors d’abandonner la lutte armée et de rentrer chez lui à Kidal, en attendant la réinsertion sociale promise par le gouvernement malien. Mais le retour lui a permis de découvrir que rien n’a changé et que rien ne changera dans sa ville. La misère dans laquelle vivaient ses proches s’est accentuée et les engagements de l’Etat n’étaient en fait qu’un mirage.

Présent à Alger pour prendre part aux travaux de la conférence des cadres dirigeants de l’Alliance du 23 mai pour le changement (ADC), l’aile politique de la rébellion touareg, il revient sur le quotidien terriblement difficile de la population du nord de Kidal. Fortement éprouvée par la violence, celle-ci fait face à une rude sécheresse qui vient à bout de son cheptel, des pâturages et des points d’eau, seule source de vie. « C’est devenu une sorte d’habitude chez nous. Les situations de crise ne font que s’accumuler sans qu’aucune ne soit résolue. La situation est alarmante. Cela fait plus d’une année qu’aucune goutte d’eau n’est tombée, alors que la région vit essentiellement de l’élevage. D’ailleurs, les éleveurs ne trouvent ni pâturage ni points d’eau pour faire vivre leur cheptel. Beaucoup assistent, impuissants, à l’agonie de leurs bêtes. Parallèlement à cette catastrophe naturelle, aucune activité économique n’a été entreprise dans la région, alors que les maladies et mêmes les épidémies emportent régulièrement les femmes, les enfants et les personnes âgées faute d’une prise en charge sanitaire et d’infrastructures de santé. L’Etat est totalement absent de cette région. Il ne fait ni de la prévention sanitaire ni de l’intervention d’urgence. Les Touareg vivent un quotidien chaotique qui ne fait que s’aggraver chaque jour… », révèle l’ancien rebelle. Le cœur plein de colère, il parle longuement des détails du vécu de ses concitoyens livrés, dit-il, « à l’isolement et à l’abandon ». J’ai interpellé le gouverneur de Kidal sur cette situation à plusieurs reprises, mais à chaque fois sa réponse est : « Je ne peux rien faire. Il y a un problème de sécurité dans cette région. » « J’ai proposé de constituer des groupes de sécurité pour escorter les équipes médicales, suivre le cheptel, garder les points d’eau, mais il a refusé l’offre, sous prétexte que cela relève de l’armée. Ils nous ont pris nos armes et nous obligent à voir nos familles et nos bêtes mourir sous nos yeux », souligne Mahmoud. Il s’arrête un moment et continue son récit. « Vous savez, être muté à Kidal pour les militaires est considéré comme une punition. Alors ceux qui sont en poste dans cette région sont totalement coupés de l’environnement et les rares Touareg, qui sont dans les rangs, sont mutés à des centaines de kilomètres plus loin. J’ai à ma charge vingt familles que je dois nourrir et sécuriser. J’aurais pu être plus rentable dans ma région, mais ils m’ont déplacé ailleurs, là où je ne peux être utile. Tout comme ceux qui ont été envoyés au Nord. Ils ne connaissent rien de la région et de plus, ils sont isolés par la population du fait du manque de confiance qu’ils suscitent chez celle-ci », note-t-il.

Mahmoud sirote son thé, prend le temps de répondre au téléphone, puis revient à son vécu, qu’il raconte d’une voix nouée. « Beaucoup parmi les Touareg ont quitté les rangs de l’armée non pas par éloignement, mais parce qu’il y avait aussi une grave discrimination ethnique. Ils étaient sous-payés et mal traités par rapport à leurs collègues non touaregs », dénonce-t-il. Selon lui, ses camarades ont pris la décision de déposer les armes parce qu’ils ont cru qu’en contrepartie de leur acte, la région allait connaître un changement économique. « Ils étaient 600 en 2006 et 700 en 2009, à y avoir vraiment cru. Mais dès que les armes se sont tues, la désillusion a été totale. Aucune des mesures prévues dans le cadre de ce dépôt des armes n’a été concrétisée. Nous nous sommes retrouvés au point départ, avec plus de misère, plus de morts, plus de malades et un avenir encore plus incertain pour un plus large pan de la population. Les ONG humanitaires et les partenaires qui allégeaient quelque peu la souffrance de nos concitoyens ont tous quitté la région et le gouvernement nous tourne le dos, sous le prétexte fallacieux de l’absence de sécurité. Il laisse les terroristes agir en toute liberté et nous empêche de nous organiser pour les chasser. De juillet 2006 à ce jour, l’attente et tout ce qu’elle a entraîné comme souffrance n’a que trop duré. Nous sommes arrivés à une situation sans issue. Il fallait faire le pas et interpeller le pays médiateur qui nous a fait croire que l’espoir d’un changement était permis. Nous avons laissé beaucoup de temps de réflexion au gouvernement, en vain. Nous avons pensé qu’étant donné qu’entre l’Etat et l’Alliance, il n’y a plus de dialogue, il faut alors une troisième partie, l’Algérie, pour faire ensemble le bilan et amener tout le monde à la table des négociations et arriver enfin à concrétiser la paix durable sur le terrain. » Mahmoud semble très inquiet quant à l’avenir de sa région. Pour lui, si ces tentatives de reprise du dialogue n’aboutissent pas et que la situation désastreuse persiste, la région va basculer vers l’inconnue et échapper à tout contrôle. Selon lui, pour éviter un tel scénario, il faut juste faire appel à ces quelques volontés qui tiennent à l’Accord d’Alger et qui se trouvent au sein de l’Etat malien pour aller au-devant et créer les conditions de mise en application des mesures prévues pour une paix durable.

