lundi 2 avril 2012




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Pourquoi l'armée malienne ne parvient pas à combattre les Touaregs


La partition du Mali est chose faite: la chute de Kidal, Gao et Tombouctou en trois jours sera difficilement réversible, s’il ne faut compter que sur l’armée malienne, partie en débandade.



l'auteur Sabine Cessou


L’armée malienne, forte de 7.350 hommes, 33 blindés et 16 avions de combat, a déserté ses bases et littéralement fui face à l’avancée des rebelles touaregs, qui seraient entre 2.000 et 3.000 hommes selon les sources.

Des déroutes que le régime d’Amadou Toumani Touré a voulu faire passer pour des «replis stratégiques». Bel euphémisme. Plus franche, la nouvelle junte au pouvoir depuis le 22 mars admet avoir donné la consigne de «ne pas prolonger les combats», comme à Gao.

Cette ville importante de 90.000 habitants abritait l’état-major de l’armée malienne pour toute la région nord. Le bilan des morts et des soldats faits prisonniers reste imprécis. Seule certitude: deux bases aériennes sont tombées aux mains du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), à Tessalit et Gao. L’armée, qui draine 13 % du budget de l’Etat, a aussi perdu plusieurs blindés dans la bataille.

«Les Touaregs sont prêts à mourir pour la libération de l’Azawad, mais les soldats maliens ne sont pas prêts au même sacrifice pour défendre le Nord-Mali». C’est ce qu’affirme Moussa Ag Assarid, porte-parole du MNLA à Paris.

Le ralliement au MNLA du chef d’état-major adjoint de l’armée malienne, le colonel-major El Hadj Ag Gamou, un Touareg qui a changé de camp le 31 mars, lui donne raison.

«J’en appelle à l’ensemble des Azawadiens à rejoindre et renforcer le MNLA dans sa lutte pour l’indépendance, car il reste aujourd’hui la seule organisation capable de faire sortir notre peuple du gouffre dans lequel l’a entretenu le Mali depuis plus de 50 ans. Nous dénonçons la mauvaise gestion et la politique de l’autruche de l’Etat malien dans l’Azawad, et nous déclarons à tous notre démission de toutes ses instances.»

A Bamako, cette défection spectaculaire du seul officier de haut rang touareg n’a pas paru très surprenante: «Avant d’être Maliens, les Touaregs sont d’abord des Touaregs, solidaires entre eux et loyaux à leur communauté», affirme un diplomate africain à Bamako.
Entre 1,5 et 3 millions de Touaregs dans tout le Sahel

Difficile de dire combien les Touaregs sont au Nord-Mali, les chiffres émanant de diverses sources ne concordant pas. Ils seraient entre 1,5 et 3 millions dans tout le Sahel… Ils pourraient être beaucoup plus: jusqu’à 3 millions en Algérie, 1,5 million au Nord-Mali, 1 million en Libye et 200.000 au Burkina Faso, assure-t-on dans certaines ambassades.

Quoi qu’il en soit, seules quelques localités du Nord-Mali sont majoritairement peuplées de Touaregs, comme Kidal et Tessalit. A Gao et Tombouctou, ils ne représentent qu’une minorité.

Les ethnies songhaï et peules sont plus nombreuses, et les civils n’ont pas fui ces derniers jours, loin s’en faut. A Gao et Tombouctou, seule l’armée serait partie en débandade, face à l’avancée du MNLA, qui devrait stopper là sa progression. Pris de panique, des jeunes de Mopti auraient même demandé à l’armée de leur passer des armes pour qu’ils puissent défendre la ville, avant que les militaires ne décampent.

La troupe est démotivée depuis longtemps, face à la faiblesse de ses moyens, la corruption des gradés, la désorganisation des services logistiques, sans parler des dangers encourus dans le Nord ou de la politique louvoyante poursuivie ces dernières années face à Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi).

Depuis 2003, ce groupe terroriste panafricain qui recrute des jeunes en Mauritanie, en Algérie, mais aussi au Mali et dans toute la sous-région, a fait du Nord-Mali un territoire où il règne en maître. Kidal, avant de tomber aux mains des rebelles et de Ansar Dine, était déjà considéré comme une zone de non droit et une place forte d’Aqmi.

