lundi 6 mai 2013

Touaregs du Mali. Des hommes bleus dans une zone grise


Soumis par agellid le lun, 05/06/2013 - 09:33

Par Patrice GOURDIN*

Les conflits en Libye puis au Mali ont attiré l’attention sur les Touaregs. P. Gourdin propose ici une mise en perspective. Maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs virent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.
Cet article reprend et développe la conférence prononcée le 5 avril 2013 à Grenoble, dans le cadre du 5e "Festival de Géopolitique et de Géoéconomie" organisé par Grenoble École de Management sur le thème : "Mondialisation : Abus-Menaces-Perspectives".

AVEC les Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et la naissance du capitalisme marchand, apparut le processus historique de mondialisation. Celui-ci prit une forme industrielle et financière au XIXe siècle et connut un premier apogée avant la Grande Guerre. Les deux conflits mondiaux, la crise des années 1930 et la Guerre froide rétractèrent et/ou figèrent le processus. La fin du communisme le relança dans les années 1990 et, depuis, il se trouve en phase d’accélération et d’amplification.
La mondialisation engendre une dynamique qui, tout à la fois, intègre et fragmente ou marginalise, car elle produit de l’inégalité. Ainsi s’opposent un “centre“- polycéphale - du monde et des “périphéries“. Cette hiérarchisation, très marquée par rapport aux multiples flux qui parcourent la planète, résulte de l’articulation plus ou moins possible et/ou réussie de chaque territoire avec les réseaux qu’empruntent ces flux, ainsi que de son aptitude plus ou moins grande à accumuler de la richesse.
De l’Antiquité à nos jours, la région Sahara-Sahel comprit de multiples espaces échappant à l’exercice d’une réelle autorité politique. Ils bénéficièrent de leur situation à la charnière de chacune des constructions politiques stables et sédentarisées qui se succédèrent. Il s’agit donc souvent d’un espace périphérique. Aujourd’hui, elle fait partie des “zones grises“ de la mondialisation, ces territoires marqués par l’absence de la loi et de l’ordre que chaque État, de par son devoir de sécurité, est sensé faire régner. La zone Sahara-Sahel sert de base à des rébellions et offre un espace d’impunité relative à des activités mafieuses, ainsi qu’un sanctuaire à des organisations terroristes salafistes.
Cela fait par conséquent planer une lourde menace sur la sécurité des États de la région, sur l’Union européenne et sur les États-Unis. Cela motiva la décision d’intervention militaire prise par le Président de la République française le 11 janvier 2013. Il répondait à l’appel des autorités de transition du Mali et des voisins de celui-ci, dans le cadre des résolutions (2056 du 5 juillet 2012, 2071 du 12 octobre 2012 et 2085 du 20 décembre 2012) adoptées par l’ONU. Démarche qui lui valut l’approbation unanime du Conseil de sécurité, le 14 janvier 2013, et des États membres de l’Union européenne, le 17 janvier 2013. La même cohésion ne se retrouve guère dans le soutien actif à l’intervention française. Outre les restrictions budgétaires qui touchent tous les acteurs, cela tient à l’indifférence de la plupart des États européens à l’égard du Sahel, ainsi qu’à la crainte (feinte ou sincère) d’œuvrer au seul bénéfice de la politique africaine de la France. Formulé ainsi, cela ne serait guère diplomatique, aussi est mise en avant la volonté de privilégier l’indispensable dimension politique de la solution à la crise malienne. Or, cela dépend en partie de la résolution de la difficile question touarègue.
Celle-ci résulte d’un processus assez classique : maîtres du Sahara central et bien intégrés dans les courants commerciaux intra- et transsahariens précoloniaux, les Touaregs virent leur pouvoir détruit, leur système économique ruiné et leur société disloquée par la colonisation, lors de la première phase de la mondialisation, puis par l’indépendance du Mali. Depuis, ils tentent de survivre et aujourd’hui ils s’adaptent plus ou moins bien à la seconde phase de la mondialisation.

I. LES MAÎTRES DÉCHUS DU SAHARA CENTRAL

Les Touaregs dominèrent pendant plusieurs siècles le Sahara central. Ils s’étaient remarquablement adaptés à ce milieu très difficile et avaient construit une société originale, bien connectée avec l’extérieur.

A. DES BERBERES


Les Touaregs descendent de populations arrivées dans le Sahara humide vers le VIIIe millénaire av. J-C. L’appellation “Touareg“ est d’origine arabe. Les intéressés se dénomment “kel tamasheq“ - littéralement : “ceux qui parlent tamasheq“, une variante de la langue berbère. Cette langue constitue la base de leur identité. Et ce d’autant plus que, sur l’ensemble de la zone de peuplement berbère, seuls ils ont préservé l’alphabet tifinagh, dérivé de l’écriture dont usèrent leurs ancêtres dans toute l’Afrique du Nord et au Sahara.
Hormis la langue, leurs référents identitaires communs principaux sont le port du voile par les hommes, le mode de vie nomade et l’usage d’armes blanches venues (puis copiées) de l’Occident médiéval. La sédentarisation et l’acquisition d’armes à feu réduisirent considérablement ces singularités.
Traditionnellement très hiérarchisée, la société touarègue était dominée par les guerriers et marquée par une grande fluidité. D’une part, les rivalités multiples et incessantes provoquaient une très forte instabilité au sein des tribus et entre celles-ci. D’autre part, il existait une relative mobilité interne parmi les hommes libres, car les statuts ne demeurent pas immuables. À quoi il faut ajouter des possibilités d’affranchissement pour les esclaves. Chaque homme avait des droits et des devoirs en fonction de son appartenance sociale - héritée de sa mère. Son parcours personnel pouvait modifier son statut. Les observateurs relevèrent une relative liberté des femmes, mais c’était par comparaison avec le statut réservé à ces dernières dans les sociétés voisines, notamment arabo-musulmanes du Moyen-Âge. Cela ne semble guère faire de la femme touarègue un être réellement libre.
La société touarègue est composée de tribus de rang inégal, regroupées en sept confédérations, dont trois sont présentes au Mali : les Kel Adrar ou Kel Adagh (dans la région administrative de Kidal), la branche Kel Ataram des Iwellemmeden (dans la région administrative de Gao) et les Kel Antessar ou Kel Ansar (dans la région administrative de Tombouctou). Les relations forgées au fil des siècles au sein de ces tribus, entre ces tribus et entre leurs confédérations, influencent encore aujourd’hui la population touarègue. Les alliances fluctuantes et les rivalités de pouvoir pèsent toujours plus ou moins sur les activités et les engagements individuels et collectifs.

B. DES SAHARIENS


Arrivés vers le VIIIe millénaire av. J-C, alors que le Sahara était humide, les ancêtres des Touaregs s’adaptèrent à la dégradation climatique. Depuis plusieurs siècles, ces êtres vivent dans un milieu très difficile, marqué par l’aridité et la limitation des ressources, qui ne supporte par conséquent que de faibles effectifs. Leur nombre est aujourd’hui estimé entre 1 et 3 millions, répartis sur 2 500 000 km2  : environ 50% au Niger, 35% au Mali, 10% au Burkina Faso, 3% en Algérie, 2% en Libye.
Cette précarité impose la mobilité, qui fut atteinte et érigée en mode de vie - le nomadisme - grâce au chameau. Celui-ci leur permit de pratiquer l’élevage (au côté d’autres animaux considérés comme moins prestigieux, mais qui n’en sont pas moins très utiles, chèvres et ânes notamment), de se livrer au commerce et de mener longtemps avec succès la guerre, tant défensive que de prédation (rezzous).
La précarité impose aussi un partage très strict des ressources : chaque individu jouit d’un accès aux pâturages, à l’eau, au bois, au gibier et de droits d’usage du sol. La répartition s’établit en fonction du rang, mais du plus puissant au plus humble, chacun ne jouit que de l’usufruit, aucun ne possède ces ressources en propre.
Les richesses naturelles sont comptées et leur quantité demeure soumise aux aléas. Aussi les Touaregs avaient-ils complété leurs moyens d’existence en se faisant commerçants. Ils effectuaient des échanges dans chaque dimension spatiale : esclaves, dattes, sel, minerai de cuivre, bétail, peaux, artisanat (bois, cuir, métal) aux échelons local et intra-saharien ; esclaves, céréales, plumes d’autruche, or, étoffes indigo, produits manufacturés - notamment armes -, thé, sucre, soie, épices, parfums, encens, dans le cadre transsaharien. Cela passait par deux systèmes différents : celui du relais, les produits transitant de tribu en tribu ; celui du réseau, le même marchand (pas nécessairement un Touareg) traversant le territoire de chaque tribu dans le cadre d’accords et d’alliances (notamment matrimoniales) divers. Par leur participation aux traites négrières, ils s’inséraient dans le commerce triangulaire Europe-Afrique de l’Ouest-Amériques, réseau précoce de cette première mondialisation qui s’épanouit au XIXe siècle.
Ils restèrent à l’écart des révolutions agricole et industrielle, aussi la guerre demeura-t-elle pour eux une ressource essentielle. Les impératifs de sécurité et de prédation expliquent la forte tradition guerrière des Touaregs. Toutefois, les difficultés extrêmes liées au milieu naturel dans lequel ils évoluent les privèrent des bases démographiques et matérielles indispensables à la création d’un empire. En outre, du fait de leurs querelles intestines et de leur infériorité en matière d’armement, ils subirent une succession de défaites à partir de la conquête coloniale. Mais il subsiste un état d’esprit ne rechignant ni aux prises d’armes ni aux révoltes. En dépit de leurs qualités guerrières, les Touaregs se trouvèrent absents des armées “nationales“ formées après l’indépendance, en 1960, par le Mali et le Niger. Cela explique les revendications d’intégration d’ex-rebelles dans ces armées lors des processus de paix depuis les années 1990.


