lundi 21 décembre 2009

L’héritage culturel targui protégé par les femmes


Fayçal Métaoui
El Watan 21-12-09

L’héritage artistique targui a, et pendant longtemps, été entretenu par les femmes. Aucun homme n’ose encore toucher l’Imzad, l’instrument symbole de l’art tamachaq.

Depuis samedi 19 décembre, le débat est ouvert à Tamanrasset sur ces richesses culturelles, certaines encore méconnues, à la faveur de la tenue du deuxième Festival culturel national de la chanson et de la musique amazighes. « La femme est le principal acteur de la sauvegarde du patrimoine immatériel des targuis. Elle est au cœur de la transmission de l’héritage culturel aux générations », a souligné Abdnabi Zendri, enseignant de sociologie à l’université de Tamanrasset. Il a relevé le caractère matriarcal de la société Imuha ou targuie et a prévenu contre les changements d’attitude par rapport au passé. « En dehors des centres urbains, la femme a gardé toute sa stature et sa position. Elle est à l’origine de toutes les activités artistiques et festives. Elle continue d’être maîtresse chez elle », a-t-il précisé. Les murs des villes ont, selon lui, créé des sentiments de peur et de repli. Et cela a abouti aux changements de certaines habitudes. « Mêmes des valeurs sociales ont été effacées par ces remparts. L’existence de l’autre, du voisin suscitent aujourd’hui des appréhensions qui n’existaient pas auparavant. Dans les kheïmas targuies, c’était ouvert. On ne craignait pas le passant, l’inconnu », a expliqué le sociologue. D’après lui, il est plus difficile de demander à une femme targuie qui vit dans la capitale de l’Ahaggar de venir déclamer de la poésie populaire dans un espace ouvert. « Son époux refusera cette exposition publique », a-t-il noté. Il a fait une analyse anthropologique de certaines traditions poétiques comme celles de Aliouène, Itiliouène et Tindi. Des poèmes chantés, parfois par les femmes, pour célébrer la virilité et le courage des cavaliers et parfois pour mettre en valeur les noces. « L’Imzad a toujours été conçu par les femmes. D’ailleurs, depuis les anciens temps, les femmes ont toujours fabriqué les instruments de musique, c’est leur spécialité », a-t-il expliqué. Le jeu de l’Imzad est, selon lui, un cérémonial sur la stature sociale, sur la guerre et la paix, sur la fête et les funérailles.

Abdnabi Zendri a relevé que l’Imzad est toujours « encadré » par une présence masculine dans la déclamation de la poésie. « Mais, attention, cette lecture poétique n’est pas l’apanage de n’importe qui. La femme veille à ce que les textes dits ne soient pas déviés et qu’ils restent fidèles à la thématique originelle », a relevé le sociologue. Se basant sur une légende assez connue dans le Tassili N’Ajjer, il a rapporté qu’une dame a sauvé Djanet d’une tempête de sable particulièrement ravageuse. « La population a oublié de célébrer la Sbiba. La nature s’est alors déchaînée. Après l’appel de la dame à la fête, le vent s’est arrêté », a-t-il dit. Au cours des débats, certains intervenants sont revenus sur la question de la langue tamazight et sa variante tamachaq. « Je fais des conférences et j’écris des textes en tamachaq. Certains disent que c’est une langue des pierres. Ce n’est pas vrai, c’est une langue qui vit », a estimé un chercheur. Abdnabi Zendri a précisé qu’il veille toujours à citer des dictons populaires touareg à ses étudiants pour les maintenir en lien avec leur langue. La poétesse et actrice Hajira Oubachir a regretté l’absence dans l’affiche officielle du festival d’écriture en tifinagh. Salah Bousalim, enseignant d’histoire à l’université de Ghardaïa, est revenu sur l’héritage culturel populaire qui « ne doit pas être réduit à une fonction folklorique ». Le festival s’est ouvert samedi après-midi avec des jeux d’imzad et de tazamart exécutés par Fatma Amrioudh et Ahmed Ahmed. L’association Issekta a présenté un petit spectacle de tindi. Un hommage a été rendu à plusieurs artistes dont Badi Lalla, joueuse de tindi de Tam, Djamel-Eddine Debbache de Ghardaïa, Chérif Kheddam de Tizi Ouzou ainsi que les regrettés Katchou et Athmane Bali. Plusieurs groupes et chanteurs venus des quatre coins du pays vont concourir dans la chanson chaoui, targuie, mozabite et kabyle. Il s’agit, entre autres, de Kounouz de Khenchela, El Warith Salah de Ghardaïa, Idabir Baba de Tamanrasset, Lenssari Moussa de Adrar, Abdou Ben Omar d’Illizi, Numédia de Béjaïa, Taghma de Boumerdès et Tyor El Alia de Oum El Bouaghi. Kouider Bouziane est le président du jury qui devra, à la fin de la compétition, accorder trois grands prix pour la musique, la chanson et les deux.ensemble.