L’armée malienne a vécu de nombreuses humiliations face à Aqmi, qui n’a été véritablement combattu que par l’armée mauritanienne. Cette dernière a pratiqué des incursions en territoire malien, au nom d’un droit de poursuite de convois suspects. Un droit de poursuite qui n’a jamais été réciproque, l’armée malienne n’ayant jamais poursuivi aucun terroriste en territoire mauritanien.

La donne est complexe dans le désert: les rebelles touaregs du MLNA disent ne pas poursuivre les mêmes objectifs qu’Aqmi. Ils ne se battent pas pour une République islamique de l’Azawad, mais pour la création d’un Etat laïc. Ils démentent avoir passé une alliance quelconque avec Aqmi, qui se serait tout de même battu à leurs côtés, de même qu’un autre groupuscule, Ansar Dine («les défenseurs de la religion» en arabe). Ce mouvement armé qui préconise la sharia a été fondé par un ancien chef rebelled, Iyad Ag Ghali. Un homme qu’Amadou Toumani Touré, le président destitué, avait commis l’erreur de nommer consul en Arabie Saoudite...
Le MNLA dispose d’armes lourdes

Pour compliquer le tout, des mercenaires mauritaniens et des membres de Boko Haram, une secte islamiste du Nigeria seraient venus renforcer Aqmi et le MNLA, tandis qu'une dissidence d’Aqmi est apparue ces derniers jours, sous le nom de Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Dirigée par des Maliens et des Mauritaniens, cette mouvance revendique sa participation à l’offensive et contrôle l’un des deux camps militaires de Gao.

Le MNLA dispose d’armes lourdes depuis le retour des ex-rebelles touaregs enrôlés par Kadhafi dans l’armée libyenne. Il pourrait très bien avoir passé une alliance tactique avec Aqmi, qui dispose aussi d’un petit arsenal, mais aussi et surtout de ressources plus durables que celles de la rébellion. Aqmi prélève en effet un droit de passage sur les cargaisons de drogue qui viennent par la route africaine d’Amérique latine, via le Mali, la Libye pour ensuite rejoindre l’Europe.

Le groupe terroriste touche aussi – dans une moindre mesure, «à hauteur de 30 % seulement de ses revenus substantiels, surtout tirés du trafic de drogue » selon une source diplomatique - des rançons payées cash en millions d’euros. Une somme faramineuse de 100 millions d’euros a notamment été demandée pour la libération de quatre otages français employés d’Areva, enlevés en septembre 2010 au Niger.

Des tractations sont toujours en cours. Aujourd’hui, douze otages sont entre les mains d’Aqmi, dont six Français. Ce qui rend une intervention de la France d’autant moins plausible au Mali qu’il n’y a pas d’accord de défense avec ce pays, et que le calendrier électoral français ne s’y prête pas.

Du côté américain, des forces spéciales sont bien présentes, à Tombouctou notamment, mais pour des programmes d’instruction dans la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélienne. Certains se demandent si les Etats-Unis pourraient intervenir, mais pas question pour Washington de le faire hors mandat des Nations unies, et plus du tout en Afrique depuis la cuisante débâcle de Restore Hope, une opération militaire lancée tambour battant en 1993 en Somalie, où elle avait échoué.

Seul geste fait par les Américains pour l’instant: des vivres ont été larguées par un de leurs avions militaires sur la piste d’atterrissage de la base de Tessalit, avant la chute de la ville.

Qu’attendre de l’Ecomog, les Casques blancs de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), jadis intervenus dans les guerres civiles du Libéria et de Sierra Leone?

A priori, pas grand chose. Alassane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien et président en exercice de la Cédéao, a certes demandé à ce que 2.000 hommes soient mis «en alerte» en vue d’une intervention pour restaurer l’ordre constitutionnel – une mission qui s'est beaucoup transformée au cours du week-end, et qui va désormais consister à reprendre le Nord du Mali aux rebelles et aux islamistes. Une autre paire de manches...

L’Ecomog a perdu le 1er avril toute raison d’intervenir ailleurs qu'au Nord-Mali: Amadou Sanogo, le chef de la junte au pouvoir à Bamako, a accepté de rétablir la Constitution et les institutions et promis d’organiser des élections – sans donner de date et sans dire s'il allait participer ou pas. L’essentiel, à court terme, était d’éviter l’étranglement économique du pays, dont menaçait la Cédéao. Au Mali, où la réforme de l’armée est devenue une priorité nationale en pleine guerre civile, c’est une très longue crise qui s’installe.