« Toute la population touareg a nourri beaucoup d’espoir sur cet accord. Elle a trop enduré et veut vivre comme les Maliens du Sud. Elle veut juste son droit à une vie décente, une dignité et une citoyenneté à part entière. L’Accord d’Alger n’appartient à personne. Il a été signé pour répondre aux besoins de la population touareg, mais ces besoins tardent vraiment à voir le jour. Nous avons peur que les milliers de jeunes désabusés et vulnérables se détruisent par des activités criminelles ou détruisent leur région en rejoignant les rangs des terroristes. En fait, c’est l’objectif que veut atteindre Bamako, pour pointer du doigt la population et la montrer aux yeux du monde comme une alliée des terroristes ou des trafiquants en tout genre », déclare Mahmoud. Le regret de voir sa région natale au rang des pays les plus pauvres en dépit de ses grandes richesses naturelles le ronge souvent. « Peut être que ce sont ces richesses qui constituent en réalité notre malheur, pour les convoitises qu’elles aiguisent. » La conférence d’Alger représente pour lui une lueur d’espoir, pour peu, ajoute-t-il, « que l’Algérie pèse de son poids pour ramener le Mali à ses engagements. Il y va de la stabilité du nord de Kidal, mais également de tous les pays de la région, dont l’Algérie. »

Par Salima Tlemçani

vendredi 15 janvier 2010

HAWAD POETE ET PEINTRE TOUAREG D AGADEZ NIGER/Furigraphier le vide


Art et poésie touareg pour le IIIe millénaire


Vient de paraître :

Furigraphier le vide

Art et poésie touareg pour le IIIe millénaire

Un film de
Hélène Claudot-Hawad
et Nathalie Michaud

Durée : 55 minutes, format DVD
Co-production : Université de Toulouse-Le Mirail / Portique Nomade

Comment être nomade aujourd’hui ? Comment poursuivre la marche qui multiplie les horizons ? Comment occuper le vide ?
Ces questions douloureuses se posent avec une violence accrue dans les espaces arides du Sahara et du Sahel à l'économie asphyxiée, à la population criminalisée et aux territoires âprement convoités pour leurs richesses minières. Pour résister au chaos et au non-sens, pour lutter contre l'ultime dépossession de soi : celle de l'imaginaire, quarante-quatre poètes touareg réunis pendant trois nuits et trois jours en novembre 2006 à Agadez dessinent des parcours sonores libérés des entraves qui immobilisent aujourd'hui leur société et réinventent à leur manière les trames du présent.

Lire la suite... sur http://www.editions-amara.info/

Houles des horizons
(extrait d’un ouvrage de poésie à paraître prochainement).


Crise politique: Le dialogue inter-nigérien s’est éteint


Le Républicain


Le médiateur désigné par la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao)retraite Abdul Salami Abubakar, est pratiquement au terme de sa mission. Le dialogue inter-nigérien qu’il doit arbitrer est au bout du souffle. Il n’entrevoit plus d’issue, d’autant que le chef de l’Etat Mamadou Tandja n’est prêt à aucune concession sur la 6è République. Il ne demande ni plus ni moins que la reddition des adversaires à la prolongation du mandat de trois ans qu’il s’est octroyée à travers le référendum constitutionnel du 4 août dernier. Selon la position officielle, il n’y a pas de discussions possibles sur la légitimité et la légalité de la 6è République. Selon nos informations, la seule ouverture que le chef de l’Etat serait prêt à faire, c’est d’ouvrir l’actuelle Assemblée nationale aux opposants, mais sans la casser. Comment cela est-il possible? Allez-y le savoir. C’est dire que la feuille de route proposée par le général Abubakar, à savoir convenir d’une transition politique dont la durée et les institutions qui vont la régir seront discutées au cours du dialogue, ne vaut pas plus qu’une serpillière.

Il ne restait plus au médiateur d’en prendre acte et de rendre compte au sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Cedeao prévu se tenir le 18 janvier prochain, à Abuja, siège de l’organisation. Il devrait élaborer son rapport final, et éventuellement rendre publique une déclaration pour annoncer la mortdu dialogue inter-nigérien sur lequel les Nigériens, toutes sensibilités politiques, ont porté beaucoup d’espoir. Déjà, ils sont nombreux à en souffrir dans leur chair.

Combien sont-ils au chômage avec la suspension des financements extérieurs, du fait de la crise politique actuelle? Comment le programme spécial du président de la République ou les grands chantiers, qui ont servi de prétexte à la prolongation du mandat, peuvent-ils être financés dans un contexte où les robinets se ferment unà un? Avec l’échec annoncé du dialogue inter-nigérien, nul doute que des institutions comme l’Union européenne (UE), l’organisation internationale de la francophonie (OIF) et la Cedeao vont adopter de nouvelles sanctions économiques, financières et diplomatiques contre le Niger. On se rappelle que lors des consultations avec l’UE, le 9 décembre dernier, un « ultimatum » de quatre mois a été donné au gouvernement nigérien pour trouver une solution juste à la crise politique dans le pays.

Une cinquantaine de milliards FCFA d’aide budgétaire a été déjà suspendue. Point de solution, donc des sanctions graduelles risquent d’être prises contre le Niger. Les 16 et 17 décembre dernier, l’OIF a tenu une réunion ministérielle à Paris. C’est d’extrême justesse que le Niger a échappé à une sanction. C’est pourquoi, deux mois ont été accordés au gouvernement pour revenir à la normalité démocratique. Pour sa part, la Cedeao, qui n’a pas reconnu le référendum et les institutions qui en sont issues, pourrait radicaliser sa position contre notre pays qui, depuis bientôt trois mois, n’est plus autorisé, en même temps que la Guinée, à prendre part aux instances de cette organisation.

Les Etats-Unis, qui ont déjà pris des sanctions relatives au financement du développement (formation de plusieurs milliers de jeunes Nigériens, appui aux communes rurales et urbaines, appuis divers, suspension d’exportation des produits nigériens aux USA…) viennent de décider du gel de l’importation des armes par le Niger.

C’est conscient de ce que les jours à venir seront durs, la diète sera au rendez-vous, que les principaux promoteurs de la refondation dont le chef de l’Etat lui-même ont appelé les Nigériens au sacrifice, à se serrer la ceinture.

En vérité, ils constituent l’écrasante majorité des Nigériens à ne pas disposer de ceinture, pour leur demander de la serrer. On s’y attendait…L’échec annoncé du dialogue inter-nigérien est une demi-surprise même pour le Nigérien lambda. Ce d’autant que ces derniers jours, les zélateurs du régime n’ont raté aucune occasion pour attaquer les partis politiques qui prennent part au dialogue, vilipender la coordination des forces pour la démocratie et la République (CFDR-opposition) et la CEDEAO.

Un autre événement qui a dû retenir l’attention, ce sont les reportages de la télévision nationale, le week-end dernier, sur les premiers coups de pioche pour la construction du pipe-line de la raffinerie, du mur de clôture du port sec de Dosso, et les études de faisabilité de l’exploitation du charbon de Salkadamna, dans la région de Tahoua.

