mardi 27 mars 2012


MALI / COUP D’ETAT MILITAIRE - 
Article publié le : lundi 26 mars 2012 - Dernière modification le : lundi 26 mars 2012

Les efforts de la Cédéao pour rétablir l’ordre constitutionnel au Mali

Les chefs d'Etat, membres de la Cédéao, réunis à Abuja, le 23 mars 2011.
Les chefs d'Etat, membres de la Cédéao, réunis à Abuja, le 23 mars 2011.
REUTERS/Afolabi Sotunde

Par Ursula Soares
Le coup d’Etat militaire du 22 mars qui a renversé le président malien Amadou Toumani Touré suscite toujours autant d’inquiétude à l’intérieur du pays mais également au sein de la communauté internationale. Celle-ci l’a unanimement condamné et exigé le retour à l’ordre constitutionnel. Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se préparent pour un sommet extraordinaire à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 27 mars qui devrait confirmer l’isolement diplomatique de la junte.

La France soutient la Cédéao dans ses efforts en faveur d’un « retour à l’ordre constitutionnel au Mali », a déclaré ce 26 mars, Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La France se dit « préoccupée » par la situation des membres du gouvernement malien, arrêtés la semaine dernière, lors du coup d’Etat. Elle demande « leur libération » et demande le « respect de leur intégrité physique » au moment où le sort du président Amadou Toumani Touré demeure toujours inconnu.
De son côté, le Bénin qui préside actuellement l’Union africaine (UA) a condamné fermement et sans réserve ce putsch intervenu au Mali. Il « lance un appel pressant à un rétablissement sans condition de l’ordre constitutionnel » et considère, jusqu’à nouvel ordre, « le président Amadou Toumani Touré comme le président légitime », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Bénin, Nassirou Arifari Bako, lors d’une conférence de presse.

Condamnation « ferme » également du Conseil de sécurité de l’ONU qui a exigé ce 26 mars que les « soldats mutinés contre le gouvernement démocratiquement élu » retournent à leurs casernes.

Des décisions fortes et pragmatiques

La réunion extraordinaire des chefs d’Etat de la Cédéao sera-t-elle décisive dans la résolution de cette crise malienne ? Alassane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien et président en exercice de cette organisation, réussira-t-il à relever le défi lancé par les insurgés maliens ? Proposera-t-il à ses homologues de recourir, le cas échéant, à une intervention militaire pour rétablir les institutions républicaines maliennes ? Autant de questions auxquelles les chefs d’Etat devront répondre tant les attentes sont fortes non seulement au niveau national mais également régional. L’instabilité politique au Mali risque de renforcer les groupes terroristes tel que Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans les autres Etats d’Afrique de l’Ouest, d’où le besoin sécuritaire.

Selon une source proche de la présidence ivoirienne, les dirigeants de la Cédéao vont demander le retour de l’ordre constitutionnel au Mali. En fait, le rétablissement immédiat, dans leurs fonctions, des autorités renversées.

Joint par RFI, Jean Ping, président de la Commission de l’UA qui a réitéré la condamnation du coup d’Etat précise que « l’utilisation de la force n’est jamais écartée mais c’est l’ultime décision lorsqu’on a tout épuisé ». Une position que partage le chef de la diplomatie béninoise, Nassirou Arifari Bako, joint par RFI.  
Nassirou Arifari Bako, ministre des Affaires étrangères du Bénin.
Il faudrait qu’on en finisse avec les prises de pouvoir par la force.
 
26/03/2012 par Zéphyrin Kouadio
Au Mali, les attentes vis-à-vis de la communauté internationale sont aussi très fortes. Soumaïla Cissé, président de l’Union pour la République et la démocratie (URD) et candidat à la présidentielle - prévue pour le 29 avril 2012 - fait partie de ceux qui condamnent « de la façon la plus ferme et la plus énergique » ce coup d’Etat. Joint par RFI, il déclare s’attendre à des décisions très fortes et pragmatiques à l’issue de ce sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Cédéao.  
Soumaïla Cissé, président de l’Union pour la République et la démocratie (URD).
La situation peut être très difficile si le message de la Cédéao n’est pas très clair, n’est pas très pragmatique.
 
26/03/2012 par Ghislaine Dupont
L’ONG International Crisis group (ICG) lance un appel aux dirigeants d’Afrique de l’Ouest et à la communauté internationale pour qu’ils prennent des mesures immédiates. Dans un communiqué publié ce 26 mars, l’ONG préconise la création immédiate d’un groupe de contact pour exiger, de la junte militaire, le respect des droits humains, des libertés civiles et la restauration de la démocratie. ICG s’alarme, considérant que ce coup d’Etat est « une catastrophe pour le Mali et pour toute l’Afrique de l’Ouest » et en y voyant « une régression spectaculaire ».
TAGS: AMADOU TOUMANI TOURÉ - BÉNIN - CÔTE D'IVOIRE - MALI

lundi 26 mars 2012


Le Coq imaginaire- Pour ceux qui luttent actuellement dans l'Azawad
J’ai repris mes armes favorites et sans condition
Mes pinceaux, mes crayons et la peinture de ma fabrication
Papiers et bouts de carton comme rapide solution
Juste pour dessiner le coq de mon imagination
Bien sur il y avait le « barad » de thé un remède d’excitation
Et chaque verre consommé accélère mes motivations
Tout a coup le coq chante, c’est alors le temps du devoir et des obligations
Jai repris ma plume et mes stylos sans me poser de question
Pour écrire sur ces « Ischoumar », ces guerriers de la révolution
Qui traversent les déserts sans boussole d’orientation
Sans boire, sans manger ni grade ni félicitations
Rêvant de la paix et de la liberté pour les futures générations
Afin quelles puissent transmettre leur histoire à d’autres civilisations
Et voilà le soleil qui danse : Bonjour à vous lecteur et mes sincères salutations
Brahim Ag Safi –Tamanrasset Janvier 2009