Sabine Cessou

Lu sur Slate Afrique

02 AVRIL 2012 - 19H41  

Mali: un leader islamiste touareg prend le contrôle de Tombouctou
Le leader du groupe islamiste armé touareg Ansar Dine (défenseur de l'Islam), Iyad Ag Ghaly, a pris lundi le contrôle de la ville de Tombouctou (nord-ouest de Mali) et en a chassé les rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), a affirmé un témoin à l'AFP
Le leader du groupe islamiste armé touareg Ansar Dine (défenseur de l'Islam), Iyad Ag Ghaly, a pris lundi le contrôle de la ville de Tombouctou (nord-ouest de Mali) et en a chassé les rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), a affirmé un témoin à l'AFP
AFP - Le leader du groupe islamiste armé touareg Ansar Dine (défenseur de l'Islam), Iyad Ag Ghaly, a pris lundi le contrôle de la ville de Tombouctou (nord-ouest de Mali) et en a chassé les rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), a affirmé un témoin à l'AFP.
"Iyad est venu ce matin avec cinquante véhicules. Ils ont pris la ville, chassé les gens du MNLA qui étaient là, ont brûlé le drapeau du MNLA et ils ont mis leur drapeau au camp militaire de la ville", a affirmé Moussa Haïdara, caméraman qui a filmé l'entrée dans la ville de Iyad Ag Ghaly.

02/04/2012 à 12h:11 Par Jeune Afrique


De nombreux Maliens pensent que la France soutient les rebelles du MNLA. © AFP

Alors que la rébellion touarègue progresse vers le sud du Mali après s'être emparée du Nord, la France conseille à ses ressortisants de quitter le pays. Sans le dire, Paris redoute qu'un fort sentiment anti-Français ne conduise à des violences envers ses quelque 5 000 ressortissants, voire que des enlèvements soient commis par Aqmi à Bamako.

La prise par les rebelles touaregs des villes du nord du Mali fait monter la tension à Bamako, où l’on redoute des émeutes anti-Touaregs, voire anti « peaux-rouges » - c'est-à-dire dirigées contre toutes les personnes de teint clair. Et les Européens risquent de ne pas être épargnés si des violences éclataient, notamment les Français, Paris étant suspecté par nombre de Maliens de soutenir en catimini les combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion).

Pour parer à tout risque lié à un éventuel « syndrome ivoirien », le ministère français des Affaires étrangères a indiqué lundi sur son site internet qu'il conseillait à ses quelque 5 000 ressortissants « dont la présence n'est pas indispensable de quitter provisoirement » le Mali, « compte tenu de l'instabilité de la situation sécuritaire qui prévaut actuellement dans le pays et notamment à Bamako ».

Pas d'intervention militaire française


« Il est recommandé d'éviter tout déplacement au Mali jusqu'à nouvel ordre », ajoute le Quai d'Orsay, alors que les rebelles touaregs et des groupes armés islamistes progressent vers le Sud.

« La situation est dangereuse, c'est la raison pour laquelle j'ai demandé à nos ressortissants dont la présence n'est pas indispensable de quitter le pays », a déclaré Alain Juppé à des journalistes à Dakar, où est prévu ce lundi sommet de la Cedeao associant des représentants de la communauté internationale, en marge de l'investiture du nouveau président Macky Sall. Et le ministre français des Affaires étrangères d’ajouter : « Nous pouvons aider sur le plan logistique ou la formation, mais il n'est pas question de mettre des soldats français sur le sol du Mali. »

(Avec AFP)



Mali : les rebelles touaregs contrôlent le Nord, la junte rétablit la Constitution2012-04-02 08:55:20
Rébellion du MNLA au Mali : Ag Najem, ou la soif de vengeance2012-01-27 11:46:21
France : la présidentielle vue depuis le Mali (#6)2012-04-02 14:49:46

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محمود أغ غالي يوجه نداء لأبناء أزواد للعودة إلى وطنهم


Mali : Bamako entre stupeur et tremblements
junte(160) - rébellion touarègue(82) - MNLA(81) - armée malienne(58)


02/04/2012 à 16h:56 Par Malika Groga-Bada, à Bamako


L'armée malienne est-elle de taille à freiner l'avancée des rebelles touaregs au Sud ? © AFP

La junte au pouvoir à Bamako est totalement désemparée face à l'avancée de la rébellion touarègue dans le Nord-Mali. Littéralement assommée, la population semble quant à elle ne pas comprendre ce qui arrive au pays, considéré il y a peu comme un exemple de stabilité en Afrique de l'Ouest.