Le troisième événement, c’est le discours du chef de l’Etat en réponse aux vœux du nouvel an des présidents des institutions de la République, le 12 janvier dernier. Tandja n’a pas fait mystère de son intention de ne pas céder aux exigences de ses adversaires. Il a annoncé la mise en place prochaine du sénat, du conseil économique, social et culturel (Cesoc), du Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT), du Conseil national de la chefferie traditionnelle et de celui de la jeunesse (une invention de la Constitution de la 6è République) pour fixer définitivement « tous les piliers de la 6èRépublique ». Son discours ne reconnaissait que cette Constitution, et rien d’autre. « Il serait en effet illusoire de croire que le combat pour la refondation de la République est gagné du seul fait de l’adoption d’une nouvelle Constitution et de la mise en place des institutions qu’elle prévoit. En réalité, le combat ne fait que commencer et il nous impose forcément beaucoup de sacrifice, de courage et de détermination pour affronter les nombreux défis qui nous interpellent. Il nous impose de prendre véritablement notre destin en main, de compter sur nous-mêmes, et de nous convaincre, à l’inverse de ceux qui parcourent le monde en quête de soutien que le Niger, prospère et respecté, ne se fera que par nous-mêmes », a t-il prévenu.

Il annonce en même temps la collusion entre ses adversaires et la communauté internationale qu’il a tenue à dénoncer, lors de la présentation des vœux du corps diplomatique, le 13 janvier. Car pour lui, il n y a pas de crise politique au Niger, il n y a qu’un débat interne qui a été exporté par les opposants qui ont développé une « stratégie du discrédit » contre leur pays. Il invite les pays étrangers à se garder de toute « ingérence » dans les affaires internes du Niger.

Pour Tandja, la crise est virtuelle. C’est pourquoi, il a fait cette annonce : « J’ai l’insigne responsabilité de mener à bien ce processus de refondation de la République. Je mettrai un point d’honneur à concrétiser avec vous le noble projet dont est porteur la 6è République ». Les appels au dialogue des pays amis, des institutions internationales de coopération, de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (CNDHLF), du médiateur de la République, et des Nigériens n’y font rien.

En définitive, on peut témoigner que Abdul Salami a tenté d’accorder les positions pour un retour rapide de la sérénité au Niger. Il n’a pas que le Niger comme dossier. D’autres situations de conflit ouvert ou latent où il est médiateur l’attendent.

Oumarou Keïta
http://www.medianiger.info/2010/01/crise-politique-le-dialogue-inter-nigerien-sest-eteint/

Agadez/Niger:Les dollars de la discorde


Les dollars de la discorde
A peine quelques semaines que le dernier groupe de « bandits armés » devenus par la force des choses « nos frères de la rébellion », ait déposé les armes, que certaines dissensions voient le jour entre les anciens rebelles et leurs chefs, pour une histoire d’argent ! Oui, l’argent de la Libye, les dollars que Khadaffi a promis aux irrédentistes pour arrêter la bagarre. A en croire notre confrère Raliou Assaleh de Radio France-Internationale, la bagarre a commencé entre les jeunes démobilisés et leurs chefs. L’affaire était si dure qu’il a fallu l’intervention de la police pour éviter le lynchage et la mise à sac du domicile d’un lieutenant d’un des chefs de ce que l’on appelle, aujourd’hui, l’ex rébellion. Dans son reportage, Raliou a donné la parole aux jeunes « anciens combattants » de la rébellion et à un représentant de chefs de fronts. Ils ont parlé et chaque partie a fait son appréciation de la situation. Pour les jeunes « anciens combattants », des promesses auraient été faites. Selon « l’importance » du front et sa « durée » dans la rébellion, chaque élément devrait recevoir au moins 800 dollars américains en attendant la suite ! La suite veut dire la réinsertion. La réinsertion de 2007 sera-t-elle comme celle de leurs aînés des années 90 ? C’est à dire le recrutement des anciens combattants à la fonction publique, dans certains corps habillés, l’octroi des bourses d’études et l’accompagnement de certains jeunes dans les activités économiques en leur facilitant la création de petites unités pour qu’ils puissent s’en sortir. Il s’agit là du cas des anciens rebelles. Ceux là même qui se sont casés et qui avaient des chefs qui s’étaient casés.

On parle ainsi de Mohamed Anako, Issa Lamine, Mohamed Akotey… Pour la nouvelle rébellion, celle qui a pris fin par la volonté de notre voisin libyen que l’on désigne comme son parrain, le premier chef connu se nomme Aghali Alambo, d’Iférouane. Il sera rejoint par la suite par d’autres hommes, des vieux chevaux de retour comme Rhissa Ag Boula qui feront revivre leurs fronts alors même qu’ils avaient pris des engagements en face du Niger et de la communauté internationale, qu’ils en ont fini avec la rébellion. Pour avoir pris tous ces engagements, Rhissa Ag Boula est resté très longtemps ministre dans ce pays. Ces affaires prospéraient parce qu’il avait pratiquement le monopole du tourisme dans la région d’Agadez. Et puis, il y’a eu l’affaire de Tchirozerine où il y’a eu mort d’homme.

Rhissa séjournera en prison avant de bénéficier d’une mise en liberté provisoire. Entre temps, il sera reçu par le président de la république, Mamadou Tandja à maintes reprises. Cet homme à qui la république sous Tandja a tout donné, a préféré s’exiler, reprendre les armes et dire sur les medias internationaux, tout le mal qu’il pense du pouvoir de Niamey. En représailles, le pouvoir nigérien l’a condamné à mort et un mandat d’arrêt international lancé contre lui. Hier, c’était lui qui était le dernier chef de front à déposer les armes ! A quel prix? Une chose est au moins sûre, les dirigeants de ce pays se sont discrédités. Les bandits armés et trafiquants de drogue sont subitement devenus des citoyens normaux qui ont compris qu’il est temps de déposer les armes afin de « participer » à la construction nationale !!!

Du coup on a oublié tous les morts et autres dégâts causés. L’essentiel étant de laisser les firmes étrangères exploiter dans la quiétude, les périmètres qui leur avait été cédés dans la région d’Agadez, à des conditions scandaleuses. Les bisbilles qu’il y’a aujourd’hui entre les jeunes rebelles démobilisés et leurs chefs démontrent que le dossier de la rébellion a été mal géré. Cela prouve, comme pour bien d’autres choses l’essentiel était de faire en sorte que Mamadou Tandja réussisse son coup de force. Pour cela on pouvait tout donner, tout accepter et faire plaisir à tout le monde notamment à Khadaffi qui est venu ici à Niamey apporter son soutien à l’entreprise « Tazartché ». Comble de malheur, ce sont ses dollars qui créent problème.