Par Fayçal Métaoui

Tamanrasset. De notre envoyé spécial

L’Algérie présentera une motion à l’ONU : Le versement de rançon sera pénalisé


Mohamed Sadek Loucif lexpressiondz.com 21-12-09
lundi 21 décembre 2009

Soutenue par des Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU, la proposition de l’Algérie pourrait aboutir à une résolution de l’Assemblée générale.

Pénalisation de l’acte de versement de rançon aux groupes terroristes, telle est la motion que déposera l’Algérie à l’ONU dans les jours à venir. Et cette proposition a toutes les chances d’aboutir, d’autant qu’elle est soutenue par des Etats membres du Conseil de sécurité, notamment les Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni. Cette annonce a été faite, hier, par M.Merouane Azzi, avocat responsable de la cellule chargée du dossier de la Réconciliation nationale à la cour d’Alger. « Une résolution du Conseil de sécurité portant sur la pénalisation du versement de rançon par des Etats aux groupes terroristes privera, à coup sûr, ces derniers de revenus financiers importants », a déclaré Maître Azzi lors d’une conférence sur les droits de l’homme dans le monde, animée au siége du quotidien El Moudjahid à Alger. Ces derniers temps, Al Qaîda au Maghreb islamique s’est lancée dans le business des otages occidentaux. Cette pratique s’est répandue surtout dans les pays du Sahel. A la fin du mois de novembre dernier, un Français et trois Espagnols ont été enlevés par l’Aqmi. Le Français, Pierre Camatte, 61 ans, a été kidnappé dans la nuit du 25 au 26 novembre à Ménaka à plus de 1500 km au nord-est de la capitale malienne, Bamako. Pour les Espagnols, ils ont été enlevés le 29 du même mois, à 170 km au nord de la capitale mauritanienne Nouakchott. Ces derniers font partie de l’organisation non gouvernementale, Barcelona Accio Solidaria. La multiplication de ces rapts met en évidence les difficultés financières dont souffrent les groupes terroristes, à l’instar de l’Aqmi. « Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi) a besoin d’argent, les otages peuvent devenir un business. D’autres groupes peuvent enlever les Occidentaux pour eux et les leur amener. On a l’impression que cela devient un business dans la zone (Sahel) », a expliqué, à ce sujet, Alain Antil, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri) de Paris. Face à la menace de leur exécution, certains pays occidentaux auraient versé une somme de 10 millions d’euros pour la libération de leurs otages détenus par les groupes terroristes d’Al Qaîda. Cette organisation recourt de plus en plus à la demande de rançon. Cette méthode s’est avérée terriblement efficace, selon des observateurs avertis. Ainsi, l’Aqmi s’est octroyée le moyen de déjouer les différents dispositifs mis en place par les gouvernements qui rendent très difficile et parfois impossible le transfert de l’argent au profit des terroristes. En Algérie, la situation financière des groupes terroristes est des plus critiques. L’organisation est « étranglée financièrement, en particulier en Algérie, et est incapable d’atteindre ses objectifs en matière de recrutement », avait affirmé, à la mi-novembre devant le Congrès américain, le coordinateur pour l’antiterrorisme au département d’Etat, Daniel Benjamin. Forte de son expérience, l’Algérie milite pour la mise en place d’un arsenal juridique international pour l’interdiction de versement de rançon aux groupes terroristes. Septembre dernier, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a plaidé devant l’Assemblée générale de l’ONU pour « l’interdiction absolue de paiement de rançon aux preneurs d’otages qui a atteint, au cours des dernières années, des proportions inquiétantes ». Selon lui, « le produit de ces rançons s’est révélé être, désormais, la principale source de financement du terrorisme ». En ce sens, une résolution du Conseil de sécurité permettra de réduire les capacités de nuisance des groupes terroristes. Ce qui rendra plus facile la lutte antiterroriste dans le monde, surtout dans les pays du Sahel.