Incrédulité, stupeur, consternation. À Bamako, la capitale malienne, le moral est en berne. « Je ne dors plus, je ne mange plus, se lamente Hawa, assistante de direction. Ma famille vit à Gao et j’ai très peur ».

Comme la majorité des Bamakois, Hawa vit désormais le téléphone vissé à l’oreille, à l’affût de la moindre information sur l’avancée des combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, la rébellion touarègue) et de leurs alliés du groupe islamiste Ansar dine, mené par Iyad Ag Ghali, ancien de la rébellion des années 1990.

Le 30 mars, c’est la ville de Kidal qui est tombée. Le lendemain, Gao et ses deux garnisons, dont le camp Firhoun Ag Alinsar, le plus important de la région et base arrière des soldats. Puis le 1er avril, la rébellion est entrée dans Tombouctou, ville historique, sans rencontrer de résistance. Dans ces deux dernières villes, nombre de militaires ont abandonné armes et treillis avant de quitter leur base.

Ralliement d'Elhadj Gamou au MNLA

Enfin, sans doute la nouvelle la plus démoralisante a été le ralliement à la rébellion d’Elhadji Gamou. Le colonel-major, chef d’état-major adjoint du président Amadou Toumani Touré (ATT) a annoncé, le 31 mars, son ralliement au mouvement rebelle. De quoi renforcer la méfiance de Bamako à l’égard de tous les militaires touaregs.

« Ce qu’on attend maintenant, c’est qu’il trouve une solution à ce qui se passe au nord, commente un journaliste. Rien ne dit que les rebelles ne descendront pas à Bamako. L’appétit vient en mangeant… ». Et dans la capitale, l’inquiétude est vive. Le rétablissement des institutions annoncé par le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, et la suspension probable des sanctions de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont à peine retenu l’attention.

La Cedeao à la rescousse ?

« La route est longue jusqu’à Bamako et nous veillons au grain », tente-t-on de rassurer du côté de la junte, sans toutefois proposer de solutions concrètes pour freiner l’avancée des rebelles. Du côté de la Cedeao, les 2 000 hommes en alerte ne seront pas là avant longtemps. « Au mieux, dans un mois », selon une source diplomatique, en tenant compte des délais de préparation nécessaires à la mobilisation d’un tel effectif.

Par sûr cependant que le Mali ait le temps d’attendre, cette fois. « Quelle ironie ! peste un membre du Front de refus du coup d’État. Dire que c’est son incapacité à gérer la crise du nord qui a fait tomber ATT. À ce train-là, la junte aussi devrait faire attention ».



Mali : les rebelles touaregs contrôlent le Nord, la junte rétablit la Constitution2012-04-02 08:55:20

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Libye : le récit exclusif de la cavale d'Abdallah Senoussi
Mouammar Kaddafi(1137) - Seif el Islam(69) - Abdallah Senoussi(34) - ag boula(1)


02/04/2012 à 15h:36 Par Christophe Boisbouvier


Repéré à Casablanca, il a été cueilli à Nouakchott. © Dario Lopez-Mills/Sipa

Depuis la chute de Tripoli le 21 août 2011, Abdallah Senoussi, l'ancien numéro deux libyen, avait réussi à passer à travers les mailles de tous les filets. Jusqu'au 16 mars.

Sept mois. Abdallah Senoussi, aura réussi à survivre sept mois à la chute du régime Kaddafi. Un record. Son secret ? Un réseau exceptionnel. Du Caire à Rabat, des maquis touaregs aux carrés d'officiers maures, l'ancien chef des services secrets libyens a tissé une toile protectrice qui lui a permis de passer cinq frontières... jusqu'à sa capture, le 16 mars, à l'aéroport de Nouakchott.

