lundi 2 avril 2012


Voyage dans l'Azawad en guerre
Entretien avec Ferhat BOUDA, photographe
samedi 31 mars 2012
par Masin






Ferhat BOUDA est photographe kabyle. Il a été dans l’Azawad où il a passé quelques jours avec les combattants du MNLA. Il a aimablement accepté de partager avec les lecteurs de Tamazgha.fr ce qu’il a vu et vécu lors de son court voyage dans un pays amazigh sur la voie de libération.












Tamazgha.fr : Ferhat Bouda, vous êtes photographe et vous avez pu effectuer récemment un court séjour dans l’Azawad, un pays en guerre depuis le 17 janvier 2012. Comment vous est venue l’idée d’aller dans ce pays en guerre ? Et quel en est l’intérêt pour vous ?

Ferhat Bouda : L’idée de partir pour photographier les Touaregs remonteb à loin et elle s’inscrit dans mon projet de réaliser une documentation photographique sur les bérbères, et cela remonte à au moins deux ans. Et c’est lors de la dernière rencontre amazigh à Djerba en septemebre 2011 où j’avais rencontré des Touaregs que l’idée a commencé à se concrétiser. Mes interlocuteurs touaregs avaient trouvé interessant le projet que je leur avais soumis. Je suis revenu donc de Djarba avec l’objectif de rassembler les moyens nécessaires et trouver le temps pour effectuer le voyage dans le pays touareg. Et lorsque j’étais prêt à partir, la guerre était déjà déclenchée dans l’Azawad. Cela n’a pas entamé ma volonté d’effectuer le voyage. Mon intérêt est de decouvrir une region, une culture,.... et de recontrer des gens et partager ces découvertes à travers la photo.

Racontez-nous un peu comment êtes-vous arrivé sur place, qu’avez vous visité et qui avez-vous rencontré ?

Pour aller dans l’Azawad il fallu des contacts sur place parce que nous sommes dans le désert, la situation sécuritaire est dangereuse avec les enklèvements. La nouvelle situation de guerre complique davantage les choses. Je suis rentré par le nord-est de la Mauritanie. À la frontière j’étais pris en charge par des combattants du MNLA et je suis parti avec eux jusqu’à leur base. Là-bas j’ai rencontré d’autres soldats, des responsables du MNLA et des prisoniers maliens qui étaient capturés par le MNLA.

Quelle est la tranche d’âge des combattants que vous avez rencontrés ? Ces soldats vous ont-ils dit les raisons de leur engagement dans l’armée de libération de l’Azawad ?

J’ai rencontré un soldat (déserteur de la gendarmerie malienne) âgé de dix-sept ans seulement, un autre soldat avait cinquante-et-un ans, mais on peut dire que la majorité ont entre 20 et 25 ans. Ce sont des jeunes assoiffés de liberté. S m’ont dit qu’ils sont là pour la liberation de l’Azawad. Ils m’ont dit combien ils sont marginalisés et leur pays est abandonné et sans infrastructures, livré à l’insecurité. Même au sein de l’armée malienne, il y a une grande méfiance à l’égard des Azawadiens dès le début de ce conflit. Pour les Azawadiens le gouvernement malien est incapable de gérer la région. Enfin il veulent prendre leur destin en main.


Un jeune de 17 ans, déserteur de la gendarmerie malienne.

Que pensent-ils de la question amazighe ?Pour les personnes que j’ai rencontrées, la question amazighe est TOUT pour eux ; c’est leur existence-même. "Nous naissons, nous vivons et nous mourrons avec !" m’ont-ils dit. Ils m’ont raconté l’histoire berbère avec une grande fierté et ils ecrivent en tifinagh. Ce qui m’a surpris c’est qu’il y a des soldats qui ne parlent aucune autre langue que le berbère .


Mohamed, 51 ans

Parmi les combattants que vous aviez rencontrés y avait-il des soldats revenus de Libye ?En réalité je ne le sais pas et je n’ai pas posé la question aux soldats que j’ai rencontrés. Mais je sais que le MNLA a déjà confirmé officiellement la présence de soldats touaregs revenus de Libye.

Vous avez rencontré un ex-colonel de l’armée malienne qui a rejoint le MNLA. Pouvez-vous nous dire plus sur cette rencontre ?