Les jeunes n’ont plus confiance à leurs chefs qu’ils soupçonnent d’empocher le gros du magot lâché par Tripoli. Ainsi ils se considèrent comme les dindons de la farce. On attend la réaction du pouvoir qui visiblement semble être très embarrassé par ce qui se passe. En pouvait en être t-il autrement car le dossier de la rébellion a fait l’objet d’une gestion catastrophique par Mamadou Tandja. Au fait, qu’en pense Nouhou Arzika, lui qui était l’un des farouches opposants à des négociations avec les « bandits armés » ? C’est vrai qu’entre temps beaucoup d’eau a coulé dans les koris de la région d’Agadez et la refondation a fait son chemin.

Écrit par A.S.Y (L’ACTUALITE DU 13 JANVIER 2010)
Jeudi, 14 Janvier 2010 14:51

Les otages espagnols au Mali vivants

Les otages espagnols au Mali vivants
AFP
15/01/2010
Le gouvernement espagnol a pu voir une vidéo prouvant que les trois humanitaires espagnols retenus en otage dans le nord du Mali par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sont en vie, a rapporté aaujourd'hui le quotidien El Mundo.

Le ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, interrogé par la télévision publique sur ces informations, a décliné tout commentaire.

Selon El Mundo qui cite des sources proches du dossier, cette vidéo "est la preuve (de vie) définitive que la cellule de crise du gouvernement espagnol attendait (...) pour engager formellement des contacts avec les membres d'Al-Qaïda en vue de leur libération".

Le quotidien explique que le chef du renseignement espagnol, en déplacement à Bamako, a pu visionner lundi une vidéo adressée par Aqmi aux autorités maliennes.
On y voit les trois volontaires espagnols pris en otage le 29 novembre en Mauritanie par des membres de la branche maghrébine d'Al-Qaïda qui les retiendraient depuis dans une zone désertique du nord du Mali, près de l'Algérie. L'un d'eux, Albert Vilalta, qui avait été blessé par balles en tentant apparemment d'échapper aux ravisseurs, y apparaît en bonne santé, avec un jambe plâtrée.

El Mundo avait assuré au début du mois qu'Aqmi réclamait une rançon de sept millions de dollars et la libération d'une douzaine de ses membres détenus en Mauritanie contre celles de volontaires espagnols.

Madrid n'a pas confirmé avoir reçu une demande financière. M. Moratinos, a affirmé le 7 janvier que "le gouvernement espagnol ne paie pas de rançons".
El Mundo assure vendredi que parmi les prisonniers dont Aqmi réclame la libération figure un certain Tayeb Ould, alias Said Serhib, qui aurait dirigé une cellule jihadiste en Catalogne (nord-est), avant de quitter l'Espagne en 2005 et d'être arrêté en 2007 en Mauritanie.

Aqmi a menacé de tuer l'otage français Pierre Camatte, capturé au Mali le 26 novembre si quatre de ses prisonniers ne sont pas libérés dans les 20 jours, ont rapporté lundi les centres américains de surveillance des sites islamistes SITE et Intelcenter.

Un couple italien enlevé en Mauritanie le 17 décembre est également détenu au Mali par cette organisation.

Niger: Tandja se félicite du retour de la paix dans son pays


Afrique en ligne
Niger: Tandja se félicite du retour de la paix dans son pays

Le président nigérien Mamadou Tandja s'est félicité jeudi du retour de la paix dans le Nord de son pays marqué par le dépôt des armes des différents fronts de la rébellion des Touaregs, sous la médiation du guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi.

"Aujourd'hui, grâce au concours de notre frère, le Guide de la Révolution libyenne, Mouammar Kadhafi et avec la parfaite compréhension des vrais enjeux pour le Niger en ce moment par les éléments des Fronts armés, tous ces mouvements se sont engagés, avec le gouvernement, dans une dynamique de paix, en acceptant de déposer les armes", a notamment indiqué le président Tandja en réponse aux v?ux du corps diplomatique accrédité à Niamey.

"Désormais, la région d'Agadez, qui connaît déjà une forte activité minière avec un impact réel sur le bien-être des populations, renaît encore avec la relance de l'activité touristique, à la faveur de cette paix retrouvée", a souligné le président nigérien.

Tout en affirmant que toutes les dispositions étaient prises pour consolider ce processus, le chef de l'Etat nigérien en appelle à une paix durable dans cette région sahélo-saharienne qui implique des efforts collectifs, une coopération soutenue dans un cadre sous- régional, une lutte coordonnée et efficace contre les trafics de tous genres.

Pour le président Tandja, le combat pour la sécurité et la stabilité de la région Nord du pays "nous impose une vigilance de tous les instants et la mise en commun de nos efforts".

Tous les différents fronts de la rébellion touarègue ont récemment déposé les armes et leurs combattants ont regagné le pays grâce à la médiation du guide Mouammar Kadhafi.

Niamey - Pana 15/01/2010

Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole des Touareg du nord du Mali


El Watan - 14/01/10
Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole des Touareg du nord du Mali
« En une année, l’effectif du GSPC est passé de 250 à près d’un millier d’hommes armés »

jeudi 14 janvier 2010

Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole des Touareg du nord du Mali « En une année, l’effectif du GSPC est passé de 250 à près d’un millier d’hommes armés » Après cinq jours d’une rencontre qui a permis d’aplanir les divergences, le porte-parole de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), mouvement des Touareg du nord du Mali, Hama Ag Sid Ahmed, accepte de faire le bilan. Dans l’entretien qu’il nous accorde, il dresse un constat alarmant de la situation dans la région de Kidal où, selon lui, le GSPC a renforcé ses rangs, dont l’effectif est passé en une année de 250 à plus de 800 terroristes.

Deux ans et demi après la signature de l’accord d’Alger, mettant fin à la rébellion au nord du Mali, tout semble remis en cause. Pourquoi selon vous ?