Mohamed Sadek LOUCIF

Collectif pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques au Niger (COSAD) : communiqué n°4

NigerDiaspora.com 20-12-09
lundi 21 décembre 2009
L’an deux mil neuf, le dix huit décembre, le Bureau du Collectif pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques au Niger (COSAD), réuni en vue d’analyser l’évolution de la situation politique au Niger, a fait la déclaration suivante : Convaincu que la démocratie vise essentiellement à préserver et promouvoir la dignité et les droits fondamentaux de l’individu, à assurer la justice sociale, à favoriser le développement économique et social de la collectivité, à renforcer la cohésion de la société ainsi que la tranquillité nationale et à créer un climat propice à la paix internationale. En tant que forme de gouvernement, la démocratie est le meilleur moyen d’atteindre ces objectifs ; elle est aussi le seul système politique apte à se corriger lui-même (Déclaration Universelle sur la Démocratie) ;

Considérant la violation des différents traités sous-régionaux, régionaux, africains et internationaux ratifiés par le Niger notamment ; UMOA, CEDEAO, UA, OIF (Déclaration de Bamako du 3 novembre 2000), UE (Accord de Cotonou), ONU etc… ;

Considérant que les décisions prises par le président Tandja vont remettre gravement en question les éléments essentiels de ces Accords, ce qui pourrait avoir des conséquences directes sur la coopération avec le Niger :

Considérant l’amateurisme qui a caractérisé la mission du gouvernement nigérien aux négociations avec les institutions de l’UE en date du 8 décembre 2009 à Bruxelles. (Premier Ministre sans feuille de route, n’ayant aucune proposition concrète et encore moins un pouvoir décisionnel. Ministres troubadour confusionnistes.

Considérant l’urgente nécessité de mettre fin à la dérive monarchiste et de personnalisation du pouvoir suscité et entretenu par les courtisans du président Tandja.

Le collectif

Félicite les institutions internationales pour le maintien et la suspension de la Coopération avec les autorités nigériennes.

Encourage Le Médiateur de la CEDEAO à poursuivre les négociations, Se réjouis de la hauteur d’esprit de la Diaspora nigérienne regroupéE au sein de la CERDN (CSD France, Grenasad UK, ARS Suisse, Norvège, Autriche, Italie, Espagne, Holland, Allemagne) et des autres structures notamment Niger Democracy USA.

Encourage la société civile en particulier le FUSAD et la CFDR à rester vigilante face à la menace de déstabilisation politique, économique et sociale qui pèse sur le Niger ;

Appelle la classe politique nigérienne à poursuivre la lutte jusqu’à l’instauration d’un Etat de droit et d’une République démocratique.

Vive la Démocratie ! Vive le Niger !

Pour Le collectif La Vice-Coordinatrice Aïchatou Yahaya 20 décembre 2009 Publie le 19 décembre 2009

Négociations pouvoir/opposition nigériens : à malin, malin et demi


L’Observateur Paalga 21-12-09
Ainsi, après la tenue du premier round de leurs pourparlers sous l’égide de la CEDEAO, les protagonistes (antagonistes ne sied-il pas mieux ?) de la crise nigérienne devaient se retrouvés "vers le 16 décembre 2009 en un lieu que le médiateur désignerait".

Alors que l’opposition penchait pour Abuja de nouveau, le pouvoir, lui, s’arc-boutait sur le prétexte que les solutions aux problèmes du Niger ne sauraient être trouvées à l’extérieur pour exiger que le 2e tour ait lieu au pays ; ce qui, aussi curieusement que paradoxalement que ça paraisse, n’a pas empêché Niamey d’aller vers Bruxelles prêcher dans le désert, désert du Ténéré aidant ?

Deuxième preuve de mauvaise foi de Niamey, le premier tour des négociations internigériennes ont pourtant eu lieu dans la capitale nigériane ! Même s’il n’y a pas envoyé, c’était du 10 au 12 novembre dernier, qu’une délégation au rabais, parce que, selon nos dépêches, aucun de ses membres n’était un officiel de l’Etat, alors que l’opposition y avait dépêché ses principaux ténors ; et ce n’était pas tout : pour Tandja et Cie, il ne s’agissait pas de négociations, mais plutôt d’explication de texte sur le bien-fondé de leur nécessaire, impérieuse ou impérative "Tazarcé", ou comment conserver constitutionnellement le pouvoir en violation de toutes les règles de la constitution.