C. DES MUSULMANS

Le Mali compte 94% de musulmans dans sa population. Mais cette communauté en religion ne joue aucun rôle fédérateur entre les différentes composantes du peuple malien. En particulier, elle ne constitue pas une base de rapprochement entre les habitants du sud et les Touaregs
Les commerçants figurèrent parmi les musulmans les plus précocement convertis dans la zone Sahara-Sahel. En effet, la foi partagée est sensée leur assurer, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, honnêteté en affaires, solidarité et protection. L’islamisation des Touaregs commença, au XIe siècle, par les marchands et se poursuivit lentement. Ils ne revendiquent pas le facteur religieux comme élément fondant leur identité. Toutefois, celui-ci joue un rôle important dans leur organisation sociale. Les religieux constituent un groupe de spécialistes, formant une catégorie à part, respectée par tous et protégée par les nobles guerriers. Mais ce sont des non-combattants. Donc, bien qu’ils fassent partie des hommes libres, tout “descendants du Prophète “ qu’ils se prétendent, ils n’en sont pas moins tributaires des nobles.
Tous rattachés à la branche sunnite - comme les autres Maliens -, les Touaregs en embrassent les nombreuses nuances. Le soufisme exerce une forte influence à travers les confréries Tidjanyia et Kadryia. Ces dernières, avec leur culte des saints et leur enseignement de sagesse, inclinent leurs adeptes à la modération. Mais les autres courants peuvent provoquer des réactions plus vives. Dans certaines circonstances, la tiédeur des malékites n’exclut ni le fanatisme, ni le recours à la violence. Cela s’avère plus marqué avec les wahhabites (présents, à travers la Sanoussiya, dès le XIXe siècle), en particulier la minorité salafiste djihadiste. La répartition des Touaregs entre ces différentes perceptions de l’islam n’est pas connue avec précision. Néanmoins, celles-ci semblent présentes au sein de chaque tribu, voire de chaque famille. La tradition, l’histoire, les parcours individuels contribuent à cette diversité. D’ailleurs, l’islam s’avère, depuis un millénaire, tout autant un outil permettant de transcender les oppositions et les compétitions internes à la société touarègue, qu’un instrument pouvant les attiser.

D. DES CO-HABITANTS


Les Touaregs n’occupent pas seuls le territoire du Sahara central. Ils y cohabitent plus ou moins pacifiquement avec d’autres populations ayant parfois un passé aussi prestigieux que le leur. Cela interfère gravement avec leurs prétentions à l’indépendance ou à l’autonomie.
Au Mali, ils comptent pour environ 10% de la population. Installés dans le nord du pays, ils y côtoient plusieurs groupes. Les Maures (3% de la population) se rattachent au même rameau que les Touaregs, à l’origine, mais ils s’arabisèrent. Toutefois, ils ne se confondent pas avec les Arabes au sens strict (1,5% de la population), descendants proclamés des conquérants venus par le Nord. Des populations issues de brassages complexes remontent aux fondateurs de deux empires : les Songhaï (empire aux XVe-XVIe siècles) représentent environ 10% de la population et les Peul (empire au XIXe siècle) 14%.

II. SOUMISSION ET DÉSTRUCTURATION

Avec le processus de mondialisation, les Touaregs assistèrent à la ruine de leur système économique, social et politique traditionnel. Plusieurs bouleversements se conjuguèrent pour provoquer ce déclin. Avec l’affirmation de la domination européenne et l’essor du transport maritime, la place du commerce caravanier transsaharien diminua considérablement. La restriction continue de la liberté de déplacement, la rupture des liens de dépendance et la dégradation du milieu naturel compromirent irrémédiablement les ressources et le mode de vie touaregs. L’éloignement des centres de décision, l’insuffisance des infrastructures, l’absence dans les circuits économiques réorganisés, l’exclusion de l’exercice du pouvoir et le désintérêt de l’État malien entretinrent la marginalisation.

A. LA DOMINATION COLONIALE FRANÇAISE


Le développement par les Européens du commerce maritime au long cours dès le XVIe siècle sapa lentement une base essentielle de la prospérité, donc de la puissance des Touaregs. L’invasion marocaine, à la même époque, provoqua parmi eux des désordres politiques et économiques. L’interdiction du commerce négrierpar le traité de Vienne en 1815, si elle n’aboutit pas à sa disparition instantanée, le rendit plus difficile et le déplaça vers le sud de l’équateur, ce qui pénalisa l’économie touarègue. Celle-ci subit également le choc du transfert en Afrique de certaines activités productives au fur et à mesure du recul de l’esclavage aux Amériques : la rente négrière disparaissait, les échanges de produits traditionnels (or, peaux, gomme arabique, par exemple) stagnaient et, déjà marginalisé par la révolution des transports, l’espace touareg était impropre aux cultures de plantation, notamment oléicoles, qui connurent alors un grand essor en Afrique de l’Ouest. Bref, les Touaregs perdaient pied dans la division internationale des activités. Après que la diffusion de la quinine eût commencé de briser l’obstacle sanitaire qui faisait de l’Afrique le “tombeau de l’homme blanc“, et alors que la grande crise économique apparue en 1873 perdurait dans les pays industrialisés, la conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885), mit en forme la colonisation de ce continent. À la suite de la prise de contrôle des régions côtières, le mouvement s’accéléra dans la zone saharo-sahélienne, avec la soumission imposée par les armes françaises entre 1894 et 1904. Les voies du commerce transsaharien achevèrent de se décaler vers l’est, qui préserva son indépendance le plus longtemps et qui capta la majeure partie des flux, au détriment du centre et de l’ouest. Le coup de grâce vint de l’achèvement des voies ferrées Kayes-Bamako (1904) et Lagos-Kano (1912), qui court-circuitèrent le commerce transsaharien dans la boucle du fleuve Niger et le pays haoussa.
Dès 1908, l’administration coloniale définit sa “politique touarègue“. En priorité, il s’agissait de contrôler la population : soumission des tribus, recensement, quadrillage militaire, contrôle des armes, imposition de l’arrêt des rezzous, suppression de la traite esclavagiste, abolition du système tributaire, obligation de fourniture de guides et d’animaux, contrôle des déplacements, fixation des prix du bétail, ingérence dans l’organisation politique traditionnelle (dislocation des fédérations, intervention dans la désignation des chefs, notamment). Après l’écrasement de la brève mais violente révolte de 1916-1917, la paix régna jusqu’à la décolonisation. Le renforcement du contrôle des populations et l’organisation d’unités méharistes, très mobiles et très efficaces, assurèrent la quiétude dans cette zone. À l’heure des décolonisations, alors que les combattants d’origine arabe devenaient de moins en moins fiables, la France recruta des supplétifs parmi les Touaregs. Ils firent preuve d’une loyauté constante et assurèrent un blocage efficace de la wilaya 7 organisée par le FLN. À partir de Tessalit, Kidal et Gao, celui-ci entendait contourner - par l’Adrar des Ifoghas, le Hoggar et l’oasis de Tindouf - les barrages établis par les Français le long des frontières marocaine et tunisienne.
Avant la découverte des hydrocarbures, à la fin des années 1950, le Sahara central ne présentait pas d’autre intérêt que sa position stratégique à la charnière des trois composantes de l’empire colonial africain de la France (Afrique du Nord, Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale française). Aussi, en dépit de la soumission et de la fidélité des tribus, l’investissement colonial (infrastructures, santé, éducation, notamment) en zone touarègue fut très limité, ce qui n’améliora guère la vie quotidienne des populations nomades. En revanche, la disparition des grands mouvements de migration qui avaient lieu en cas de fortes sécheresses provoqua la perte du savoir-faire ancestral d’adaptation et de réaction aux aléas météorologiques. Cela aggrava les conséquences des dysfonctionnements climatiques majeurs intervenus depuis l’indépendance. Ajoutons que les nomades demeurèrent loyalistes car ils craignaient de perdre le peu de liberté de déplacement qu’il leur restait. En outre, les chefs traditionnels, déjà déstabilisés par l’introduction du suffrage universel à partir de 1945 (qui desserra ce qui subsistait des liens de dépendance), redoutaient la subversion sociale contenue dans le programme socialisant du FLN. À quelques très rares exceptions, les chefs touaregs refusèrentconstamment la scolarisation de leurs enfants. Ils demeuraient attachés au mode oral de transmission de la somme considérable de connaissances qu’ils avaient acquises (chez les nobles touaregs, la culture est une qualité tout aussi importante que le courage). De plus, ils craignaient une déculturation massive et, à terme, la perte totale de leur identité. Cela s’avéra une très lourde erreur, tant vis-à-vis du colonisateur que vis-à-vis des autres composantes de la population des colonies. En effet, de ce rejet date le déficit chronique des Touaregs en personnels qualifiés, en intellectuels et en cadres politiques compétents.
Pas ou peu au fait des rouages de la démocratie occidentale contemporaine, les chefs touaregs ne semblent guère avoir perçu clairement les enjeux de ladécolonisation. Par conséquent, lorsqu’en 1958 ils comprirent que la France allait partir, ils raisonnèrent dans la logique politique tribale qui était la leur. Ils s’étaient soumis au pouvoir du plus fort et, à ce titre, avaient acquitté tribut. En retour, suivant leur conception des règles du jeu politique, ils attendaient aide et protection du vainqueur. À l’aube des indépendances africaines, cela prit la forme d’une demande à la métropole de leur confier un État en propre. Or, cette requête ne fut pas honorée, car elle obérait les bonnes relations voulues par Paris avec les États en voie d’émancipation.