Pendant notre rencontre je lui ai posé quelques questions et je voulais notamment savoir les raisons qui l’ont poussé à déserter l’armée malienne. Il m’a répondu ceci : "J’ai quitté l’armée pour regagner la cause juste. La révolution est un long chemin mais le bilan depuis le 17 janvier est très positif. Le MNLA est beaucoup plus structuré que les soulèvements des années precédentes. C’est un mouvement politico-militaire et son but est bien précis : c’est la libération de l’Azawad . Nous avons le contrôle d’une grande partie du territoire de l’Azawd et en plus nous avons récupéré une quantité importante d’armes pendant les combats".


Au centre : un ex-colonel de l’armée Malienne

Parmi ceux que vous aviez rencontrés, il y avait également des soldats de l’armée malienne faits prisonniers par le MNLA. Dans quelles conditions sont-ils détenus et avez-vous pu discuter librement avec eux ?La rencontre avec les prisonniers s’est passée en toute liberté. Je pouvais poser toutes les questions que je voulais et ils m’ont repondu en toute liberté aussi. Il y avait un lieutenant avec quatres soldats que le MNLA a capturé àLéré depuis le 23 janvier. Ils sont bien traités ; ils ne sont pas attachés et ils disposent de leur propre espace où ils font la cuisine et où ils dorment. Le lieutenant appele sa soeur dès la premiere semaine, mais les autres n’avaient pas encore, à la date où je les avais vus, établi un contact avec leurs familles. Parmi eux il y a aussi un caporal qui était stationé au nord du mali depuis douze ans et il a été capturé avec un autre soldat le 3 fevrier à Niafunke.





Prisonniers (le lieutenant Sangarri avec 4 autres soldats, capturés le 26 janvier 2012


Qu’est-ce que ces prisonniers vous ont raconté ?Ils demandent à avoir un contact avec les autorités militaires maliennes dans l’espoir d’être libérés le plus vite possible. Ils m’ont tous confirmé que les combattants du MNLA les traitent correctement et que leur dignité n’a pas été touchée.

J’ai demandé au caporal statiopnné dans la région depuis douze ans si l’armée malienne présente dans l’Azawad a eu à affronter des éléments d’AQMI. Sa réponse est : "Non". Et lorsque je lui ai demandé plus de précisions, il me dit ceci : "Je ne peux pas le dire car nous sommes juste des exécutants".

Les médias parlent beaucoup des accointances du MNLA avec l’AQMI. Qu’avez-vous constaté sur le terrain à ce sujet ?

J’ai photographié dans deux bases différentes pendant trois jours et je ne peux pas dire que j’ai ressenti le moindre lien entre le MNLA et L’AQMI.

Propos recueillis par

Masin FERKAL.

Portfolio



creation of the first Amazigh state in Africa called Azawad


Ajoutée par  le  2 avril 2012
Al Jazeera Eng. Channel | April 2, 2012 | Malian tuaregs will soon proclaim the creation of a new state in Africa, a state called "Azawad" (أزواد ⴰⵣⵡⴰⴷ) located in the North of Mali, the first Amazigh state in modern History of Tamazgha.

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azrid

غاو في قبضة مسلحي الحركة الوطنية لتحرير أزواد


Rhissa Rhossey 
http://touaregsmirages.canalblog.com/ 

A Ceux de Kidal

Ils sont revenus
Je n'ai que ma plume et mon encre
Pour chanter leur retour
Partis dans la haine
Ils sont rentrés dans la colère
Les enfants de Kidal
Rescapés de Misrata
Et Benghazi

Ils ont vu
Les leurs déchiquetés
Les lambeaux de leur chair
Ont tapissé des champs de batailles
Lointains
Jamais ils n'ont perdu espoir
Car leur terre maternelle
Les attendait
Comme la mère l'enfant
La terre sèche l'eau du ciel

Ils sont revenus
Partis nus
Ils veulent tout

Tinzaouatene et ses collines
Tessalit et ses hommes
Aguelhok et ses pierres

Dans leur marche victorieuse
Le souvenir des nuits sombres d'exil
Les pleurs des orphelins
Les années de soumission

Je n'ai que mes mots
Pour accompagner
Leur cri
Mon cri
Des mots pilonne-casernes
Des mots mine-Cubli
Des mots roquettte-mépris


Avec les mots du cœur
Avec l'encre de sang
J"écrirai l'eza
Oui l'eza
De leur renaissance
Sur toutes les surfaces
Rugueuses
Ou lisses
Lumineuses
Ou sombres
Larges
Ou étroites
A la face
De la terre
Du ciel
Ou des mers



Libye: Combats entre milices rivales dans l'ouest du pays

Mis à jour le 02.04.12 à 22h37
Des affrontements ont opposé lundi des milices rivales près de la ville libyenne de Zouara, sur la côte méditerranéenne, à 120km à l'ouest de Tripoli, ont rapporté des habitants. On ne fait cependant pas état de victimes.