Voyant le pouvoir cherchant à empêcher la tenue du 2e tour de sa palabre africaine avec elle au moyen de la simple question de forme qu’est le choix du lieu de rencontre, l’opposition nigérienne, intelligente et ne perdant pas de vue que c’est le fond qui importe le plus, coupa l’herbe sous les pieds du pouvoir, en lui concédant l’organisation du second tour au pays. On appelle ça lâcher l’ombre pour la proie. Et voilà désormais le maçon Tandja au pied du mur du dilatoire.

lobservateur

dimanche 20 décembre 2009

Maroc/Les nouveaux berbères


Maroc

30/11/2009 14:08:55 | par Hamid Barrada
Les nouveaux berbères
Campus de l'université Ibn Zohr d'Agadir, la capitale de la région du Souss
© Cécile Tréal/Marocimage

Intellectuels, linguistes, étudiants ou patrons... Ils ont repris le flambeau de la défense de la culture amazighe. Mais différemment. En s’appuyant sur l’histoire du royaume, ils sortent du folklore et des antagonismes supposés.Demandez à un taxi parisien dont vous soupçonnez le douar d’origine : « Algérien ? » et vous avez de fortes chances de récolter cette réponse : « Non, Kabyle ! » Refaites l’exercice avec l’« épicier arabe » du coin qui visiblement vient du Souss, la région d’Agadir : « Marocain ? — Bien sûr ». Il est soussi jusqu’aux ongles, mais jamais il ne mettra en avant ses origines au détriment de son appartenance nationale. Il est à la fois soussi et marocain, et bien sûr musulman. Ses différentes identités sont vécues et revendiquées tout uniment.

Le Maroc est une île bordée par des mers d’eau et de sable. La nation qui s’y est forgée à l’abri des montagnes a pu – ou su – se préserver à travers les ­siècles. Cimentée par l’islam et par un système de pouvoir original, sinon unique, c’est une nation complexe, éclatée, conflictuelle. L’Empire chérifien a été longtemps déchiré par des guerres entre Makhzen et Siba, pouvoir central et dissidence. Et cette dernière a été surtout le fait des tribus berbères, jalouses de leur liberté. À y regarder de près, ces guerres n’empêchaient pas de respecter des valeurs communes. On combattait le sultan tout en disant la prière en son nom. « Le jour, on fait la guerre, et la nuit, la politique », dit l’adage. Après la dernière prière, les représentants des deux camps se retrouvaient pour chercher un terrain d’entente.



Volonté de vivre ensemble

Un épisode, dont les traces n’ont pas disparu, donne une idée du fonctionnement du système politique au Maroc. Au XIXe siècle, le sultan Moulay Slimane a dû mener trois campagnes contre des tribus du Moyen Atlas qui refusaient de payer l’impôt. Battu chaque fois mais toujours amir al-mouminine (commandeur des croyants), il a été retenu en 1822 chez ses ennemis. La vie parmi eux lui a beaucoup appris. Voici ce qu’il écrivit à la population de Fès, sa capitale : « Ma foi en Dieu me fait obligation de vous donner le conseil suivant : faites-vous les alliés des Berbères si vous voulez la paix et la sécurité, car ils ont des traditions et un sens de l’honneur qui les prémunissent contre l’injustice. En outre, ils vivent dans la sobriété… » Les dissensions, fussent-elles violentes, n’interdisent pas le souci de l’avenir et la volonté de vivre ensemble. C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Et il convient de ne pas l’oublier lorsqu’on aborde les débats sur la « question berbère », sous peine de se fourvoyer.

Une question qui a été longtemps occultée. Sous le protectorat français (1912), les disparités tribales, linguistiques, confrériques étaient, nationalisme oblige, systématiquement bannies. C’est le temps de la nation une et indivisible. Le Mouvement national redouble de vigilance après le Dahir berbère de 1930. Projet de réorganiser l’administration de la justice avec un statut particulier dans certaines régions, il fut comme une tentative de « diviser les musulmans entre Berbères et Arabes ». Et fut combattu efficacement par… la prière. Dans les mosquées du royaume, les fidèles se sont rassemblés chaque jour pour accomplir le latif, une prière surérogatoire, recommandée contre les calamités. Jusqu’à l’enterrement du Dahir.