B. LA MARGINALISATION DANS L’ÉTAT MALIEN

Le 22 septembre 1960, Modibo Keita proclama l’indépendance du Mali, sous la direction des Bambara, descendants des fondateurs du prestigieux empire dont ils reprenaient le nom. Faute de disposer des moyens de résister, la majorité des chefs touaregs se soumirent, tandis que quelques-uns prenaient le chemin de l’exil. Accusés d’avoir été des partisans de la colonisation, sous-scolarisés (par leur faute, nous l’avons vu), ils se trouvèrent exclus des réseaux de pouvoir, tant politique qu’économique, ce qui pérennisa leur marginalisation.
Le Mali conserva pour l’essentiel le système d’administration des populations du Nord mis en place par la France. Le seul changement perceptible consista en la substitution d’administrateurs et de militaires Bambara aux Français. Les Touaregs ressentirent cela comme une seconde colonisation. La politique socialisante de développement accorda la priorité à l’agriculture (source principale de richesse des sédentaires du Sud, désormais au pouvoir), au détriment de l’élevage (alors que les Touaregs excellent dans cette activité). La législation (regroupement obligatoire en coopératives, monopole étatique sur le commerce extérieur, par exemple) et la fiscalité s’avérèrent défavorables aux Touaregs. Les décideurs à Bamako, ainsi que leurs conseillers, ignoraient (et ignorent encore souvent) les réalités socio-économiques du Nord. Le manque d’infrastructures et la quasi absence des Touaregs dans les activités de transport par camions généra un mécanisme d’échange inégal interne, qui entretint un sous-développement plus marqué au Nord. En outre, les autorités maliennes mirent en œuvre sans ménagement un vaste programme de sédentarisation. La volonté de mieux contrôler les populations se doublait de la conviction - héritée de la période coloniale et partagée par les grandes institutions internationales - que l’abandon du nomadisme était une condition du progrès.
Cela sembla confirmé par les sécheresses qui affectèrent très gravement le Sahelen 1973-1974, puis en 1984-1986, et achevèrent de briser le système de production pastorale. Les populations nomades, perdant une grande part de leurs troupeaux, ne purent survivre et durent se déplacer. Leur arrivée sur les bords du fleuve Niger provoqua de fortes tensions avec les paysans sédentaires riverains. Nombreux furent ceux qui, au terme d’éprouvantes pérégrinations, échouèrent dans les villes ou à l’étranger et entamèrent la descente aux enfers de la clochardisation. Le détournement d’une partie de l’aide internationale par le pouvoir bambara de Bamako aggrava leur situation et entretint leur ressentiment.
Depuis les années 1990, les pays de la zone Sahara-Sahel ont renforcé leurs relations économiques avec les pays pétroliers du Proche-Orient, ce qui limita les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, donc l’intégration économique de l’espace touareg aux flux de richesse licite.
Des évolutions institutionnelles auraient pu leur donner voix au chapitre dans la vie politique du Mali. La Constitution de la IIe République, adoptée en 1974, conféra une représentation politique aux “fractions“. Les perspectives de participation à la vie politique s’élargirent encore en 1993 avec la loi sur la décentralisation. Mais ces opportunités, pour limitées qu’elles étaient, furent mal ou pas utilisées, notamment faute d’alphabétisation. La participation électorale est très faible et les élus sont souvent des notables traditionnels ralliés.
Exode et/ou exil renforcèrent la marginalisation des Touaregs. Coupé de son espace territorial, économique, social et culturel, l’individu connut une mutation importante : la dimension lignagère et spatiale de son identité s’estompa et fit place à une perception ethnique. L’appartenance à l’ensemble touareg prit le pas sur l’attache tribale. C’est du moins ce que semblent révéler les révoltes survenues depuis les années 1990.


III. LES STRATÉGIES DE SURVIE

Habitués par un milieu naturel hostile à déployer des trésors d’ingéniosité et de mobilité pour continuer à vivre, les Touaregs ont conservé, pour le meilleur et pour le pire, ces qualités jusqu’à nos jours. Ils le firent sous la pression des contraintes imposées par l’histoire, depuis la conquête française.

A. LES REVOLTES

Toutes les bases de la société touarègue furent mises à mal par la colonisation française, ce qui explique les troubles qui culminèrent avec la rébellion qui éclata en1916 sous la direction de Kaocen ag Kedda, un Touareg de l’Aïr lié à la puissante confrérie Sanoussiya. Malgré les incontestables qualités de fédérateur et de stratège de la guerre moderne de son chef, la fragmentation politique, les stratégies contradictoires des confréries influentes et l’infériorité en effectifs comme en armement eurent raison, au début de 1917, de ce sursaut d’une société moribonde. Après la Première Guerre mondiale, il régna au Sahara central un calme permanent.
La situation se dégrada rapidement après la création de l’actuel État malien. En1963-1964, des Kel Adagh et des Kel Ansar prirent les armes contre les méthodes d’administration mises en œuvre par les fonctionnaires et les militaires envoyés du sud par Bamako. Il s’agissait d’un soubresaut déclenché par la frustration d’être mis sans ménagement à l’écart et de se voir imposer, sans aucune concertation, une politique contraire à leur culture et à leurs intérêts. Brutalement réprimé, le mouvement cessa. Le massacre d’une grande partie de leurs troupeaux durant les opérations de “pacification“ et les sécheresses de 1973-1974, puis de 1984-1986, achevèrent de démanteler leur société. Une partie des plus jeunes, dans l’exil et sous l’influence des menées (dans les années 1980) du dictateur libyen, le “colonel“Kadhafi, organisèrent une nouvelle lutte armée. Entre 1990 et 1995 ils menèrent une guérilla motorisée, très mobile, imitant les rezzous. Défendant l’identité touarègue, ils ne formulèrent pas une revendication nationaliste, ne demandèrent pas un État au Sahara central. Ils exprimèrent, tant au Mali qu’au Niger, épicentres de ce mouvement, leur volonté d’intégration aux États dans lesquels eux et leurs familles vivaient. Faute d’une réponse satisfaisante, ils entretinrent une insécurité endémique (en particulier sous la houlette du charismatique Ibrahim Bahanga). Des troubles plus graves survinrent entre 2006 et 2009, sans que Bamako ne pût et/ou ne voulût apporter les réponses de fond qui auraient convenu.
La création du Mouvement national de libération de l’Azawad-MNLA, à l’automne 2011, se situe dans la continuité de cette insatisfaction, de ces protestations et du caractère marginal de ces organisations. Après une campagne-éclair remportée grâce à la conjonction de l’affaiblissement de l’État malien (notamment la décomposition de son outil militaire), de l’afflux de combattants revenus de Libye avec du matériel plus puissant qu’autrefois et de l’appoint déterminant des groupes salafistes djihadistes, le MNLA proclama unilatéralement l’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012. Mais, divisé, trop peu représentatif, ignoré par la communauté internationale et démuni, il perdit, deux mois plus tard, au profit des salafistes djihadistes, le contrôle du territoire conquis.

B. L’EMIGRATION

Dès 1964, après l’échec de la révolte de 1963, une partie des Kel Adagh s’exila en Algérie (Tamanrasset). Plusieurs vagues grossirent les rangs de la diaspora touarègue durant les sécheresses au Sahel de 1973-1974 et 1984-1986. Ainsi naquit le phénomène “ishumar“. Terme qui désigne une génération de “kel tamasheq“, généralement célibataires (16-35 ans), qui quittèrent leur famille et leur pays de naissance pour aller chercher du travail et/ou fuir la répression. La plupart se dirigèrent vers les deux pays où il existait une communauté touarègue réputée mieux traitée (par exemple, le 15 octobre 1980, dans un discours prononcé à Oubari, le “colonel“ Kadhafi exhorta les Touaregs à venir en Libye, “leur patrie d’origine“) et où, surtout, il y avait des emplois - peu ou pas qualifiés - grâce à la rente pétrolière : l’Algérie et la Libye. Ainsi, des jeunes Touaregs se retrouvèrent parmi les soutiers de la mondialisation. Délaissant leur origine tribale, se détournant des cadres politiques traditionnels impuissants ou corrompus, les “ishumar“ se rassemblèrent autour de leur appartenance ethnique commune, de leurs problèmes partagés et d’un itinéraire de vie semblable. Ils développèrent alors une conscience politique qui les conduisit à formuler des revendications d’intégration et à s’organiser pour défendre celles-ci, tant sur le terrain politique que les armes à la main.
À partir de 1986, en partie suite aux aléas de l’économie mondiale, la nécessité de lutter se renforça. L’Algérie, alors frappée par la rétraction de la rente pétro-gazière, expulsa vers leur pays d’origine les réfugiés touaregs venus du Mali. La situation de ceux qui se trouvaient en Libye se dégrada, car ils perdaient leurs emplois du fait, également, de la chute des cours du pétrole. Forts de leur réputation guerrière, certains s’enrôlèrent dans l’armée de Kadhafi, servant ses sinueux desseins africains et proche-orientaux. Les observateurs affirment que les jeunes Touaregs ne furent pas dupes de cette manipulation. Ils auraient agi en toute connaissance de cause et dans le but de se procurer des armes ainsi que d’acquérir une formation militaire pour, le moment venu, abandonner le dictateur libyen et mener leur propre combat.

C. LE TOURISME

Pour une poignée de Touaregs, la planche de salut sembla se trouver dans le tourisme, une des manifestations les plus visibles de la mondialisation contemporaine. Apparues dans les années 1970, médiatisées par des auteurs talentueux, lesméharées attiraient un public occidental disposant de revenus élevés et prêt à payer des sommes substantielles pour découvrir le désert “authentique“ et le mode de vie traditionnel de ses habitants. Plus controversé et répondant à une autre forme d’appel du désert, le rallye Paris-Dakar procura quelque argent entre 1979 et 2008. Là résidait une part de la forte croissance économique enregistrée par le Mali dans les années 1990.
Mais cela ne pouvait constituer qu’une source marginale de revenus, eu égard aux conditions difficiles de vie dans le milieu désertique et à l’absence d’infrastructures, fussent-elles spartiates. Ce type de loisir, exigeant une excellente condition physique, ne pouvait pas convenir à un nombre élevé de vacanciers. Dont le milieu naturel fragile n’aurait, d’ailleurs, pas pu supporter les nuisances. En outre, durement étrillé par l’armée en Algérie, le Groupe salafiste pour la propagande et le combat, devenu Al Qaida dans les pays du Maghreb islamique en 2007, s’implanta à partir de 2003 dans le Sahara central. Ses katibas visèrent les activités touristiques, tout à la fois pour tarir une source importante de devises pour les États qu’il entendait déstabiliser afin d’en prendre le contrôle, pour ternir la réputation de ces États et pour exploiter l’amplification médiatique de son combat que ses forfaits suscitaient.