C'est le soir du 21 août 2011 que commence sa cavale. Ce jour-là, Tripoli est en train de tomber. « L'ex-numéro deux du régime », comme l'appelle aujourd'hui le vice-Premier ministre libyen Moustapha Bou Chagour, vient voir les journalistes étrangers à l'hôtel Rixos. Le regard noir, la voix blanche, il lance : « La Libye ne se laissera pas détruire par des bandes terroristes. » Puis il disparaît dans la nuit. Direction Beni Walid, au sud-est de la capitale, où il tente, avec Seif el-Islam Kaddafi, d'organiser la résistance. À ses côtés, un certain Mohamed Ag Najim, officier de l'armée libyenne, que l'on retrouvera plus loin dans le récit.

Complicités

Fin août, Senoussi décroche. Protégé par un commando de la 32e brigade, il gagne Syrte, puis le Grand Sud libyen. Sa tribu des Megarha est du Sud, précisément. De la région de Sebha. Il cherche à convaincre son beau-frère, le colonel Kaddafi, de le rejoindre dans le désert. Mais le « Guide » préfère s'enfermer dans Syrte. Senoussi s'installe alors dans un bunker près de Ghat, à l'extrême sud-ouest du pays. Il réunit un maximum d'argent, en mallettes de dollars et en lingots d'or. Il prépare sa grande traversée du désert.

Le 20 octobre, Kaddafi est tué. C'est le signal du départ. Quelques véhicules tout-terrain et une escorte touarègue... Senoussi franchit la frontière Libye-Niger par la passe du Salvador, un corridor montagneux. Ses guides sont d'anciens rebelles du clan Ag Boula. L'un des deux frères, Rhissa, s'est assagi. Il est devenu conseiller à la présidence du Niger. Mais l'autre, Mohamed, tourne encore dans le désert. Or, entre Senoussi et les frères Ag Boula, les liens sont forts depuis 2004.



Cette année-là, Rhissa a été inculpé pour complicité d'assassinat et arrêté à Niamey. Pour le faire libérer, Mohamed a eu l'idée de capturer quatre militaires nigériens et de proposer un troc. Qui a négocié l'échange ? Senoussi. Qui a accueilli Rhissa à Tripoli ? Encore Senoussi. Six ans après, les frères Ag Boula savent remercier le « grand frère ».

Reste à savoir comment le Libyen a réussi à franchir les 1 000 km qui séparent la Libye du Mali sans jamais se faire intercepter par une patrouille algérienne ou nigérienne. « Bien sûr, les guides sont rusés, dit un expert basé en Afrique de l'Ouest, mais avec beaucoup de dollars, on peut s'acheter un droit de passage. » À son arrivée au Mali, début novembre, Senoussi est accueilli par le colonel Ag Najim, l'officier de l'armée libyenne avec qui il a combattu à Beni Walid. Le chef touareg vient de créer le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et prépare l'insurrection du 17 janvier à venir. Najim met une dizaine d'hommes à la disposition de Senoussi, qui bivouaque dans la région de Kidal.

Quatre mois dans le sable et les cailloux, c'est long. Début mars, l'ex-premier flic de Libye décide de se rendre au Maroc. Pour goûter aux charmes du royaume ? Pas seulement. Il veut revoir les derniers kaddafistes en liberté, même si cette liberté est étroitement surveillée. Certains vivent là-bas, comme le général Khouildi Hamidi. Mais ce compagnon de la première heure de Kaddafi est loin d'être aussi combatif qu'en 1969. En fait, Senoussi cherche surtout à prendre langue avec des kaddafistes plus jeunes, installés en Algérie et en Égypte. Le Maroc n'a pas de frontière avec la Libye. C'est donc un lieu plus discret pour organiser une telle rencontre. Son objectif est de structurer un début de résistance au Comité national de transition (CNT) libyen.

Paris le réclame

Pour aller au Maroc, Senoussi choisit de passer par Nouakchott. De Kidal à Nouakchott, la route est longue : près de 2 000 km. Mais ses anges gardiens du MNLA tiennent le nord du Mali, et sont en très bons termes avec le régime mauritanien. Senoussi arrive donc à Nouakchott sans encombre. Bien sûr, le maître espion a pris quelques précautions. Il porte une barbe et possède plusieurs faux passeports, dont un malien. Mais surtout, les autorités mauritaniennes ferment les yeux sur ce vieil ami qui leur a rendu des services lors du coup d'État d'août 2009. Le fugitif prend donc un avion de ligne pour Casablanca, où il est accueilli par des compatriotes.