D’abord, il y a ce grand écart qui sépare les représentants du mouvement des Touareg à l’Etat malien parce que la population avait cru au retour de la paix qui, pour elle, veut dire développement à travers la construction de centres de santé, d’écoles, de puits, de routes, enfin d’infrastructures qui correspondent à son environnement. Mais, depuis une année, elle constate que c’est l’inverse qui se passe. La situation ne fait que se détériorer et les responsables qui font les déplacements entre Kidal et Bamako n’ont jamais apporté de réponse concrète. Cette absence de l’Etat malien sur le terrain pourrait-elle s’expliquer par le manque de moyens ou de volonté ? Le problème n’est pas lié au manque de moyens mais à celui d’absence de volonté. Lorsque le pacte national a été signé, il a été suivi par de nombreux actes sur le terrain, ce qui n’est pas le cas pour l’accord d’Alger. A ce jour, rien n’a été réalisé. Il est facile de trouver les moyens. Les partenaires du Mali sont disponibles à débloquer les fonds nécessaires, mais une fois qu’ils constateront qu’il y a une volonté de la part de l’Etat à mettre en place des structures à même de prendre en charge les besoins de la population exprimés dans le cadre de l’accord d’Alger. Cependant, ces partenaires se méfient. En dépit des sommes colossales qu’ils ont avancé pour le développement du Nord, la région reste déshéritée. Ils ont du mal à comprendre où leur argent a été dépensé. Aujourd’hui, il faut recréer la confiance, non seulement avec les partenaires mais aussi avec les co-signataires de l’accord. La commission de développement prévue dans ce cadre, est en panne, ce qui fait qu’aucun projet n’a été exécuté. Plus grave, c’est tout l’accord qui est en panne, avec pour conséquence, l’élargissement du fossé qui sépare la population touareg du pouvoir central. Le sentiment d’abandon et de frustration s’est généralisé, notamment chez les jeunes…

Vous voulez dire qu’il y a une volonté délibérée de pousser ces jeunes vers la drogue, la contrebande ou le terrorisme ?

L’espoir nourri par le soulèvement de milliers de jeunes pour une vie meilleure s’est vite dissipé dès que les armes se sont tues et l’accord signé. Je ne sais pas s’il s’agit d’une fuite en avant ou d’une remise en cause des engagements. En fait, nous ne savons pas si c’est le président malien qui ne veut pas résoudre la crise au Nord, ou c’est son entourage qui l’informe mal sur la situation. Pour nous, il est clair qu’il y a une volonté préméditée de pousser ces jeunes vers la drogue, la contrebande ou le terrorisme. L’accord a été signé en 2006 et depuis, rien de sérieux n’a été fait sur le terrain pour permettre de dire qu’il y a une volonté d’agir de l’autre côté. Qu’a-t-on laissé, ou donné à cette jeunesse ? On a créé une situation pour les amener à détruire leur propre région ou à rejoindre l’AQMI (Al Qaîda pour le Maghreb islamique). J’avais dit aux jeunes combattants sur le terrain : « Faites attention, la politique de certains c’est de vous détruire. Vous avez un objectif, qui est l’accord d’Alger, il faut rester lucide pour continuer à le réclamer haut et fort, car il y va de votre dignité. Il ne faut pas vous embarquer dans ce qui a été créé pour vous détruire. »

Comment la population fait-elle face à cette situation chaotique, marquée par la sécheresse et le terrorisme d’un côté, et de l’autre le déni d’existence ?

C’est une région qui a traversé des moments douloureux. Elle a connu la sécheresse de 1973 à1974, ensuite celle de 1984 à 1985 et le soulèvement de 1990. Tous les gouvernements qui se sont succédé, depuis Modibo Keita jusqu’au général Moussa Traoré, ont utilisé des armes politiques pour détruire la communauté touarègue. La détruire physiquement en maintenant le black-out sur l’information. Lorsque l’Etat n’a pas les moyens de faire face aux éleveurs qui perdent leur cheptel, ne trouvent pas de quoi nourrir leur famille, ni de quoi étancher leur soif, et encore moins de soigner les malades, notamment parmi les enfants, les femmes et les personnes âgées, touchés par des épidémies, il fait appel à l’aide de la communauté internationale. Cela n’a jamais été le cas. Des milliers de personnes sont mortes durant ces dures épreuves dans l’anonymat le plus absolu. Les gouvernements ont de tout temps coupé cette région du monde.

Aujourd’hui, l’Etat dont la présence doit se refléter par des investissements en matière d’infrastructures de base, par une écoute de sa population, une prise en charge de ses préoccupations, est totalement absent. Tout a été fait pour creuser un fossé de plus en plus large entre lui et la population. Ce qui explique ce sentiment de rejet de tout ce qui incarne l’Etat, nourri par les touareg. Nous voulons attirer l’attention de la communauté internationale sur cette crise humanitaire engendrée par la sécheresse et casser le black-out qui étouffe notre région. L’accord d’Alger a pris en compte tous ces points et aurait pu réduire sensiblement la distance qui sépare Kidal de Bamako et faire naître chez les touareg, le sentiment d’être des citoyens à part entière. Cet accord a prévu une commission de sécurité, qui aurait pu ramener la stabilité dans la région et de ce fait attirer les investissements à Kidal. Malheureusement, cela n’a pas été le cas parce que l’Etat a failli à ses engagements. Ce vide a permis l’installation progressive des groupes terroristes qui, aujourd’hui, représentent près d’un millier d’hommes puissamment armés…

Ce qui veut dire qu’ils ont triplé leurs effectifs en l’espace de deux ans ?

Je dis bien près d’un millier d’hommes. Ils sont près de huit cents éléments. Ce qui n’était pas le cas, il y a un an où la situation était très différente. D’où viennent-ils ? Où ont-ils été recrutés ? Comment sont-ils arrivés dans cette région ? Ce sont des préoccupations majeures qui vont déstabiliser la région si rien n’est fait pour arrêter cette déferlante…

Ne pensez-vous pas que ce sentiment d’abandon et de désespoir puisse pousser certains jeunes de la région à prendre les armes ?