D. LES ACTIVITES ILLICITES

Lieu de passage difficile mais connectant des espaces locaux, régionaux et transnationaux, le Sahara central s’affirma comme particulièrement propice à toutes sortes de trafics auxquels, pour assurer leur subsistance, certains de ses habitants se livrèrent (comme la traite négrière dont, en dépit de son interdiction en 1815, Tripoli demeura un centre très actif, approvisionné par les pistes transsahariennes) et se livrent toujours. Une partie de la population touarègue, directement ou indirectement, est en affaire avec divers réseaux mafieux et se trouve en connivence avec des organisations terroristes djihadistes. Le trafic s’impose comme la continuation du commerce caravanier sous d’autres formes et avec d’autres “produits“ (véhicules, cigarettes, médicaments, armes - notamment légères -, drogue, émigrants clandestins). Dans la mesure où seuls les Touaregs connaissent les pistes, ceux-ci s’imposent comme des intermédiaires obligés.
Là réside, étrangement, la forme la plus aboutie de l’intégration contemporaine des Touaregs à la mondialisation. Le Sahara central est devenu une immense “zone grise“ pérennisée par une véritable “chaîne d’intérêts“. Les réseaux mafieux et terroristes s’insèrent dans les relations d’affaires très anciennes, souvent assorties de liens familiaux, qui unissent les commerçants (de toute envergure) d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest avec les tribus nomades. Les frontières contemporaines, plus contrôlables qu’on ne le dit souvent - ne serait-ce que par l’obligation de transit par certains lieux (passage, points d’eau, par exemple) - entravent les échanges, mais elles créent aussi des opportunités infinies d’enrichissement pour toute une série d’acteurs. Outre ceux mentionnés précédemment, les réseaux qu’ils connectent intègrent ceux formés avec des complices sis au sein des appareils d’État et des structures de pouvoir, la plupart du temps du bas de l’échelle jusqu’au plus haut niveau. Les personnages et/ou les groupes les plus importants disposent de relais en Amérique (Sud et Nord), en Europe, au Proche-Orient et/ou en Extrême-Orient. On le voit, le maillage des intérêts et des complicités est littéralement “global“. Il prospère localement sur la défaillance des États, dont il constitue une face paradoxalement “positive“ pour une partie des Touaregs. C’est de l’incompétence, de la corruption et de l’absence de l’État, ainsi que de la marginalisation et de l’insécurité dans lesquelles le pouvoir légal tient le nord du Mali, que résulte l’épanouissement des activités certes illicites, mais qui assurent la survie et parfois la fortune d’une partie des Touaregs. Ajoutons que, comme dans toute “zone grise“, la majorité de la population du Sahara-Sahel subit ces agissements délictueux bien plus qu’elle ne les cautionne. L’indigence, le poids des solidarités traditionnelles et l’absence de protection par un État de droit ne laissent guère d’autre possibilité. Tout cela ressemble à ce que l’on observe dans une autre “zone grise“ africaine : la région soumise aux exactions des pirates somaliens.
La conséquence la plus déstabilisatrice de cette criminalisation économique est son évolution en criminalisation politique. Ce qu’illustre le phénomène salafiste djihadiste. En 2003, ses sectateurs exploitèrent les dissensions inter-touarègues et la déliquescence du pouvoir à Bamako pour s’enraciner au Nord Mali. Avec l’argent provenant de la drogue et des rançons d’otages occidentaux, ils recrutèrent des complices et des combattants chez les Touaregs. Dans un autre registre, la création, en 2007, de l’Alliance Touareg Mali-Niger semblait avant tout liée à la volonté d’obtenir la démilitarisation de la zone frontalière de Tin Zawaten, un des hauts lieux de passage des trafics entre l’Afrique de l’Ouest et l’Algérie. La revendication politique paraît avoir été instrumentalisée pour la défense d’intérêts mafieux, même si une partie des combattants croyaient sincèrement lutter pour un objectif avouable. Autre résultat inquiétant, la montée de la violence interne pour la maîtrise des territoires, car le contrôle d’itinéraires et/ou de lieux de stockage génère des revenus de plus en plus considérables. Cela exacerbe les affrontements entre clans et autres sous-groupes, le plus souvent sous couvert de réaffirmation des “droits ancestraux“. Il a même été observé des répercussions sur les compétitions électorales  : financements douteux, utilisation “non-conventionnelle“ de relations privilégiées avec les autorités à Bamako. Tout cela entretient la fragmentation économique, sociale et politique, ce qui bloque l’apparition d’une conscience politique, notamment celle d’un destin commun qui susciterait l’émergence d’une nation touarègue ou le ralliement à la nation malienne.

SOLUTION IMPROBABLE ?

La question touarègue résulte d’une marginalisation dans le cadre de la mondialisation. Or, la marginalisation de certains espaces constitue l’une des caractéristiques de la mondialisation et l’Afrique de l’Ouest demeure une “périphérie“. De plus, cette exclusion profite, à des degrés divers, à de nombreux acteurs qui n’ont par conséquent aucun intérêt au changement. Pourquoi laisseraient-ils démanteler un “système“ aussi rentable, dont les incidences négatives affectent, par surcroît, des pays éloignés, qui leur sont totalement indifférents, voire auxquels ils reprochent leur égoïsme ou leur malfaisance ?
Seule l’émergence économique du continent africain serait susceptible de modifier cette situation. Intégré à l’un et/ou l’autre des “centres“ de la mondialisation (Europe, Amérique du Nord, plutôt qu’Asie, a priori), voire devenant lui-même l’un de ces “centres“ (ses ressources naturelles et démographiques le lui permettraient, du moins en théorie), il circonscrirait ou éliminerait cette “zone grise“ Sahara-Sahel.
Donc, hormis le fait que le contexte politico-militaro-criminel intérieur ne s’y prête guère, le traitement de la question touarègue dans le cadre du seul Mali semble inadapté. La “Stratégie pour le Sahel“, adoptée par l’Union européenne le 29 septembre 2011, va donc dans le bon sens, puisqu’elle lie sécurité, développement et gouvernance, aux échelons local, national et régional. Mais l’indifférence de nombre d’États européens pour ce problème, illustrée par leur faible implication dans le financement des programmes en faveur du Sahel, comme dans le soutien à l’opérationServal ou l’assistance à la reconstruction de l’armée malienne (EUFOR Mali, démarrée à Koulikoro le 2 avril 2013), n’incite guère à l’optimisme et, hélas, ne plaide guère en faveur de leur intelligence politique. Pour espérer effacer le gris de la zone Sahara-Sahel, actuellement partie prenante à la face obscure de la mondialisation, il paraît pourtant nécessaire d’intégrer pleinement l’Afrique de l’Ouest aux réseaux licites, afin de favoriser son développement économique et d’assurer son émergence sur la face claire de la mondialisation.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com

Plus
Bibliographie
. AL-KONI Ibrahim, Les Mages, Paris, 2005 [1e édition, en arabe : 1990], Phébus, 615 p.
. BERNUS Edmond et DUROU Jean-Marc (sous la direction de), Touaregs. Un peuple du désert, Paris, 1996, Laffont, 331 p.
. BISSON Jean, Mythes et réalités d’un désert convoité : le Sahara, Paris, 2003, L’Harmattan, 479 p.
. BOILLEY Pierre, Les Touaregs Kel Adagh, Paris, 2012, Karthala, 644 p.
. BOURGEOT André (sous la direction de), Horizons nomades en Afrique sahélienne. Sociétés, développement et démocratie, Paris, 1999, Karthala, 491 p.
. BOURGEOT André, Les sociétés touarègues. Nomadisme, identité, résistances, Paris, 1995, Karthala, 544 p.
. FINBERT Elian J., La vie du chameau, le vaisseau du désert, Paris, 1947 [1e édition : 1938], Fayard, 254 p.
. FREMEAUX Jacques, Le Sahara et la France, Paris, 2010, SOTECA, 316 p.
. GARDELLE Linda, Pasteurs touaregs dans le Sahara malien. Des sociétés nomades et des États, Paris, 2010, Buchet-Chastel, 214 p.
. « Géopolitique du Sahara », Hérodote, n° 142, 2011
. MINASSIAN Gaïdz, Zones grises. Quand les États perdent le contrôle, Paris, 2011, Autrement, 202 p.
. MOREL Alain, Milieux et paysages du Sahara, Paris, 2008, Ibis Press, 255 p.
. NANTET Bernard, Histoire du Sahara et des Sahariens. Des origines à la fin des grands empires africains, Paris, 2008, Ibis Press, 249 p.
. ROGNON Pierre, Biographie d’un désert, Paris, 1989, Plon, 347 p.
. SAINT GIRONS Anne, Les rébellions touarègues, Paris, 2008, Ibis Press, 186 p.
Copyright Mai 2013-Gourdin/Diploweb.com


* Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Auteur de Géopolitiques, manuel pratique, Paris, 2010, Choiseul, 736 pages. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.

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Libye : la loi excluant de la politique les ex-proches de Kaddafi adoptée sous la pression des milices



gouvernement libyen(26) - Ali Zeidan(15) - Mohamed al Megaryef(12) - milices libyennes(3)


06/05/2013 à 09h:12 Par Jeune Afrique


Des manifestants en faveur du projet de loi, le 5 mai, à Tripoli. © Mahmud Turkia/AFP

Des groupes de miliciens réclamaient, armes à la main, l'adoption d'une loi excluant de la politique les anciens cadres du régime de Kaddafi. Ils ont obtenu gain de cause, dimanche 5 mai, mais continuent de cerner deux ministères, réclamant désormais la démission du Premier ministre.

Mis à jour à 13h05.

La pression de la rue a été la plus forte. Alors que des miliciens cernaient depuis près d’une semaine les ministères de la Justice et des Affaires étrangères, le Congrès général national libyen (CGN, Parlement), a adopté dimanche un projet de loi sur l'exclusion politique des anciens collaborateurs de l’ancien régime de Mouammar Kaddafi.

Juste après le vote, les miliciens ont annoncé qu’ils suspendaient leur mouvement. Mais ils l'ont repris aussitôt, leurs hommes armés cernant toujours les ministères de la Justice et des Affaires étrangères, lundi, à Tripoli. « Nous sommes déterminés à poursuivre notre mouvement jusqu'au départ d'Ali Zeidan », a indiqué à l'AFP Oussama Kaabar, membre de la Coordination pour l'exclusion politique et vice-président du Conseil supérieur des Thowars (révolutionnaires) libyens. Le gouvernement d'Ali Zeidan, qui avait lancé il y a quelques semaines une campagne pour évacuer de la capitale les milices hors-la-loi, est accusé par ces dernières de former une force pour les évacuer de la capitale…

Ratification

« Le vote de la loi sur l'exclusion politique constitue un grand pas sur la bonne voie. Mais nous allons prendre notre temps pour examiner certains points de cette loi », a ajouté Kaabar. Adopté par 164 voix contre quatre, le texte exclut d'office le président du CGN Mohamed al-Megaryef, qui avait été ambassadeur en Inde sous le régime de Mouammar Kaddafi durant les années 1980. « Il est un peu tôt pour parler de l'exclusion de M. Megaryef. D'ici une semaine à dix jours, on verra plus clair », a indiqué une source proche du président de l'Assemblée, laissant entendre la possibilité d'« amendements ».