La semaine dernière, des affrontements entre groupes rivaux ont fait près de 150 morts dans l'oasis de Sebha, dans le centre du pays. Le Premier ministre, Abdourrahim El-Keib, s'est rendu dimanche sur place. Les combats de lundi ont opposé des combattants de la ville de Zouara, peuplée en majorité de Berbères, et des miliciens arabes d'Al Djoumaïl et de Regdaline, des localités voisines.

«Il y a toujours des accrochages», a déclaré lundi soir par téléphone à Reuters Iyoub Sofiane, un membre du conseil municipal. «Ces vingt dernières minutes, une quinzaine d'obus de mortier et des tirs de canons antiaériens ont visé Zouara, à partir d'Al Djoumaïl et de Regdaline», a-t-il ajouté.

Selon un responsable du ministère de l'Intérieur, un accident de chasse est à l'origine de ces violences - des chasseurs de Zouara ont tiré accidentellement sur un habitant d'Al Djoumaïl. Les chasseurs ont été arrêtés dimanche mais libérés quelques heures plus tard. Ils portaient apparemment des traces de mauvais traitements, ce qui a rendu furieux les habitants de Zouara, a dit pour sa part Iyoub Sofiane.
Reuters


Posté le: Lun 02 Avr 2012 17:54  
sur Agadez-Niger

 
 Le séisme malien
Répondre en citant


En si peu de temps Le Mali a vu sa solide démocratie voler en éclats par un coup d'état inattendu et son territoire divisé par une attaque venue de la Libye née des cendres du défunt régime du Colonel. Autant dire que la France à la base de la mobilisation de l'Otan en Libye est indirectement responsable des événements maliens. 
Cela demontre que les Touaregs armés constituent une force à ne pas negliger. 
L'exemple malien peut et sera suivi d'un mouvement similaire si l'on ne règle la situation au nord Niger.A savoir favoriser l'integration des autochtones à tout les niveaux,arreter de les craindre et les écarter.Tant de hauts cadres choment à Agadez pendant que des gens aux connaissances inférieurs sont pistonnés depuis Niamey et viennent s'enrichir dare dare dans le Nord.Pour donner une idée de mes dires 
98% de la police vient du sud 
idem la douane 
idem la gendarmerie 
Plus pour l'Armée 
98% dans l'administration. 

Comment explique t on cela si ce n'est par la discrimination. 

Il est inutile de rappeler aux Nigeriens que les chefs ex rebelles ayant eu de place dans la haute sphère ne constituent aujourd'hui aucune reference sauf celle d'avoir utiliser toute la communauté et etranglér le Nord pour arriver à leurs fins! 

Le gouvernement doit anticiper et non regarder venir comme au Mali 

La Cedeao doit ruminer avant d'envoyer une force combattre les touaregs maliens et ainsi éviter de créer l'union dans cette communauté présente dans de nombreux pays et capable de se défendre. 