Il y a plusieurs formes d’armes ou de lutte. Pour l’instant, la lutte est concentrée sur la mise en application de ce cadre légal, qui est l’accord d’Alger, et qui reste bloqué par l’Etat malien. En fait, l’Algérie qui est co-signataire, doit assumer ses responsabilités, parce que c’est elle qui nous a poussé à venir à la table des négociations et à accepter le dépôt des armes. Si ce n’était pas l’Algérie, il n’y aurait pas d’accord et le soulèvement serait toujours en cours. De ce fait, il faut qu’elle fasse pression sur l’Etat malien afin qu’il honore ses engagements. Elle a tous les moyens nécessaires pour aboutir à la concrétisation de l’accord. C’est cette opportunité légale qui va nous ramener la paix sans recourir aux armes. Aucun pays ne souhaiterait que cette région soit encore une fois déstabilisée, et encore plus l’Algérie, parce qu’il s’agit d’assurer la sécurité à sa frontière. La panne de l’accord n’est pas dû à l’absence d’interlocuteurs, puisque nous avons exprimé notre volonté à ouvrir le dialogue, mais plutôt à une défaillance délibérée de l’Etat malien.

Certains médias maliens affirment que l’Alliance n’est représentative ni dans la région de Kidal ni des Touareg du Nord. Qu’avez-vous à répondre ?

Ce n’est pas nouveau pour nous. D’abord, il faut savoir que dans tous les mouvements de soulèvement, c’est toujours un petit noyau de 5 à 10 éléments qui commence la lutte dans la clandestinité. Ensuite, il y a des contacts avec un autre groupe composé de personnes de confiance et c’est ainsi que le mouvement se forme, avec comme base commune la volonté de lutter pour un changement. Les acquis de ce soulèvement vont profiter à toute la population mais jamais à ceux qui l’ont provoqué et conduit. Même ceux parmi les touareg du Nord qui ne sont pas d’accord avec la rébellion, savent au fond que la cause défendue est juste. Ceux qui ont pris part aux travaux de la conférence, sont ceux-là mêmes qui ont négocié et signé l’accord d’Alger avec l’Etat malien, donc ils ne peuvent pas être du jour au lendemain non représentatifs.

Qu’apporte cette conférence à la région de Kidal ? Est-ce uniquement une tribune pour aplanir les divergences au sein de l’Alliance ou le début de la fin de cette formation née dans la douleur du soulèvement populaire ?

Si on revient un peu en arrière, durant les deux ans qui ont suivi l’accord de juillet 2006, il y a eu un temps mort où rien ne s’est passé. A Bamako, on pensait régler le problème de l’intérieur et d’autres y ont cru. Ils avaient accepté de revenir en espérant mieux avancer. Mais l’Etat a tourné le dos à tout le monde. Je pense sincèrement que la conférence d’Alger est une grande réussite. Nous avons pu réactiver les autorités algériennes pour qu’elles s’impliquent et ramener le Mali à revenir à l’accord d’Alger…

Est-ce qu’il y a une disponibilité d’Alger pour faire en sorte que le Mali respecte ses engagements ?

Au mois de novembre dernier, nous étions venus vers l’Algérie pour la solliciter en tant que médiateur. Nous lui avions fait état de la dégradation inquiétante de la situation au Nord, région limitrophe de sa frontière sud. Nous lui avons demandé d’intervenir rapidement pour faire avancer les choses. De notre côté, il y avait une grande disponibilité de se réunir en Algérie pour mettre en avant nos difficultés. L’Algérie nous a accueillis pour tenir notre conférence dans de bonnes conditions. Les points débattus sont essentiels et constituent la préoccupation de tout le monde. Nous avons fait le bilan de l’accord d’Alger et constaté qu’il faut mettre en place des interlocuteurs habilités à discuter avec les autorités algériennes, maliennes et d’autres pays, en tenant compte ce qui se passe sur le terrain. A ce titre, un comité de crise a été mis en place et la tenue d’un congrès prévu en mars prochain à Tigharghar a été retenue.

Avez-vous senti chez le gouvernement malien une quelconque volonté de revenir au dialogue  ?

Si nous sommes là, c’est pour interpeller le gouvernement malien et lui dire que de notre côté, il y a une disponibilité pour faire le point et avancer dans l’esprit de l’accord d’Alger. Je ne vois pas pourquoi le gouvernement rejetterait un accord qu’il a lui-même signé. Si jamais il ne souhaite pas discuter ou revenir à cet accord, c’est à la facilitation de donner suite. Que veulent les autorités maliennes et où veulent-elles nous pousser ? Je pense que personne n’a intérêt à ce qu’une partie ou une autre rejette le dialogue. La région est aujourd’hui observée à la loupe et les gestes de tous sont épiés…

N’est-elle pas en train de se transformer en un nid des services de renseignement de nombreuses puissances du fait des activités terroristes ?

Je ne dirais pas que c’est un nid, mais plutôt un centre d’intérêt. Elle est observée avec une loupe à cause de la grande insécurité qui y règne. Pourquoi  ? Parce qu’il y a régulièrement des kidnappings visant uniquement les Européens. Ces derniers sont devenus un produit qu’il faut vendre pour renforcer la présence des terroristes dans la région. Alors, les gens sont étonnés de voir que ces enlèvements ne visent que les Occidentaux. Ils se posent des questions sur l’identité des auteurs, leur motivation et leurs objectifs. C’est pour cela qu’ils ont besoin d’avoir un regard, de s’impliquer et d’essayer de comprendre ce qui se passe. Viendra le jour où cette région ne nous appartiendra plus. Nous avons le sentiment que tout est fait pour arriver à cette situation.

Comment expliquer que les Touareg, connus pour leur opposition aux terroristes salafistes, puissent laisser ces derniers occuper leur territoire ?

Prenons l’exemple de la région d’Adrar des Iforas. Avant la rébellion de 1990, ce sont les notables qui prenaient en charge tous les aspects sécuritaires et de réconciliation. Ils maîtrisaient la situation. La rébellion touaregue avait aussi la maîtrise de la situation, que ce soit avant ou après la signature du pacte national. Durant cette période, il était très difficile de s’installer dans la région sans l’autorisation des Touareg. Mais ces derniers ont été retirés du terrain, privés de leur pouvoir et de leurs outils militaires. D’acteurs, ils sont devenus des observateurs. Les Touareg ont de tout temps voulu chasser les terroristes de la région, mais l’officier de l’armée les a empêchés d’agir en leur disant : « Ces affaires ne vous concernent pas. Vous êtes des citoyens, vous restez loin. Les terroristes, c’est nous qui les attrapons. Nous sommes là pour ça et si vous jouez aux gendarmes, nous allons vous arrêter. » C’est comme cela que l’armée malienne réagit à chaque fois que les Touareg tentent de poursuivre les salafistes. Les unités spéciales de sécurité prévues par l’accord d’Alger et dont feraient partie les Touareg est un outil adéquat de lutte contre le terrorisme. Une fois la population impliquée, elle sera responsable de la situation. Pour l’instant, elle ne fait que la subir, beaucoup plus que les autres…

A la veille de la conférence, vous avez annoncé la présence de Brahim Ag Bahanga, fondateur de l’Alliance et un des acteurs de la rébellion, mais il n’est pas venu. Peut-on savoir pourquoi ?