La nouvelle loi risque d'écarter Megaryef, Zeidan, au moins quatre ministres du gouvernement et une quinzaine de députés, dont le vice-président du CGN, Jomaa Atiga.

La loi, qui doit encore être ratifiée par la Commission juridique du CGN, risque d'écarter aussi au moins quatre ministres du gouvernement d'Ali Zeidan et une quinzaine de députés, dont le vice-président du CGN, Jomaa Atiga, selon un responsable libyen. « On ne peut pas se prononcer à présent sur les personnes qui pourraient être concernées par la loi », a déclaré Omar Hmidan, porte-parole du CGN, précisant que la loi doit entrer en vigueur un mois après son adoption.

Frères musulmans

Le texte prévoit la formation d'une commission judiciaire qui se chargera de l'application de la loi qui écartera de la vie politique durant une dizaine d'années les personnalités ayant occupé des postes de responsabilité sous l'ancien régime, depuis le 1er septembre 1969, date d'arrivée au pouvoir de Mouammar Kaddafi, jusqu'à la chute de son régime en octobre 2011, après huit mois de conflit. Sont concernés les anciens ministres, ambassadeurs, directeurs de médias et officiers de la sécurité intérieure, voire les dirigeants de syndicats d'étudiants ou doyens de facultés.

Ce n’est pas la première fois que le CGN est mis sous la pression des partisans de l'exclusion des anciens proches de Kaddafi. Début avril, le CGN avait adopté un amendement sur la Déclaration constitutionnelle provisoire rendant impossible tout recours devant la justice contre cette loi, avant même son vote ! Débattu maintes fois, le projet de loi n'a cependant pas fait l'unanimité, car l'Alliance des forces nationales (AFN, libérale) qui a remporté les législatives de juillet 2012, estimait qu'il a été fait sur mesure pour exclure son chef, Mahmoud Jibril, président du Conseil économique et social du temps de Kaddafi.

Le rival de l'AFN, le Parti pour la justice et la construction (PJC, islamiste, issu des Frères musulmans libyens) s'est quant à lui félicité de l'adoption de la loi. « Le bloc du PJC (au CGN) était le premier à demander son adoption », a déclaré Mohamed Sawan, président du parti. « Le Congrès a pris une bonne décision qui va faire baisser la tension dans la rue », a-t-il ajouté, regrettant toutefois que cette loi porte atteinte à des figures historiques de l'opposition libyenne qui ont travaillé même brièvement dans les années 1970 et 1980, en allusion notamment à M. Megaryef.

"Patience" ou "faiblesse" ?

De son côté, l'organisation de Défense des droits de l'homme, Human Rights Watch, a mis en garde le CGN contre une adoption précipitée de la loi pour satisfaire des milices qui encerclaient des ministères à Tripoli. « Le CGN ne doit pas se laisser bousculer pour adopter de très mauvaises lois, parce que des groupes d'hommes armés l'exigent », a ajouté Sarah Leah Whitson, directrice de Human Rights Watch pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord.

Samedi, M. Zeidan, a répété que, face aux miliciens qui bloquent des institutions de l'État, son gouvernement a privilégié le dialogue et la « patience ». Mais les Libyens accusent de « faiblesse » les autorités qu'ils estiment incapables de former une police et une armée pouvant faire le poids face à des miliciens lourdement armés.

(Avec AFP)

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Mali : à Kidal, les rebelles touaregs rejettent la nomination du nouveau gouverneur



MNLA(327) - gouvernement malien(42) - MIA(13) - Adama Kamissoko(1)


06/05/2013 à 14h:43 Par Baba Ahmed, à Bamako


Le colonel Adama Kamissoko a été nommé gouverneur de Kidal, le 2 mai. © DR

Alors qu’aucun processus de dialogue n’est encore enclenché au nord du Mali, un nouveau gouverneur a été nommé à Kidal. Mais les rebelles touaregs du MNLA et du MIA rejettent cette décision et mettent en garde Bamako contre l'envoi de soldats maliens.

Le 2 mai, le colonel Adama Kamissoko a été nommé gouverneur de la région de Kidal. Ancien préfet de Nioro du Sahel (frontière avec la Mauritanie), et de Menaka (frontière avec le Niger), il avait ensuite été affecté au ministère de l'Action humanitaire en tant que haut fonctionnaire de la Défense.

Pour son nouveau poste, cet officier supérieur de l’armée de l’air, originaire du sud du Mali, la soixantaine passée, veut bénéficier du soutien de tous. « Je dois prendre mes fonctions cette semaine, et proposer un programme. L’objectif c’est d’aboutir au dialogue inclusif avec tous les Maliens afin de ramener la paix », confie-t-il à Jeune Afrique.

Expérience

Pour certains leaders touaregs à Bamako, cette nouvelle est salutaire. « Je ne peux que saluer la nomination d’un homme qui connaît le terrain. La tâche qui l’attend est immense, Kidal est une région compliquée, mais Kamissoko est un homme d’expérience », dit Zeidane Ag Sidalamine, ancien de la rébellion de 1991 et conseiller spécial à la présidence. Un avis que de nombreux Touaregs non rebelles partagent.

La nomination du gouverneur de Kidal n’est cependant que la partie visible de l’architecture administrative que construit actuellement Bamako à Kidal. Depuis plusieurs semaines, le bataillon de l’armée malienne qui doit occuper la ville est stationné à Gao, à quelque 300 km plus au sud, prêt à mettre le cap sur l’Adrar des Ifoghas. Mais pour les rebelles touaregs, l’heure de nommer un gouverneur n’a pas sonné, encore moins celle de ramener l’armée.

« Kidal n’a pas besoin d’un gouverneur pour le moment, la région à mille autres problèmes à régler d’abord. Il faut une grande réforme administrative pour cette zone. Les choses ne peuvent plus être les mêmes qu’avant », assure à Kidal Alghabass Ag Intalla, chef du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), une dissidence du groupe Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghali.

Menace

Même son de cloche chez le Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA), l’autre mouvement séparatiste. « Nous n’accepterons pas de gouverneur qui n’est pas choisi par les Azawadis eux même. Il faut déclencher le processus de négociation pour savoir quel statut juridique donner à l’Azawad et c’est après qu’il faudra faire des nominations en tenant en compte de la nouvelle donne », explique un membre du MNLA à Ouagadougou, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh.

Une chose est sûre, les rebelles touaregs sont plus que jamais déterminés à s’opposer au retour de l’armée malienne à Kidal avant l’ouverture du dialogue. « S’ils [les responsables de Bamako, NDLR] pensent que c’est Al-Qaïda qui a chassé l’armée de Kidal, ils peuvent tenter de revenir, ils nous trouverons devant eux », menace Ag Intalla.

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Par Baba Ahmed, à Bamako

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La France et le Niger décident d'engager une réflexion sur la coopération, à long terme, qui pourrait concerner les secteurs énergétiques .


Amilal Mtal a partagé une photo de Mohamed Bazoum.
Communiqué conjoint 


Suite à la tenue du dialogue stratégique intergouvernemental franco-nigérien, à Paris : La France et le Niger décident d'engager une réflexion sur la coopération, à long terme, qui pourrait concerner les secteurs énergétiques .
M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Etrangères de la République Française, et M. Mohamed Bazoum, ministre d'Etat, ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l'Intégration africaine et des Nigériens à l'Extérieur de la République du Niger, ont tenu le 3 mai 2013 à Paris la première session du dialogue stratégique intergouvememental franco-nigérien.
Ce dialogue découle de la volonté conjointe de la France et du Niger de renforcer le partenariat stratégique franco-nigérien et d'approfondir les discussions bilatérales sur les sujets stratégiques d'intérêts communs. Ce partenariat est fondé sur l'engagement mutuel des deux pays en faveur de la démocratie, du développement et de la sécurité au Sahel et au Niger.
Les ministres des Affaires Etrangères ont eu à cette occasion des échanges approfondis sur la situation au Mali. Ils ont réitéré la volonté de renforcer leur concertation sur la crise sahélienne et malienne, à la résolution de laquelle les deux pays contribuent, tant sur un plan politique que militaire.
Cette première session du dialogue stratégique a permis une discussion approfondie sur les différents sujets structurants des relations bilatérales, dans une perspective de long terme :
- La France et le Niger se sont félicités de la qualité du partenariat stratégique de sécurité et de défense, renforcé dernièrement par la convergence de vue et l'engagement réciproque des deux pays pour la résolution de la crise malienne.
- Les ministres des Affaires Etrangères ont réitéré leur engagement en faveur du développement du Niger. La France a confirmé sa mobilisation - de l'ordre de 200M€ - pour soutenir le Plan de développement économique et social mis en œuvre par le gouvernement du Niger, sur la période 2012-2015. La France et le Niger agissent de concert en vue d'accélérer la diversification de l'économie nigérienne, en confortant le secteur privé et en assurant un climat des affaires attractif. A ce titre, la France et le Niger ont décidé d'avancer dans l'élaboration du document cadre de partenariat, qui devrait être signé courant 2013.
- La France et le Niger ont décidé d'engager une réflexion sur la coopération, à long terme, qui pourrait être engagée dans les secteurs énergétiques et miniers, afin de renforcer la contribution de ces secteurs à la création d'emploi et au développement durable ainsi qu'aux capacités financières du Niger.
La prochaine session du dialogue stratégique se tiendra au cours du premier semestre 2014, à Niamey ».
Communiqué conjoint