Mahamoudane AGHALI

Niger : Aghali Alambo et Abta Hamidine, inculpés d’actes terroristes, libérés
Les anciens leaders du MNJ et du MJAN ont été relâchés
Aghali Alambo, conseiller du président de l’Assemblée nigérienne et ancien leader du Mouvement des Nigériens pour la Justice, et Abta Hamidine, ancien dirigeant du Mouvement des jeunes arabes du Niger (MJAN), ont été relâchés les 28 et 29 mars après avoir été emprisonnés pour trafic d’armes lourdes et terrorisme.
(De notre correspondant)
Le conseiller spécial du président de l’Assemblée nigérienne et ancien chef de front du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ - mouvement d’insurrection au Niger de 2007 à 2009, ndlr), Aghali Alambo, et l’ancien leader du Mouvement des jeunes arabes du Niger (MJAN), Abta Hamidine, ont été libérés respectivement les 28 et 29 mars 2012.
Abta Hamidine
Abta Hamidine a été arrêté pour trafic d’explosifs, détention de 435 détonateurs pyrotechniques, d’armes de guerre et de plusieurs effets militaires qu’il s’apprêtait à livrer à AQMI en échange de quatre otages français enlevés au nord Niger. Dans sa déposition du mercredi 15 juin 2011 à la Brigade de recherche de la gendarmerie d’Agadez, l’ancien dirigeant du MJAN avait désigné Aghali Alambo comme étant l’un des cerveaux du réseau. Il sera a son tour inculpé le 20 mars 2012 d’actes terroristes.
L’annonce de leur libération fait débat
Pour Issiakou Mahaman, 32 ans, en poste dans la ville d’Agadez, « la justice a été instrumentalisée. Elle a failli à son devoir qui est d’appliquer la loi ». « Ces deux mercenaires ne méritent pas les égards de l’Etat, car ils ont été pris avec des preuves ! Si on les relâche, il faut ouvrir les portes de toutes les prisons du pays », confie Abdou Kallamou, 30 ans, transporteur à Zinder. Habibou Mamane, 44 ans, enseignant à Agadez, estime qu’il est préférable que les deux présumés terroristes soient relâchés car « ils sont plus dangereux en prison qu’en liberté ». « L’arrestation de Aghali Alambo peut relancer une autre rébellion et on n’a point besoin de ça avec ce qui se passe au nord Mali et au sud de la Libye », a-t-il ajouté.
Ibrahim Manzo Diallo

Légende photo logo : Aghali Alambo

Pour Tinariwen, "la musique est le meilleur moyen de défendre la cause touareg"

Pour Tinariwen, "la musique est le meilleur moyen de défendre la cause touareg"

Originaire du nord du Mali, le groupe touareg Tinariwen est actuellement en Europe pour une série de concerts. Une tournée qui a une résonance particulière avec l’offensive rebelle qui gagne du terrain au Mali.

Par FRANCE 24  (texte)
 
Loin de l’offensive des rebelles qui sévit dans le nord du Mali, le groupe touareg Tinariwen est actuellement en Europe pour la promotion de son cinquième album "Tassili", ainsi que pour une série de concerts, notamment à La Cigale, à Paris, le mardi 3 avril.
Depuis plusieurs années déjà, leur musique assouf, qui conjugue blues, rock et musique traditionnelle touareg, a dépassé les frontières du Sahel. En février dernier, "Tassili", album acoustique, est récompensé avec le prix du meilleur disque dans la catégorie Musique du monde aux Grammy Awards. Et Tinariwen fera la première partie du concert des Red Hot Chili Peppers le 30 juin prochain au Stade de France. L’occasion pour ce groupe, qui raconte depuis sa création en 1982 l’histoire des Touareg, de donner une voix à ce peuple.


Pour Tinariwen - qui signifie déserts en tamasheq -, cette tournée a une résonance bien particulière. L’un des fondateurs du groupe, qui est aussi le chanteur et guitariste, Ibrahim ag Alhabib, n’a pas pu faire le déplacement. Impossible pour lui de traverser la frontière vers l’Algérie pour prendre l’avion.
Malgré cet aléa et un emploi du temps bien chargé, le bassiste du groupe, Eyadou Ag Leche, a pris le temps de répondre aux questions de FRANCE 24. Vêtu d’un jean et d’une casquette verte kaki, le musicien, âgé de 30 ans, nous livre dans un français timide son regard sur la situation au Mali.
FRANCE 24 : Depuis sa création, Tinariwen défend la cause touareg à travers sa musique. Quelles sont vos revendications aujourd’hui ? 