Que fait la sûreté marocaine ? Rien. Bien entendu, elle a identifié le « gros poisson » à son arrivée. Elle le surveille constamment. Mais elle le laisse circuler dans Casablanca, où il loge chez un ami libyen. Le problème, c'est que Senoussi est aussi repéré par les services français. Grâce à des écoutes ? « Non, grâce à une source humaine », précise un proche de l'enquête. L'attentat de Lockerbie en 1988, celui du DC-10 en 1989... Pour Paris, Senoussi est la « boîte noire » du régime Kaddafi. Et Nicolas Sarkozy souhaite vivement qu'il lui soit livré, surtout en cette période électorale. La France suggère donc au Maroc d'intercepter le fugitif, qui est poursuivi à la fois par la justice française et par la Cour pénale internationale (CPI). Mais, pour des raisons qui lui appartiennent, Rabat fait la sourde oreille.

Il reste Nouakchott, par où Senoussi doit repasser avant de regagner le no man's land du nord du Mali. « Face aux pressions de la France, la Mauritanie n'a pas les mêmes capacités de résistance que le Maroc », confie un diplomate de la sous-région. Le 16 mars au soir, quand Senoussi monte dans un Casablanca-Nouakchott de Royal Air Maroc, la décision est donc prise. À sa descente d'avion, il est intercepté avec un membre de sa famille - qui n'est pas son fils, contrairement à ce qui a été écrit. Le lendemain, Nicolas Sarkozy salue l'arrestation du Libyen comme « le résultat des efforts conjoints des autorités françaises et mauritaniennes ». Quelques jours plus tard, le CNT libyen « remercie le président Ould Abdelaziz pour la décision courageuse qu'il a prise en le faisant arrêter ». Mais ce dernier avait-il vraiment le choix ?



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Intervention de Moussa Mossa Ag Attaher porte parole du MNLA sur France 24 à 19 h à ne pas rater!

مالي: مليشيات الطوارق الإنفصالية استولت على تينبكتو



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La France et l'Azawad
lundi 2 avril 2012
par Masin
Jusque-là la France a observé une position très mitigée. Les interventions publiques sur la situation ans l’Azawad n’ont jamais été claires, et très souvent laissent planer le doute d’accointances du MNLA avec des islamistes. Aussi, dans leurs interventions, les officiels français réitèrent leur attachement à l’intégrité territoriale du Mali. Il est vrai que la France doit tenir à ce que elle même avait créé.