Suite à la tenue du dialogue stratégique intergouvernemental franco-nigérien, à Paris : La France et le Niger décident d'engager une réflexion sur la coopération, à long terme, qui pourrait concerner les secteurs énergétiques .
M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Etrangères de la République Française, et M. Mohamed Bazoum, ministre d'Etat, ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l'Intégration africaine et des Nigériens à l'Extérieur de la République du Niger, ont tenu le 3 mai 2013 à Paris la première session du dialogue stratégique intergouvememental franco-nigérien.
Ce dialogue découle de la volonté conjointe de la France et du Niger de renforcer le partenariat stratégique franco-nigérien et d'approfondir les discussions bilatérales sur les sujets stratégiques d'intérêts communs. Ce partenariat est fondé sur l'engagement mutuel des deux pays en faveur de la démocratie, du développement et de la sécurité au Sahel et au Niger.
Les ministres des Affaires Etrangères ont eu à cette occasion des échanges approfondis sur la situation au Mali. Ils ont réitéré la volonté de renforcer leur concertation sur la crise sahélienne et malienne, à la résolution de laquelle les deux pays contribuent, tant sur un plan politique que militaire.
Cette première session du dialogue stratégique a permis une discussion approfondie sur les différents sujets structurants des relations bilatérales, dans une perspective de long terme :
- La France et le Niger se sont félicités de la qualité du partenariat stratégique de sécurité et de défense, renforcé dernièrement par la convergence de vue et l'engagement réciproque des deux pays pour la résolution de la crise malienne.
- Les ministres des Affaires Etrangères ont réitéré leur engagement en faveur du développement du Niger. La France a confirmé sa mobilisation - de l'ordre de 200M€ - pour soutenir le Plan de développement économique et social mis en œuvre par le gouvernement du Niger, sur la période 2012-2015. La France et le Niger agissent de concert en vue d'accélérer la diversification de l'économie nigérienne, en confortant le secteur privé et en assurant un climat des affaires attractif. A ce titre, la France et le Niger ont décidé d'avancer dans l'élaboration du document cadre de partenariat, qui devrait être signé courant 2013.
- La France et le Niger ont décidé d'engager une réflexion sur la coopération, à long terme, qui pourrait être engagée dans les secteurs énergétiques et miniers, afin de renforcer la contribution de ces secteurs à la création d'emploi et au développement durable ainsi qu'aux capacités financières du Niger.
La prochaine session du dialogue stratégique se tiendra au cours du premier semestre 2014, à Niamey »

dimanche 5 mai 2013

Une réunion secrète se tenu hier dans une localité de #Gourma #Rharous entre des membres du MAA et les bandits armées de Ganda Koy.....


  • Une réunion secrète se tenu hier dans une localité de #Gourma #Rharous entre des membres du MAA et les bandits armées de Ganda Koy.....

Mali: à Kidal, le nouveau Haut conseil de l’Azawad veut «faire la paix avec le sud»


MALI - 
Article publié le : lundi 06 mai 2013 à 00:00 - Dernière modification le : lundi 06 mai 2013 à 00:00


Groupe de soldats touaregs du MNLA dans la région de Kidal, le 4 février 2013.
Groupe de soldats touaregs du MNLA dans la région de Kidal, le 4 février 2013.
REUTERS/Cheick Diouara

Par RFI
Une nouvelle initiative pour la paix est née dans le nord du Mali. Le Haut conseil de l'Azawad vient de voir le jour à Kidal, localité où l'armée malienne n'est toujours pas présente. L'initiateur de ce HCA, Mohamed Ag Intalla, un élu de Kidal, affirme vouloir fédérer tous les groupes armés ou non qui veulent faire la paix avec Bamako.

Le Haut conseil de l’Azawad (HCA) qui vient de voir le jour à Kidal dans le nord-est du Mali, se veut catégorique sur trois points : pas question de revendiquer l’indépendance d’une partie du Mali, pas question de prendre ou de reprendre les armes, et enfin pas question de faire une alliance avec les islamistes.
Fédérer les mouvements touaregs
L’ambition du HCA ? Fédérer tous les mouvements, armés ou non. Tous les groupes touaregs qui acceptent ces principes. Son objectif ? « Faire la paix avec le sud » du Mali.
Le président du Haut conseil de l’Azawad s’appelle Mohamed Ag Intalla. C’est un élu de la région. C’est également l’un des fils de Intalla Ag Attaher, patriarche, et chef traditionnel respecté de la région de Kidal, le cœur de l’Adrar des Ifoghas.
Dans un entretien accordé à RFI, le président du HCA affirme avoir déjà pris contact avec la Commission dialogue et réconciliation, récemment installée à Bamako, pour amorcer les premières démarches. Il invite également les institutions internationales, notamment l’ONU, à prendre contact avec son organisation pour « parler de paix ».
Intégrer le MNLA et le MIA
Le président du HCA, Mohamed Ag Intalla, espère vivement voir bientôt les deux principaux mouvements armés touaregs intégrer son organisation : le Mouvement islamique de l’Azawad(MIA, une dissidence du groupe islamiste Ansar Dine), et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ou du moins ce qu’il en reste dans la région de Kidal.
Interrogés à Bamako, plusieurs officiels apprécient plutôt les objectifs du HCA, un peu comme si, enfin, le dialogue pouvait commencer.
TAGS: ANSAR DINE - MALI - MNLA - TOUAREG

Mali: à Kidal, le nouveau Haut conseil de l’Azawad veut «faire la paix avec le sud»


  • Mali: à Kidal, le nouveau Haut conseil de l’Azawad veut «faire la paix avec le sud»
    Une nouvelle initiative pour la paix est née dans le nord du Mali. Le Haut conseil de l'Azawad vient de voir le jour à Kidal, localité où l'armée malienne n'est toujours pas présente. L'initiateur de ce HCA, Mohamed Ag Intalla, un élu de Kidal, affirme vouloir fédérer tous les groupes armés ou non qui veulent faire la paix avec Bamako.

NOUS, TOUAREGS........ Ce texte a été publié en été 1990 par un groupe d'intellectuels Touaregs. Il avait pour objectif de donner un aperçu de la situation du peuple Touareg.


NOUS, TOUAREGS........
Ce texte a été publié en été 1990 par un groupe d'intellectuels Touaregs. Il avait pour objectif de donner un aperçu de la situation du peuple Touareg.