Eyadou Ag Leche : 
Cela fait 30 ans qu’on chante la même chose car rien n’a évolué. Depuis l’indépendance du pays [en 1963], notre peuple n’a jamais eu de moyens pour construire des hôpitaux et des écoles. On était comme abandonné dans le désert. Nous voulons être libres et indépendants et on a compris que pour y arriver il fallait uniquement compter sur nous-mêmes.
Aujourd’hui, la situation est plus compliquée avec le coup d’État des militaires qui a renversé le gouvernement à Bamako. Je ne comprends pas bien l’intérêt de ce putsch alors que le pays connaît déjà une rébellion dans le nord du pays. En tant que membre du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), je tiens à dire qu’on souhaite que les Maliens vivent en paix, au même titre que les Touaregs.
Lors de la rébellion qui a éclaté dans les années 1990, certains membres du groupe ont pris les armes. Est-ce que vous justifiez aujourd’hui la lutte armée ?
E.A.L: Il est vrai que Ibrahim [ag Alhabib] et Alhassane [ag Touhami] ont pris les armes lors de la première rébellion. Mais cela fait partie du passé. Aujourd’hui, ils ont choisi d’utiliser une autre arme : la musique. C’est le meilleur moyen pour nous battre et pour défendre notre cause.
La communauté internationale et les pays voisins du Mali s’inquiètent de la présence, aux côtés du MNLA, de groupes islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Qu'en pensez-vous ? 
E.A.L. : Je suis témoin de ce qui se passe dans le nord du Mali et je peux vous affirmer qu’aucun islamiste ou membre d'Aqmi ne fait partie de ce mouvement. Il n’y que des Touareg qui cherchent à libérer notre territoire. Pour moi, ce sont des histoires inventées de toutes pièces par les pays occidentaux. Notre pays dispose de nombreuses ressources, comme l’uranium et le pétrole, et cela attire toutes les convoitises.

MALI - 
Article publié le : lundi 02 avril 2012 - Dernière modification le : lundi 02 avril 2012

RFI

Paroles de Maliens : choses lues sur les forums suite à la percée touarègue dans le nord

Site pro-indépendantiste d'Azawad Toumast Press.
Site pro-indépendantiste d'Azawad Toumast Press.

Par Igor Gauquelin
Après Kidal puis Gao, la rébellion a pris le contrôle de Tombouctou, dimanche 1er avril 2012. Les trois principales villes et garnisons du nord du Mali sont tombées sous la coupe du mouvement islamiste Ansar Dine - qui préconise l'adoption de la charia -, des rebelles touaregs indépendantistes du MNLA, et de milices locales arabes. Sur internet, les Maliens réagissent à cette situation chaotique. Tour d'horizon.

Pour certains internautes de la diaspora malienne, il n’y a plus que Dieu qui puisse sauver l’unité du pays. Depuis ce week-end, les Maliens sont nombreux à exprimer leurs craintes et parfois leur colère sur les forums, réseaux sociaux et autres sites d’informations spécialisés.
Parmi les tenants d’un Mali uni, tous déplorent la spectaculaire percée de la rébellion, jugée catastrophique. Mais ils se déchirent en cherchant les responsables du fiasco. Dans les commentaires d’un article du site internet Malijet, qui dénonce une « débâcle » et renvoie dos à dos le président Amadou Toumani Touré et le capitaine Amadou Haya Sanogo (respectivement jugés « incompétent » et « impuissant » dans leur gestion de la rébellion), un internaute anonyme vient prendre la défense des putschistes. « Le problème au Mali a été ATT, assure-t-il, désignant ainsi le président Touré. Il n’a pas hésité à sacrifier son peuple pour avoir un troisième mandat ».
Réponse quelques lignes plus bas d’un Malien peu convaincu par le court bilan de la junte au pouvoir : « Avant le coup d’Etat, quelles régions du Mali étaient entre les mains du MNLA ? Aucune… Alors qui a foutu le bordel ? ATT ? Soyons sérieux… Que ce capitaine déguerpisse au plus vite ».
« Complice »
Il reste, sur le web, des Maliens pour rappeler que le président déchu mérite le « respect », ne serait-ce qu’en souvenir du passé (une décennie passée à la tête du pays). Dans la même verve, nombreux sont ceux qui dénoncent sur la page Facebook de RFI un coup d’Etat fantasque et contre-productif de la part des putschistes, jugés (à leur tour) « incapables », « idiots », « incompétents ». Plusieurs témoignages s'appuient sur l’épisode désastreux de l’aéroport de Bamako.
« La junte nous a montré ses limites. Nous sommes même tentés de croire qu’elle est bien complice de la situation que nous vivons en ce moment », s’emporte un internaute au bas d’unarticle du site MaliWeb. A l’inverse, pour quelques supporters du capitaine Sanogo, c’est « ATT » qui est de mèche avec la rébellion et sème actuellement la zizanie...