Il devait venir et y assister aux travaux. Mais des imprévus l’ont retenu. Sachez que Brahim est l’initiateur de la rencontre d’Alger. Il a pris part aux réunions de préparation tenues du 22 au 25 novembre 2009. Tout ce qui a été entrepris du début jusqu’à la fin de la conférence a été fait en concertation avec Brahim. Mais il viendra à Alger. C’est une question de temps. Ce qui est certain, c’est qu’il arrivera avant notre départ d’Alger…

Par Salima Tlemçani

Otages au Mali : pas de demande de rançon pour les deux Italiens

AFP - 13/01/2010
jeudi 14 janvier 2010

ADDIS ABEBA, (AFP) - Le chef de la diplomatie italienne a affirmé mercredi à Addis Abeba ne pas avoir reçu de demande de rançon pour les deux Italiens kidnappés en Mauritanie le 18 décembre et qui seraient détenus dans le nord du Mali par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Franco Frattini effectue depuis mardi soir une visite dans la capitale éthiopienne après s’être rendu en Mauritanie puis au Mali pour tenter d’obtenir la libération de six Européens, dont les deux Italiens, au cours d’une tournée africaine qui doit ensuite le mener au Kenya, en Ouganda, en Egypte et en Tunisie. "Nous n’avons reçu aucune demande de rançon. Nous avons activé tous les réseaux et les sources d’information possibles avec la coopération des autres pays voisins dansla région", a-t-il souligné à l’issue d’une conférence à l’Université d’Addis Abeba. "Nous devons coopérer de plus en plus, de manière à ce que le terrorisme ne puisse pas l’emporter", a ajouté le ministre italien. Six Européens dont trois Espagnols, un Français et les deux Italiens ont été enlevés en novembre et décembre en Mauritanie et au Mali. Le mois dernier, le quotidien espagnol El Mundo a affirmé qu’Aqmi réclamait sept millions de dollars (4,8 millions d’euros, ndlr) et la libération de plusieurs de ses membres détenus en Mauritanie contre la libération des trois volontaires humanitaires espagnols retenus en otages au Mali. Le ministère espagnol des Affaires étrangères, interrogé par l’AFP, s’était refusé à tout commentaire sur cette information. Sergio Cicala, retraité de 65 ans, et son épouse Philomène Kabouré, Italienne d’origine burkinabè âgée de 39 ans, se rendaient au Burkina Faso à bord d’un minibus immatriculé en Italie lorsqu’ils ont été enlevés sur une route du sud-est de la Mauritanie, selon une source de sécurité mauritanienne. M. Frattini lors de son étape en Mauritanie, a indiqué au président de ce pays Mohamed Ould Abdel Aziz, que Rome allait "reprendre la coopération dans les domaines de la formation de l’armée, de la police, de la police des frontières et des douanes" pour aider ce pays à combattre la menace d’Al-Qaïda. Le chef de la diplomatie italienne s’est également entretenu mardi à Bamako avec le président malien Amadou Toumani Touré du sort des six Européens. aar/jmm/amc/jpc

AFP 131857

Le nouvel an berbère, fête millénaire… fête clandestine


Kabyle.com - 12/01/10

Le nouvel an berbère, fête millénaire… fête clandestine
Les algériens célèbrent le nouvel an berbère aujourd’hui

mercredi 13 janvier 2010

Yennayer, une fête nationale légale ? Pas encore. Pas cette année. Si l’Algérie officielle célèbre le 1er janvier, le nouvel an (dit universel) du calendrier grégorien et aoûal mouharam du calendrier hégirien, amenzu n yennayer, fête du terroir par excellence, fête d’origine contrôlée célébrée dans toute l’Afrique du Nord depuis plus de deux millénaires, demeure frappée d’ostracisme par le pouvoir politique.

Les bonnes vieilles calendes de janvier, les rites « yennayériques », les vœux d’abondance… célébrés et honorés pourtant, en cette contrée, depuis la haute antiquité, n’ont toujours pas voix au chapitre... officiel. « C’est la marque d’un certain ostracisme de certains décideurs », reconnaît Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA). Depuis 1999, souligne le chroniqueur et critique littéraire, le HCA – une institution rattachée à la présidence de la République – fête de façon officielle yennayer. « Ce que je déplore par contre, c’est la non-traduction de yennayer sur le plan légal pour qu’il soit consacré comme jour férié chômé et payé. Chaque année, nous renouvelons le même appel en direction des décideurs pour qu’ils franchissent ce cap. A mon sens, la volonté politique existe, même si elle est frileuse et j’imagine qu’il y a des résistances dans un certain sérail politique, de l’ostracisme pratiqué par certains décideurs. » Cette année, le HCA a choisi la ville de Bordj Bou Arréridj pour fêter yennayer 2960 (le calendrier amazigh version académie berbère). Dîner de yennayer (imensi) de rigueur, des expositions, des conférences et des tables rondes, un mini-salon du livre amazigh et des séances gargantuesques de dégustation des mets traditionnels. Le yennayer officiel ou semi-officiel a été fêté l’année dernière dans le pays Chenoua, à Tipaza ; l’année prochaine, ce sera dans le M’zab, à Ghardaïa. Il y a nécessité, selon M. Merahi, à invoquer le caractère national de yennayer : « Que yennayer n’est pas circonscrit à une seule région. Parce que certaines gens ont une vision réductrice de cette fête et ont tendance à le ghettoïser en Kabylie. » Toute l’Algérie fête yennayer, le jour de l’an du calendrier agraire, et au-delà toute l’Afrique du Nord, affirme Saïd Chemakh, enseignant de tamazight à l’université de Tizi Ouzou.