Avec la libération totale du territoire de l’Azawad, la France sortira certainement de son silence malgré le contexte électoral. L’appel lancé aux ressortissants français de quitter provisoirement le Mali donne une idée des intentions de l’ancienne puissance coloniale. Si la France ne s’engagera probablement pas dans une intervention militaire contre les Touaregs, elle peut, en revanche, contourner la question en laissant la CEDEAO faire le travail tout en l’assistant militairement. C’est ce que d’ailleurs a déclaré le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, ce lundi à Dakar précisant que "la France ne s’engagera pas militairement au Mali, où la situation se dégrade très rapidement, mais elle est prête à une aide logistique".
Et la CEDEAO, un club de républiques bananières, a déjà fait savoir sa position notamment par la voix d’Alhassane Ouattara, son président en exercice, affirmant ceci : "Nous tenons à l’intégrité du territoire malien. Nous mettrons tous les moyens pour stopper cette rébellion et que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire. C’est un devoir pour la Sous-Région".
Autrement dit la France cautionne la position de la CEDEAO à qui elle apporterait un soutien logistique pour pour une éventuelle intervention dans l’Azawad.
Si la France opte pour participer à combattre les Touaregs, elle ferait une grave erreur qui ne sera pas sans conséquences pour ses intérêts. S’attaquer aux Touaregs c’est s’attaquer à l’ensemble des Imazighen (Berbères) aussi bien en Afrique du Nord que dans l’Hexagone. Faudrait-il rappeler que plus de deux millions de Berbères vivent en France ?
Et une éventuelle implication de la France dans une intervention militaire dans l’Azawad confirmerait une fois de plus son mépris à l’égard des Imazighen ainsi que son soutien aux régimes arabo-musulmans qui ont programmé l’éradication de l’amazighité (berbérité) de l’Afrique du Nord. Mais la réaction des Imazighen aujourd’hui ne sera certainement pas celle de leurs aïeux qui ont du subir le plan colonial français ayant programmé la soumission du pays amazigh à des régimes voyous et anti-amazighs. Et la France risque d’être surprise. Car la France aura agi pour tenter de priver des Imazighen d’accéder à leur indépendance et de se doter d’un Etat et d’un espace de liberté ce à quoi ils ont droit, et ce n’est pas à la France de les en priver.
Quant au prétexte de l’islamisme derrière lequel se cache la France, il est pour le moins fallacieux et dénué de toute crédibilité pour au moins deux raisons. D’abord parce que l’amazighité est le seul rempart à l’islamisme en Afrique du Nord et au Sahel. D’autre part, qui pourrait croire la France lorsqu’elle évoque la lutte anti-islamiste lorsqu’il s’agit de l’Azawad alors que le commun des mortels aujourd’hui sait qu’actuellement la France est l’un des meilleurs alliés de l’islamisme. Nous voulons pour preuve les relations privilégiés qu’elle entretient avec notamment le Qatar qui est le sponsor d’une bonne partie de l’islamisme à travers la planète. Aussi, comment croire à la sincérité des déclarations de la France lorsqu’on sait son soutien aux islamistes qui s’accaparent le pouvoir dans plusieurs états (Tunisie, Libye, etc).
Si les Touaregs du MNLA sont plus que jamais déterminés à protéger leur territoire et à ne pas se faire voler le succès qu’ils viennent de réaliser en vu d’accéder à leur indépendance, le reste des Imazighen sauront se mobiliser pour appuyer l’action des Touaregs et dénoncer toutes les tentatives visant à les empêcher d’accéder à leur indépendance et à se doter de leur Etat.
En France, le rassemblement du samedi 7 avril à 15h devant l’assemblée nationale doit être l’occasion d’une grande mobilisation des Berbères de France, et de leurs amis, afin d’exprimer notre soutien au MNLA et dire notre volonté de nous engager pour défendre la liberté que les Touaregs viennent de payer cher et que personne n’a le droit de les en priver.
Masin FERKAL.

Rassemblement de solidarité avec l’Azawad : le 7 avril 2012 à Paris






DERNIÈRE MODIFICATION : 02/04/2012 

AMADOU TOUMANI TOURÉ - MALI - TOUAREG


Qui sont les rebelles touareg qui se sont emparés du nord du Mali ?

Qui sont les rebelles touareg qui se sont emparés du nord du Mali ?

Le nord du Mali est aux mains de la rébellion touareg, qui contrôle les principales villes de la région. Composées de combattants issus du groupe indépendantiste MNLA, les forces rebelles comptent également des miliciens islamistes dans ses rangs.

Par Julien PEYRON  (texte)
 
En s’emparant des trois principales villes du nord du Mali en trois jours, la rébellion touareg s’est assurée la mainmise sur toute la partie nord du pays. À la tête de la rébellion se trouve le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), un groupe qui s’est fixé pour objectif de "libérer" l’Azawad, la partie nord du Mali. Composé de Touareg, surnommés les "hommes bleus" en raison de la couleur indigo de leur chèche, le MNLA considère cette région comme le berceau de la civilisation touareg. Bien organisé - il possède un site Internet régulièrement mis à jour -, le mouvement ne revendique aucune appartenance religieuse et assure se battre pour l’établissement d’une République laïque.


Ces combattants ont vu leur nombre augmenter de manière considérable à l’été 2011, après la chute en Libye du régime de Mouammar Kadhafi. "Cela a été un moment décisif pour les rebelles, qui ont vu le retour dans le nord du Mali de miliciens touareg lourdement armés qui combattaient auparavant pour le régime libyen", explique Pierre Boilley, directeur du Centre d'études des mondes africains (Cemaf). Une fois le dictateur libyen renversé, ces combattants ont en effet regagné leur pays d’origine avec des armes.
Depuis le déclenchement en janvier 2012 de l’offensive rebelle dans le nord du Mali, le MNLA peut également compter sur des troupes touareg de l’armée malienne ayant fait défection. Ainsi, le chef du commandement des troupes de la ville de Kidal, le colonel-major Elhadj Ag Gamou, a annoncé samedi 31 mars son ralliement à la rébellion. Un renfort qui illustre l’état de déliquescence de l’armée malienne et qui explique la facilité avec laquelle la rébellion s’est emparée du nord-Mali. D'autant que les rebelles ont profité du chaos provoqué dans la capitale parle putsh de mi-mars.
La menace Aqmi
Mais le MNLA n’est pas le seul groupe armé à combattre dans le nord du Mali. La communauté internationale et les pays voisins du Mali s’inquiètent surtout de la présence de groupes islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). L’idéologie salafiste a fait son nid dans la région, où gravitent désormais plusieurs milices islamistes.