Une page facebook de soutien au capitaine Amadou Sanogo.
© facebook
Depuis le putsch, les partisans du CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat) arboraient fièrement leur ralliement à Sanogo sur Facebook, via la fonction « j’aime » des pages de soutienplus ou moins officielles. C’est désormais le silence radio qui prévaut sur ces forums. La percée des rebelles a refroidi l’enthousiasme.
« Indifférence totale »
Des figures s’engagent sur internet pour imposer la voix de la raison. En témoigne le communiquépublié par Adama Diakité, président du Forum des Organisations de la Société Civile. « Au regard de l’évolution actuelle de la crise dans les régions nord / centre du pays, le Forum des (OSC) au Mali lance (un) appel à toutes les composantes de la nation malienne et à la communauté internationale ». Adama Diakité rappelle que « la complexité de cette crise et la diversité des acteurs impliqués rendent difficile sa résolution ».
« Seul le Mali compte pour nous », écrit Mamadou Dabo, qui lance sur Malijet un appel à « l’union sacrée ». « C'est sur Amadou Haya Sanogo que nous pouvons compter aujourd'hui pour sortir le Mali du gouffre. Alors nous l’interpellons, lui qui s’est mis au devant de la scène. En son temps, nous avons sévèrement critiqué ATT et ses acolytes (…) Mais nous ne saurions oublier les réalisations si nombreuses de ATT (…) Arrêtons donc les manifestations populaires de soutien au CNRDRE qui n'a rien fait pour que l'on détruise notre pays en son nom ; oublions le pouvoir ATTqui est enterré à jamais par ses propres erreurs ; pensons à défendre l'unité nationale et l'intégrité territoriale ».
« Aujourd’hui, le pays est attaqué et les 2/3 de notre territoire sont occupés par des bandits armés dans l’indifférence totale de la communauté internationale », dénonce un certain Charles Dembélé sur MaliActu.
« A part une prise de position ferme de la Cédéao et de l’Union africaine, il y’a eu que des déclarations d’intention et quelque condamnations des puissances étrangères, ajoute-t-il.Quand l’Irak avait envahi le Koweït, la réaction a été immédiate. (…) Nos autorités doivent maintenant tout mettre en œuvre pour que le droit international soit appliqué. Aucune organisation crédible, notamment les Nations unies, ne reconnaîtront un Etat bidon à l’intérieur du Mali ».
« Historique »
Comme d'autres, Charles Dembelé appelle à un déploiement des forces de la Cédéao. « Pas une force combattante mais une force dissuasive contre les exactions et les pillages des biens ». Il n’est pas pour autant certain que ce genre d’initiatives convainque les nombreux sceptiques, qui restent méfiants vis-à-vis des puissances étrangères, et notamment la France, critiquée pour son action en Libye, conflit en partie à la source de la situation actuelle.

Forum du site MaliWeb.
« Malgré toute les bonnes intentions qu'ont les Etats a vouloir aider le Mali, ils ne savent pas à qui s'adresser, que se soit la junte actuellement au pouvoir à Bamako ou les rebelles du MNLA. Tous sont illégitimes », déplore par ailleurs un internaute. La communauté internationale, et en particulier les pays qui ont bombardé la Libye, doivent activement participer à la résolution de ce conflit. Ce sont les hostilités commencées en Libye qui entraînent tout ce désordre ».
« Nos aïeuls en ont rêvé »
Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Dès vendredi, la page Facebook du MNLA a officialisé, pour sa propre communauté d'internautes, la prise de la ville de Kidal. « Excellente nouvelle », «  formidable », « courage ! », se sont aussitôt réjouis les utilisateurs, auxquels s'étaient néanmoins mêlées des personnes venant questionner (de manière crue) les rapports entre Touaregs, miliciens arabes et islamistes.
Dimanche 1er avril 2012, le MLNA a ensuite publié une déclaration sur son site, parlant d'un « retour à la dignité » de l'Azawad après la prise de Tombouctou. Dans un article du site pro-indépendantiste Tourast Press, Ikhlou Ag Azzezen (qui se présente comme un étudiant bénévole) parle immédiatement d’un jour « à tout jamais historique », « dont nos aïeuls ont rêvé depuis 1880 ». « Plus aucun drapeau du colonisateur malien ne flotte dans l’Azawad », s'émerveille-t-il.
TAGS: MALI
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