Fête païenne ou calendes romaines ? Tabburt u segwas (porte de l’année) ou ras el âm (nouvel an), laâdjouza (la vieille), as neferaouan (le jour de Pharaon), les noms qui lui sont associés, les rites qui lui sont rattachés divergent d’un coin à l’autre, les préparations aussi. Mais de Tlemcen à Souk Ahras, d’Alger jusqu’à l’Extrême-Sud, dans tout le Sahara, yennayer fait l’unanimité. « Si la fête nous appartient, le mot lui-même ne l’est pas. Il est romain. On le tient de Ianuarius, (janvier), onzième mois du calendrier romain dédié à Ianus (Janus), divinité romaine veillant sur les ouvertures, de l’an notamment, de la guerre », prévient l’universitaire. A ce jour, des querelles (de clochers) agitent encore la communauté scientifique. Les scientifiques n’ont toujours pas tranché les origines exactes et la façon avec laquelle cette fête antique s’est imposée en Afrique du Nord. Fête païenne, préromaine ou adaptation des calendes romaines ? La question est toujours posée. Pour le préhistorien Ali Aït Kaci, spécialiste de l’épigraphie libyque, « ce nom dérive vraisemblablement du cognomen lat. Ianuarius. L’emprunt de ce nom de mois, comme c’est le cas pour tous les autres mois de l’année, est resté dans le vocabulaire berbère sous le terme yennayer, yennar. En onomastique humaine moderne, nous le retrouvons dans Yanuri [Inouri], nom patronymique ». « La séquence anthroponymique (étude des noms de personne), YNWRN est attestée une seule fois dans une épigraphe de la Kabylie orientale », ajoute-t-il. Nombre de spécialistes relient yennayer à ses « origines » romaines. Yennayer, le jour de l’an berbère qui correspond au premier jour de janvier du calendrier julien (ce dernier est décalé de 13 jours par rapport au calendrier grégorien) ne serait-il qu’un legs romain et qu’il faut un jour rendre à César (Jules) ce qui, décidément, lui appartient ? Dans « Yennayer en Afrique du Nord : Histoire d’un mot » (article consultable sur le site Tamazgha.fr, l’historien Yidir Plantade fait remarquer que même : « il s’avère que durant plusieurs siècles d’occupation romaine, les fêtes d’Ianiarus, ancêtre de yennayer ont été célébrées en Afrique du Nord. Cependant, cela ne suffit pas pour présumer de la filiation directe de yennayer avec l’Ianiarus romain. En effet, yennayer est connu dans toute l’Afrique du Nord, y compris dans l’extrême-sud du Sahara, chez les Touareg (aujourd’hui Niger, Mali). Or, ces zones n’ont jamais fait partie de l’empire romain et l’influence latine y était faible (…) » « Le vocable yennayer s’apparente au terme latin enneyer (janvier). Il est le plus utilisé dans l’univers culturel berbère, même si le Kabyle a tendance à employer parfois "ixf u segwas" (le début de l’année) ou encore "tabburt u segwas". Les At Waziten (les berbères de Libye) préfèrent "anezwar n u segwas" (introduction de l’année). Ce mois marque les débuts du solstice d’hiver. Le soleil entame sa remontée. Les jours encore très froids se rallongent et instaurent l’espoir d’une meilleure année. Il est ritualisé d’une manière assez significative », écrit pour sa part l’animateur associatif Madjid Boumekla. Quelles que soient ses origines, yennayer demeure néanmoins une fête profondément populaire. Veille de yennayer, quartier populaire de Belouizdad. Les marchands de volailles, les vendeurs de gâteries et autres "treize » variétés de bonbons se frottent les mains (et pas seulement à cause du froid) et affichent bonne mine. Depuis 54 ans, Azzedine, fils de La Casbah, dit observer le même rituel, la nuit de yennayer. « Je me souviens, tous les enfants du quartier montaient après le dîner spécial de yennayer sur les terrasses des maisons munis de petites bourses pleines de bonbons. Celui qui réussissait à voir le ciel s’ouvrir laissait sa petite bourse de "treize" sur place jusqu’à l’année d’après. » Une foultitude de superstitions, de légendes, de contes et de rites sont associés à cet événement. Yennayer sonne par exemple le retour sur terre des morts porteurs de la force de fécondité. « Durant la fête, les femmes kabyles ne doivent pas porter de ceinture, symbole de fécondité. Celles transgressant la règle subiraient le sortilège de la stérilité. Imensi n’yennayer nécessite des préparatifs préalables. Chez les Chaouis et les Kabyles, la veille, la maison est méticuleusement nettoyée et embaumée à l’aide de diverses herbes et branches d’arbres (pin, etc.). Elle ne sera plus nettoyée durant les trois jours suivant sinon le balai de bruyère, confectionné pour la circonstance par les femmes lors de leur sortie à la rencontre du printemps (amagar n tefsut), blesserait les âmes errantes. On procède au changement des pierres du kanun (inyen n l’kanun). Tous les gestes accomplis pendant la fête se font avec générosité et abondance. Les yennayéristes estiment recevoir, par leurs actions, la bénédiction des forces invisibles circonscrivant chez le Berbère son univers de croyance », note par ailleurs M. Boumekla.

Les yennayéristes et la superstition Aussi vieux que l’histoire, yennayer est cependant toujours d’actualité. Une actualité qui fait la part belle à la « redécouverte des origines berbères », à l’ère du « patriotisme retrouvé » dans le sillage du match Algérie-Egypte à Khartoum. « Il se trouve que le pouvoir politique, dans ses professions de foi conjoncturelles, notamment dans les périodes de crise, concède une existence à l’amazighité. Uniquement dans le discours. On reconnaît l’amazighité dans le passé, dans la paléontologie en sous-entendant – car ce n’est pas dit clairement – que nous sommes des Berbères, mais que l’Islam nous a arabisés. Le triptyque amazighité, arabité et islamité, reconnu par la Constitution veut dire concrètement amazighité dans le passé, arabe comme unique langue officielle et Islam comme religion unique », dixit Arezki Aït Larbi, journaliste et militant démocrate. Qu’est-ce qui empêche le pouvoir politique de réhabiliter yennayer ? « C’est dans la nature même du pouvoir qui est uniciste, basée sur la conception fascisante : un pays, une nation, un peuple, une langue, un chef (…). L’Algérie actuelle ne prendra acte de son histoire, de sa préhistoire, de sa sociologie, de sa pluralité que le jour où yennayer sera jour férié au même titre que aoual mouharam ou le 1er janvier », conclut Arezki Aït Larbi.

Par Mohand Aziri

Journal : El Watan