Des habitants de Gao et de Kidal affirment avoir aperçu des drapeaux salafistes lorsque les rebelles se sont emparés de leur ville. Des étendards attribués à la faction touareg Ansar Dine, un groupe islamiste qui semble s’être particulièrement illustré lors des récents succès de la rébellion.
"Ansar Dine a pour leader Iyad Ag Ghaly, un ancien chef de la rébellion des années 1990 devenu salafiste. Il n’a pas pu résister à l’envie de prendre part à l’offensive menée par le MNLA", analyse Pierre Boilley. Mais selon lui, malgré une idéologie quasi-similaire, Ansar Dine n’est pas lié à Aqmi. "Les deux groupes sont proches sur le plan religieux, mais pas sur le plan politique" assure-t-il. Certaines sources font cependant état de liens entre Iyad Ag Ghaly et des responsables d’Aqmi.
L’énigme Ansar Dine
Le MNLA reconnaît qu’Ansar Dine a combattu à ses côtés lors de l'offensive. Le groupe voit pour l’instant d’un bon œil cet allié qui peut lui permettre de rallier des Touareg tentés par l’idéologie d’Aqmi. "Mais s’ils semblent coopérer sur le terrain, les deux groupes s’opposent sur de nombreux points", assure Pierre Boilley. "Le MNLA insiste sur le côté laïc de sa lutte, tandis qu’Ansar Dine a pour objectif l’instauration de la charia, la loi islamique", explique-t-il.
Les deux groupes ont tenté de trouver un terrain d’entente en mars, mais les négociations ont capoté lorsque le MNLA a demandé à Ansar Dine de renoncer à l’instauration de la charia et de couper tout lien avec Aqmi.
Maintenant que le MNLA a atteint ses objectifs territoriaux, il va devoir se frotter au difficile exercice du pouvoir et au contrôle des différentes milices qui profitent du chaos pour étendre leur influence dans le nord du Mali. Une tâche qui s’annonce d’autant plus ardue qu’un nouveau groupe islamiste, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), s’est invité le weekend dernier dans le cercle des combattants rebelles.

dimanche 1 avril 2012




DÉCLARATION DU MNLA
Dimanche, 01 Avril 2012 19:56
Bureau politique


En ce jour sans précédent dans l’histoire du peuple de l’Azawad, ou devient effectif le retour à la dignité, la libération de la ville historique de Tombouctou après Gao, Kidal et plusieurs autres villes de l’Azawad; le bureau politique félicite ; au nom de toutes les commissions, le peuple de l’Azawad, l’Armée de libération nationale, tous ceux qui de loin ou de près se sont sacrifier pour l’atteinte de cet objectif non négociable.

Chers compatriotes, en dépit de cette immense satisfaction, nous devrions rester sereins, prendre encore davantage confiance en nous et relever le défi de l’avenir en réunissant toutes nos forces pour préserver cet inestimable acquis afin de faire de l’AZAWAD un pays où règne la liberté, la justice et la paix durable y compris avec les pays voisins.

Nous assurons les Etats voisins, les populations de la sous-région et la communauté internationale que la libération de l’Azawad contribuera à renforcer la sécurité, le développement et la paix pour une meilleure intégration des peuples, des cultures et une meilleure stabilité dans la zone saharo sahélienne.

La direction politique invite tous les azawadiens (de l’extérieur comme de l’intérieur) à se mobiliser sans délais dans l’immense chantier de construction mouvement appel tous les azawadiens qui résident à l’extérieur de revenir contribuer et jouir de la reconstruction nationale.



le 01/04/2012
Mahmoud Ag Ghali
Président du bureau politique