- Ses problèmes.
- Ses aspirations.
Nous, Touaregs, prenons la liberté d'en appeler à la France et à la communauté internationale afin d'attirer leur attention sur la situation dans laquelle se trouve notre peuple aujourd'hui.
Nous tenons à souligner que notre démarche s'adresse ici en France à la personne de Monsieur le Président de la République, mais qu'elle nous parait devoir concerner également tous les hommes politiques ainsi que chaque citoyen français, qu'elles que soient leurs sensibilités ou leurs appartenances, tant il est vrai que notre histoire et nos drames sont étroitement liés au passé récent de la France.
Nos traditions ne nous prédisposent pas particulièrement à lancer des appels au secours mais la nécessité nous impose de le faire au moment où notre peuple est à l'agonie.
I. REPÈRES HISTORIQUES
On nous permettra de rappeler d'abord que lors du partage de l'Afrique au début de ce siècle, le Sahara fut la dernière région à tomber aux mains de la colonisation.
Pendant plus d'un quart de siècle en effet, les troupes françaises restèrent aux portes de cet immense territoire avec l'espoir permanent d'opérer une jonction entre ses deux rives. La méconnaissance de la région, sa nature hostile, la carence des moyens de transport, avaient, pour une grande part, retardé l'accomplissement de cette entreprise.
Cependant, même quand ces difficultés furent aplanies, les premières tentatives de pénétration du Sahara furent de cinglants échecs comme l'illustre en particulier, le sort tragique de la mission Flatters.
L'armée coloniale devait progressivement reconnaître qu'un obstacle majeur, le facteur humain, n'avait pas été envisagé.
Ce désert, d'apparence vide, abritait des hommes qui, au fil du temps, s'y étaient adaptés, en avaient fait leur pays, et entendaient bien le défendre.
Depuis la nuit des temps, nous avions couvert de notre écriture, les Tifinagh, ses grottes, ses rochers et ses puits.
Les militaires français durent convenir qu'ils se heurtaient à une armée de guerriers courageux et bien organisés.
Cependant, la supériorité des armes à feu sur nos lances et nos sabres, la loi du nombre, la coalition des troupes coloniales avec nos voisins et bien d'autres raisons encore se conjuguèrent pour entraîner notre défaite après de sanglants combats, Tit dans le Hoggar, Tombouctou, Anderamboukane dans l'Azawagh, Tadjmout dans l'Aïr.
Même la paix établie, certains d'entre nous continuèrent la lutte, préférant la mort à la soumission : comme Fihroun ag Alinsar dans l'Azawagh, Allah ag Albacher dans l'Adrar des Ifoghas, Attisi dans le Hoggar, Kawsen dans l'Aïr et d'autres encore dont l'Histoire a oublié les noms.
Ainsi fut conquise notre patrie, le Sahara central.
Pour s'assurer du caractère définitif de notre défaite, on prit soin de nous désarmer et de diviser notre terre.
Comme vous le savez, le point de rencontre des troupes descendant de l'Afrique du Nord et de celles montant de l'A.O.F. devait devenir une frontière partageant notre territoire. Le contact entre les deux armées s'opérant dans une tension très vive opposant les troupes d'Afrique Française à celles qui, parties du Nord, comptaient bien étendre la surface de l'Algérie.
Cette ligne, fruit du hasard, matérialisa pour nous l'ordre colonial, même si, ne faisant que séparer trois administrations différentes de la même République Française, elle permettait encore notre nomadisation.
A partir des années 1920, la paix coloniale nous donna une ère de relative prospérité. Notre peuple fut bien traité et respecté par les autorités militaires françaises. Le mythe des "hommes bleus", né de l'immensité même du désert, de la méfiance mêlée à une certaine admiration de ses habitants, avait été très largement entretenu et développé par les anthropologues et les écrivains.
Peut-être commençait-on à comprendre que nous étions dépositaires d'un mode de vie, d'une culture et de valeurs dont la disparition aurait amputé l'humanité d'une partie de son patrimoine
Ainsi, notre société fut étudiée attentivement sans devoir souffrir une altération, du fait de la faible densité de la colonisation.
Ceci explique également que la scolarisation de nos enfants, envisagée dès le début de la conquête, n'ait commencé qu'en 1947.
Mais cette situation, si elle nous avait permis de garder intact notre système traditionnel, empêcha l'adaptation de notre mentalité aux nouvelles données du monde moderne.
Nous ne fûmes pas non plus concernés par la seconde guerre mondiale ni par les mouvements d'indépendance qui, immédiatement après, agitèrent l'Afrique.
A partir de 1958, nous avons constaté le départ progressif des troupes sans comprendre sa signification ; il nous a été nécessaire d'attendre leur retrait total de notre territoire et leur remplacement par d'autres, dont nous ignorions l'existence, pour entendre prononcer le mot d'indépendance.
Nous sûmes, hélas, rapidement, que cette indépendance n'était pas pour nous, et nous nous demandons encore aujourd'hui, avec amertume, pourquoi la France, rendant sa liberté aux
peuples de l'Afrique de l'Ouest, avait omis la notre, choisissant de la confisquer et de nous livrer ainsi à une nouvelle colonisation.
Sur quelles raisons historiques, politiques ou humaines pouvait s'appuyer une semblable décision? Pourquoi disposait-on ainsi de notre destin ? Avec les conséquences tragiques que nous subissons encore aujourd'hui.
Le Mali et le Niger accédaient ainsi à l'indépendance Leurs frontières tracées par l'administration coloniale de la façon que l'on sait, englobaient notre territoire par la simple logique du système colonial.
Dès leur arrivée, dans nos régions, les soldats maliens et nigériens se distinguent de leurs homologues français par une attitude hostile, comparable à celle d'une armée en pays ennemi. Actes odieux sur la population, viols, réquisition des chameaux, interdiction des échanges caravaniers, lourdes taxes sur le bétail, humiliations publiques des chefs coutumiers...
Ces mauvais traitements répétés ne pouvaient qu'engendrer un mécontentement dont l'aboutissement fut le soulèvement qui éclata en 1962 dans l'Adrar des Ifoghas.
Équipée de blindés, encadrée par les officiers qui avaient participé aux campagnes de France, d'Indochine et d'Algérie, l'armée malienne entra en action contre nous.
Dans le même temps, le président du Mali, Modibo Keita, fort de son succès diplomatique dans la réconciliation de l'Algérie et du Maroc après les incidents frontaliers qui les avaient opposés, obtint de ces deux pays leur appui dans la constitution d'un front commun anti- touareg, nous décrivant auprès d'eux comme des nostalgiques de la colonisation.
Cet accord nous coupait toute retraite vers le nord et laissait les mains libres à l'armée malienne pour nous écraser par une impitoyable répression.
Exécutions sommaires et publiques quotidiennes, campements brûlés à l'essence, minage et empoisonnement des puits, extermination du bétail à la mitrailleuse lourde furent notre seul horizon.
Personne ne tenta d'arrêter ce massacre ni de dénoncer le génocide d'un peuple qui luttait pour sa survie.
La France resta silencieuse.
Cette guerre chassa beaucoup d'entre nous vers les localités des frontières algériennes où ils
durent se sédentariser.
De même, depuis l'indépendance, en 1960, les différents régimes civils ou militaires qui se sont succédés au Niger ont tenu les Touaregs à l'écart de la vie politique et socio-économique du pays.
L'arrivée des militaires au pouvoir en avril 1974 n'a rien changé, elle a au contraire aggravé une situation déjà dramatique.
C'est ainsi qu'a été organisée une répression féroce dans les milieux touaregs, principalement parmi les intellectuels (assassinats, disparitions, tortures, arrestations arbitraires, etc.). A la suite de cette répression, plusieurs centaines de Touaregs ont fui le pays. Parmi eux, Hamed Moussa Amadou, ancien député, condamné à mort par contumace par les autorités nigériennes, Mohamed Ahmadou, conseiller spécial du président de la République, Abdoulaye Mohamed, haut fonctionnaire au ministère du commerce, des professeurs et des officiers.
La plupart de ces gens ont trouvé refuge en Algérie ou en Libye.
Les grandes sécheresses des années 1970 et 1980, en décimant notre cheptel, accentuèrent ce processus. Ces calamités naturelles furent d'ailleurs sournoisement utilisées comme arme politique par les gouvernements pour essayer d'en finir avec nous. C'est ainsi que la grande sécheresse de 1973-74 a été utilisée comme arme pour en finir avec les Touaregs de façon définitive : puits et vivres empoisonnés, aides internationales détournées, population déplacée et abandonnée, etc.
La sécheresse de 1984 a donné une fois de plus aux autorités nigériennes l'occasion de continuer l'extermination des Touaregs comme en 1973-74. Cette répression a été menée par Tanja Mamadou, à l'époque préfet de Tahoua.
Plusieurs milliers de personnes ont fui vers l'Algérie et celle-ci a accepté de les accueillir et de les installer à In Guezzam, poste frontalier nigéro-algérien. Quelques dix-huit mille Touaregs, doublement victimes de la répression politique et de la grande sécheresse y furent dénombrés.
Notre migration en effet bénéficia d'un accueil favorable dans ce pays après le changement de régime intervenu en 1964. L'Algérie répondait ainsi par une fin de non-recevoir aux demandes pressantes du gouvernement malien de nous rapatrier afin d'obtenir une aide internationale en exploitant notre drame.
Cette attitude fut aussi celle de la Libye après les sécheresses des années 1980. Nombre d'entre nous, y travaillant, purent, grâce à des emplois salariés, gagner assez d'argent pour reconstituer partiellement leur cheptel et reprendre une vie décente.
Cette période de répit fut, malheureusement, de courte durée.
Le Mali et le Niger avaient toujours vu d'un mauvais oeil notre expatriation vers le nord et surtout en Libye. Nous étions désignés comme étant les agents manipulés par le colonel Khaddafi en vue de déstabiliser le Sahel, La guerre frontalière du Tchad était un argument précieux pour duper de manière habile l'opinion occidentale en se faisant passer pour menacés.
Ceci permettait d'une part de recevoir une aide économique pour équiper leurs armées, d'autre part de justifier toutes les exactions dont nous étions l'objet dans ces deux pays.
Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone, bons uniquement à payer de lourds impôts et à se débrouiller seuls pour vivre exclus autour des villes et de villages. Notre fonction devient d'attirer des touristes et l'aide internationale.
Le temps a prouvé maintenant que ces pays n'ont aucun désir de nous intégrer. Depuis l'indépendance, aucune réalisation n'a intéressé nos régions et certaines postes à responsabilités nous sont toujours fermés (peu de hauts cadres touaregs dans l'armée et la fonction publique).
Le Mali et le Niger ont choisi de nous combattre à cause de notre différence culturelle. Nous devenons, chaque jour un peu plus, étrangers sur notre propre terre à la merci des abus de toutes sortes : un peuple qui meurt.
Nous n'avons plus le droit de parler notre langue et nos enfants sont contraints d'apprendre celle des autres, nos traditions sont bafouées et notre jeunesse incitée à les mépriser ? Nos filles sont à la merci de la soldatesque malienne et nigérienne.
Nos biens et nos animaux sont saisis et leurs propriétaires emprisonnés pour le franchissement de frontières imprécises.
Nos aires de pâturage sont piétinées et détruites pour nous réduire à la misère.
Est-il nécessaire de rappeler à la France que nous avons une culture, une Histoire une langue, une écriture et que nous avions jadis un pays?
Devons nous disparaître pour qu'éclate enfin dans le monde le scandale de l'injustice qui nous est faite?
Avons-nous tort de vouloir vivre libres selon nos coutumes et notre culture, qui ne sont pas plus que les autres fermées aux échanges et à la modernité?
Depuis les indépendances nous n’avons connu que l'administration militaire, la loi du fusil, le mépris l'injustice et la haine.
II. LES ÉVÉNEMENTS ACTUELS AU NIGER ET AU MALI
C'est dans ce contexte que surviennent les événements actuels du Niger et du Mali.
Après la mort du général Kountché à la fin de 1987, le nouveau président, Le général Ali Saïbou, a montré une volonté d'ouverture envers les touaregs nigériens, notamment par une amnistie générale à tous les exilés. Les Touaregs et leurs responsables désireux de rentrer dans "leur pays" ont accepté d'y revenir, étant assurés d'y pouvoir vivre comme tous les Nigériens.