Epouvantail

Publié le 26 mars 2012

Les militaires maliens abusent de la menace Al Qaida pour convaincre "les pigeons européens de leur éviter le naufrage"

La défaite de l'armée malienne face à la rébellion touareg est la principale cause de la destitution du Président Amadou Toumani Touré. Les militaires Maliens invoquent une proximité entre les Touaregs et Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Une manière d'effrayer les Européens. La relation est loin d’être évidente, les Touaregs restant imperméables au fondamentalisme musulman.
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Le coup d’Etat militaire qui a renversé le général Amadou Toumani est bien la conséquence de la défaite de son armée face aux insurgés Touaregs.
Le coup d’Etat militaire qui a renversé le général Amadou Toumani est bien la conséquence de la défaite de son armée face aux insurgés Touaregs. Crédit Reuters
Si le coup d’Etat militaire qui a renversé le général Amadou Toumani est bien la conséquence de la défaite de son armée face aux insurgés Touaregs[1], l’origine du conflit est, elle, clairement inscrite dans la nuit des temps.
Durant des millénaires les sédentaires sudistes noirs et agriculteurs ont en effet vécu dans la terreur des raids lancés contre leurs villages par les Berbères touaregs surgis des immensités sahariennes. La colonisation a libéré les premiers de cette menace puis elle a inversé le rapport des forces en leur faveur. Avec les indépendances, l’espace sahélo saharien fut ensuite cloisonné par des frontières artificielles. Pris au piège de l’utopie de l’Etat-nation, Touaregs et Noirs furent alors forcés de vivre ensemble. La démocratie a aggravé le problème car les seconds étant plus nombreux que les premiers, l’ethno mathématique électorale leur a assuré le pouvoir et ils n’ont pas boudé leur revanche historique. Voilà qui explique les évènements actuels ; mais alors que jusque là les Touaregs se battaient pour obtenir plus de justice, ils exigent aujourd’hui la partition du Mali. Les données du problème ont donc totalement changé.
Face à cette situation que peut faire une Europe condamnée, qu’elle le veuille ou non, à veiller sur son « arrière-cour » saharo sahélienne ? Peut-elle en effet laisser prospérer un irrédentisme touareg venant s’ajouter à des foyers régionaux de déstabilisation situés dans le nord du Nigeria avec la secte Boko Haram, dans la région du Sahara nord occidental avec Aqmi et dans la zone des confins algéro-maroco-mauritaniens où le Polisario qui a perdu sa guerre contre le Maroc s’est largement reconverti dans des activités mafieuses, une partie de la production mondiale de cocaïne transitant désormais par le Sahara ?
Deux options sont possibles :
1-soit l’intervention urgente et massive aux côtés des armées du Mali et du Niger à la fois pour écraser les rebelles touaregs, maintenir la fiction de ces deux Etats, tenter de contenir Aqmi et sauvegarder nos approvisionnements en uranium.
Cette solution, la plus facile, mais sans perspective, éteindra peut-être provisoirement l’incendie, mais elle ne réglera pas le problème en profondeur. En effet, la solution de la question touareg ne passe ni par un engagement militaire, ni par des élections et encore moins par le déversement d’une nouvelle aide aussi inutile que les précédentes, mais par la prise en compte de la forte personnalité de ce peuple.
2-soit tout au contraire, nous reprenons le problème à sa racine et nous revenons au réel en reconnaissant le fait touareg. Puis, nous « sous-traitons » à ce peuple, contre garanties solides, à la fois la lutte contre Aqmi et contre les structures mafieuses qui gangrènent la région. Pourquoi ne pas profiter de la situation pour corriger nos erreurs passées et mettre en pratique la célèbre maxime de Kipling qui est que « le loup afghan se chasse avec le lévrier d’Afghanistan » ?
Certes, mais l’on nous assure que les Touaregs ont partie liée avec Aqmi. Or, à y regarder de plus près, cette affirmation repose sur une profonde méconnaissance de la géographie ethnique de la région, les observateurs confondant en effet trop souvent les Touaregs qui sont des Berbères avec notamment trois autres populations sahariennes qui, elles, sont Arabes ou arabisées :
-les Chaamba  qui ont pour coeur territorial l’oasis de Timimoun en Algérie ;
-les Reguibat qui nomadisent entre la Mauritanie et le Sahara occidental ;
-les  Maures qui sont installés en Mauritanie.

Bernard Lugan

Bernard Lugan est historien, spécialiste de l'Afrique.
Il édite la revue Internet livrée par PDF Afrique Réelle et anime un blog consacré à l'actualité africaine.
Bernard Lugan est également l'auteur de Décolonisez l'Afrique ! (Ellipses, 2011) et de Histoire de l'Afrique des origines à nos jours (Ellipses, 2009).