Ainsi, à la fin du mois d'août 1989, huit cents personnes sont arrivées à Niamey par trois vols spéciaux venant directement de Tripoli. De la fin de décembre 1989 au début de janvier 1990, ce sont quelques dix-huit mille personnes réfugiées à In Guezzam depuis 1984-1985 qui arrivent à Tchin Tabaraden selon les accords signés à Tamanrasset entre le Niger, l’Algérie et le F.I.D.A.( Fonds international pour le développement agricole ).
Après le retour de ces réfugiés, on a constaté un changement d'attitude des autorités nigériennes. La plupart de ces réfugiés ont été cantonnés dans des camps autour de Tchin Tabaraden.
Les 4 et 5 mai, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées à Tchin Tabaraden pour avoir osé demander des explications aux autorités locales au sujet de l'interruption de l'aide internationale et à propos de la surveillance dans les camps de regroupement dont les nouveaux arrivant faisaient l'objet (interdiction de voyager, d'envoyer les enfants à l'école, d'avoir des activités commerciales, manque de soins élémentaires, etc.).
Le 7 mai 1990, quelques jeunes Touaregs, excédés par cette situation, décidèrent d'aller à la prison de Tchin-Tabaraden libérer leurs camarades arrêtés quelques jours auparavant. Dans l'altercation avec les gardiens de la prison, un de ces derniers trouva la mort. Après cet incident, le groupe de jeunes, redoutant la réaction des autorités, disparaîtra dans la nature. La nouvelle parvient quelques heures plus tard à Tahoua et Niamey qui dépêcheront immédiatement des centaines de militaires avec l'ordre de quadriller toute la région. Dès leur arrivée à Tchin-Tabaraden, ceux-ci se mirent à bombarder la ville sans même y entrer pour savoir ce qui se passait. Des dizaines de personnes furent ainsi tuées par l'armée qui procéda ensuite à des arrestations massives de Touaregs dans toute la région. Plusieurs exécutions publiques ont été opérées par l'armée à TILLIA, TCHIN-TABARADEN et TAHOUA . Pendant deux mois l'armée s'était livré à un véritable " nettoyage ethnique " , et ceci dans l'indifférence générale de la communauté internationale. Différentes sources estiment à plus de 1500 morts, le bilan de ces massacres. Pendant plusieurs semaines, le gouvernement essaya par une multitude de communiqués contradictoires , de nier la nature et l'ampleur de ces événements. Le ministre de l'intérieur de l'époque, TANJA MAMADOU est considéré par les Touaregs comme étant le véritable instigateur de ces massacres. Celui-ci n'a d'ailleurs jamais caché sa volonté " d'en finir " avec les Touaregs en menaçant de raser des villages entiers. Quelques mois après ces événements, alors que des centaines de Touaregs croupissent encore en prison, ALI SAIBOU annonça La tenue d'une " Conférence Nationale".
Dans la même semaine, Ibra Galadima, membre du Conseil supérieur d’orientation national, instance suprême du régime, fut applaudi par le président de la République, Ali Saïbou, et par les membres du gouvernement pour avoir déclaré en Conseil des ministres : “Il faut dénombrer tous les Touaregs et les exterminer.”
Une chasse aveugle aux Touaregs a ainsi été déclenchée dans tout le pays par le gouvernement nigérien, ce même gouvernement qui a confié la tâche au tristement célèbre ministre de l’Intérieur Tanja Mamadou qui fut, rappelons-le, préfet de Tahoua de 1984 à 1988 et, à ce titre, premier responsable de la répression dont furent victimes les Touaregs en 1985.
Les militaires ont occupé pendant des mois les puits d'eau, en saison sèche, les Touaregs doivent presque chaque jour aller au puits pour chercher de l’eau et abreuver les troupeaux. Les soldats les y attendaient et en profitaient pour tirer sans raison aucune sur tous ceux qui s’approchaient des puits. Certains campements ont été totalement anéantis. D’autres ont perdu tous leurs éléments mâles. Des gens ont été tués à la cravache, coupés en morceaux, pendus, brûlés vifs, enterrés vivants. Il y eut des exécutions publiques, des femmes furent violées. Plus d’un millier de Touaregs fut tué à travers tout le pays et d’autres furent envoyés dans les bagnes de Tillabery, de Dirkou et de Bilma, où ils sont restés des mois.
- A Tahoua, plus de trois cents Touaregs ont été arrêtés, torturés en raison de la couleur de leur peau. Certains ont été sommairement exécutés. Dans cette même ville, des blessés ont été achevés sur ordre des médecins qui estimaient que leurs soins coûteraient trop cher.
- A Dosso, un député touareg, Roni Issoufou, a failli être lynché parce qu’il est touareg.
- A Maradi, une dizaine de Touaregs ont été arrêtés et un a trouvé la mort à la suite de tortures.
- A Abalak, quinze fonctionnaires ont été arrêtés : deux sont morts à la suite de tortures, treize ont été emprisonnés à Tillabery.
- A Tassara, un groupe de vingt-cinq personnes a été arrêté : vingt-quatre d'entre-elles ont été exécutées et une emprisonnée à Tillabery.
- A Dakoro, le sous-préfet, qui est touareg, et ses proches ont été arrêtés ; un de ses neveux est mort.
- A Tillia, des adolescents ont été exécutés publiquement, en présence du chef de poste administratif.
- A l’ouest de Kao, des campements comprenant plusieurs familles ont été anéantis : hommes, femmes, enfants et animaux.
- Dans les vallées de Tchin Zigaren, de Tchin Fessaouaten, au puits d’Amazazedar, au puits de Tchin Talabaouen, plusieurs massacres ont eu lieu.
Au Mali, dès le mois d’avril 1990, la tension est brutalement montée d’un cran. C’est en effet à cette époque que 300 familles ont été rapatriées d’Algérie, avec leur consentement, et dans l’espoir nourri par de belles promesses, de retrouver une vie décente. Des maisons, des animaux pour reconstituer le cheptel, des écoles, des antennes sanitaires étaient promis aux Touaregs, par l’intermédiaire du projet F.I.D.A. (Fonds International pour le Développement Agricole). Comme leurs frères nigériens, rassurés par les promesse d’amnistie, les Touaregs maliens sont rentrés confiants.
Malheureusement, ils ont du vite déchanter. Parqués dans les oueds de Tin Zaouaten, Boughessa, Tedjeret et Kidal dans des camps contrôlés et encerclés par l’armée, ils n’avaient plus aucune possibilité de circuler. Le ravitaillement n’étant pas assuré, ils ont subsisté sur les maigres provisions rapportées d’exil, et ont attendu en vain une hypothétique aide internationale. La misère était totale.
De plus, les hommes et les jeunes des camps étaient soumis à de mauvais traitements : arrêtés et, la plupart du temps, torturés pour qu’ils avouent la raison profonde et les circonstances de leur séjour en Algérie ou en Libye.
Certains sont morts sous la torture
Dans cette situation, les exactions commises par l’armée nigérienne dans la région de Tchin Tabaraden, et les massacres qui y furent perpétrés, finirent d’exaspérer la population touarègue malienne.
Aussi, l’internement par la gendarmerie malienne de paisibles caravaniers touaregs ayant fui les massacres au Niger, et la menace d’extradition à leur égard, furent l’étincelle qui déclencha la révolte.
Des représailles, parfois massives, et couvertes par l’état d’urgence et la déclaration du couvre-feu pour toute la région Nord (régions de Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka), sont exercées à l’encontre des populations civiles. Les arrestations se multiplient. Dans la plupart des villes, villages ou campements, les hommes se cachent ou s’enfuient. Certains rejoignent les rangs de la résistance.
Les fonctionnaires maliens d’origine touarègue restés à leur poste sont arrêtés ou vivent dans l’inquiétude. Les arrestations se font sur des motifs divers : héberger d’autres Touaregs, porter le chèche, et même porter un slip, considéré comme l’indice que l’on vient de l’étranger... Les conditions de détention sont elles-mêmes déplorables : les détenus ne sont ni nourris ni abreuvés. Nombre d’entre eux ont succombé pour cette raison.
Une multitude d'exactions a été commise sur les populations civiles.
A la fin du mois d'août 1990, le bilan était déjà de 277 Touaregs tués, dont plus de 80 femmes, une cinquantaine d'enfants et plus de 20 vieillards de plus de soixante ans.
III. CE QUE NOUS VOULONS
Par ce document, nous vous lançons un appel désespéré ; nous savons que vous pouvez user de votre influence auprès des pays qui nous persécutent pour faire que cela cesse et défendre ainsi les principes fondamentaux gravés aux frontons de vos édifices publics.
Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des états trouve ses limites lorsque ces états violent chaque jour les droits élémentaires reconnus à tous les peuples.
Dans les événements actuels, le Mali et le Niger dévoilent la véritable politique dont ils ont toujours usé à notre égard : identification par la couleur de la peau, interdiction collective de circuler, maquillage des actions de nos populations désespérées en opérations de banditisme ou en exactions de mercenaires à la solde d'on ne sait quel complot international, étouffement de la vérité et de l'information pour mieux exterminer des populations innocentes, exacerbation de haines raciales ou tribales...
Nous refusons d'être considérés comme "la minorité" de nos pays. Nous revendiquons pour notre peuple le même droit à l'existence que chacune des multiples minorités qui, à elles toutes, forment le tissu social de ces pays.
Nous refusons l'image de vendeurs d'esclaves et de pillards que l'on continue à donner de nous et dans laquelle on voudrait nous enfermer pour dresser contre nous les autres peuples de la région qui ont pratiqué eux aussi, cet "esclavage".
Nous souhaitons que face aux états qui nous oppriment aujourd'hui et qui ont la mémoire assez courte pour oublier ce qu'ils revendiquaient hier, la France, elle, nation chargée d'histoire, reste fidèle aux principes pour lesquels elle a versé tant de sang.
Mais votre pays doit savoir qu'on ne résoudra pas nos difficultés en nous venant en aide par des actions contre la faim. Nous refusons cette politique de l'assistanat qui masque en réalité
les vraies problèmes. Nous avons des moyens suffisants pour vivre et la connaissance parfaite de notre environnement, et plus que jamais aussi, la volonté, l'énergie et la détermination de nous prendre nous-mêmes en charge.
Nous ne demandons pas autre chose que de bénéficier de garanties reconnues à tous les autres peuples. Ce qui nous manque, et ce que nous revendiquons, est la liberté de pouvoir disposer de nous-mêmes pour assumer notre destin.
Ceci ne peut se concevoir sans un espace qui nous soit internationalement reconnu, par conséquent inaliénable, sur lequel nous pourrons exercer notre mode de vie nomade ou sédentaire, élever nos enfants dans notre propre culture. Sur cet espace, nous désirons pouvoir bâtir, des villes et des villages avec des écoles où notre langue et notre histoire seront enseignées comme celles des autres peuples.
Nous ne souhaitons, en aucune manière, attenter à la souveraineté des états voisins, ni encore moins nuire aux intérêts de la France dans cette région. Nous en appelons à la France, acteur d'abord, témoin ensuite de notre drame et nous aimerions qu'elle sache notre détermination inflexible à recouvrer la liberté et la dignité sans lesquelles nous sommes de ceux qui n'ont plus rien à perdre.
Face à la situation actuelle au Mali et au Niger, nous demandons :
- Harassé de provocations, meurtri d'indignation et d'injustices, notre peuple a choisi de se défendre même au prix d'un suicide collectif.
Nous ne savons pas échanger notre honneur contre la vie dans la dépendance. Entre deux façons de mourir, nous avons toujours choisi la plus digne.
Nous supplions la France, pendant qu'il en est encore temps, d'assumer ses responsabilités historiques et actuelles et de sortir de cette hypocrisie qui ne trompe personne.
Nous savons, en effet la nature des relations que la France entretient avec ces deux pays et à quel point sa position peut être déterminante dans l'issue de ce conflit.
Mesurant les conséquences qu'entraînerait un long conflit dans cette région pour les uns et les autres, nous espérons que la France voudra bien prendre au sérieux notre désespoir afin que la raison et la paix l'emportent sur la haine et la guerre.