Après l’indépendance (1956), l’idéologie nationaliste continue à dominer les esprits, mais les réalités locales ne tardent pas à faire irruption. En 1958, une rébellion dans le Rif est assimilée à une sécession avant d’être noyée dans le sang. Des frondes éclatent en pays berbère accusant l’Istiqlal de favoriser la domination des Fassis (originaires de Fès). Avec la bénédiction du Palais, le remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant, fonde en 1958 le Mouvement populaire (MP), qui se veut le porte-parole des campagnes.

Après les crispations de l’idéologie nationaliste et l’instrumentalisation politique du berbérisme, l’émergence d’un mouvement culturel, fut-il animé par les meilleures intentions, risquait de ne rencontrer qu’incompréhension et hostilité. Et pas seulement au sein du pouvoir. Le mouvement en question est né en tout cas dans l’adversité. L’un de ses protagonistes, Ali Azaykou, historien et poète (disparu en 2004), a tâté de la prison en 1982. Son crime ? Un poème jugé subversif. En ce temps-là (qui paraît très lointain…), on allait jusqu’à interdire de donner un prénom berbère à son enfant !

Dans ces conditions, des intellectuels (souvent des linguistes) se sont attelés à défricher la question berbère sur le plan théorique. Ceux qu’on peut appeler les nouveaux Berbères ont fait preuve d’une rigueur remarquable. Et d’abord dans la définition de l’amazighité. Mohamed Chafik explique que la culture ­marocaine, comme toute culture, est un compromis, en l’espèce entre un substrat autochtone et des apports ­exogènes. Elle est à l’image du ­toponyme « la ­source d’Aïn Aghbalou ». On a affaire ici à un double pléonasme puisque l’arabe aïn et le berbère ­aghbalou ont le même sens que le français « source ». Comme des couches géologiques, les trois mots se succèdent. Autrement dit, le fonds culturel n’est pas totalement recouvert par les apports arabes, français et autres. Du coup, l’amazighité n’est pas définie de façon exclusive. Les Marocains ne sont pas des Amazighs sans plus, de même qu’ils ne sont pas purement arabes. CQFD.

La controverse sur le caractère sacré de la langue arabe invoqué par les islamistes pour justifier son monopole est tout aussi intéressante. Les « amazighiens » rappellent astucieusement que l’arabe existait avant l’avènement de l’islam et que, si le Prophète a prêché en arabe, il a été combattu dans la même langue. Réduire l’islam a une seule ­langue, plaident-ils encore, c’est lui ôter sa dimension universelle.

Reconnaissance du tamazight

Ce faisant, les chantres de la culture berbère ont à cœur de défendre l’islam, et pas seulement pour désamorcer leur procès en laïcité. À leurs yeux, l’islam est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner aux islamistes. C’est en amazigh que cette religion s’est répandue en Afrique du Nord, soulignent-ils. Ils mettent en exergue l’odyssée sainte des Regraga, qui relève sans doute davantage du mythe. Il s’agit d’une tribu qui avait fait le voyage pour embrasser la nouvelle foi entre les mains de Mohammed. L’affaire est entendue : les Arabes ont apporté l’islam, mais il s’est trouvé des Berbères pour aller le chercher. Et pour qui en doute encore, cet adage : « Si le Prophète est arabe, Dieu est amazigh ! »

Après la théorie, la pratique. « Une culture dégénère en folklore, écrit Azaykou, lorsqu’elle échoue politiquement, lorsque ceux qui la portent s’en désintéressent au profit de cultures importées. » Les revendications du mouvement tournent autour de la reconnaissance du tamazight inscrite dans la Constitution comme langue nationale au même titre que l’arabe. Ce qui ouvre la voie à son introduction dans l’enseignement, l’administration et les médias.

La rigueur et la sagesse se révèlent payantes. Dès 1994, Hassan II tient des propos qui vont dans le sens de la reconnaissance. Mohammed VI en 2001 franchit le pas (voir pages suivantes). La création de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) apporte, comme l’écrit Hassan Rachik, « une protection constitutionnelle de l’amazigh en tant que langue nationale et officielle ». Il reste bien entendu à organiser les réformes attendues, qui nécessitent de la part de tous un pragmatisme à toute épreuve.

Les dérives possibles pointent leur nez. Les menaces viennent du Congrès mondial amazigh (CMA), fondé en 1995. Dans sa littérature, on apprend que les Berbères du Maroc sont victimes d’une série de maux : « colonialisme interne », « apartheid », « génocide »… Rien de moins. Objectif de cette ONG qui agit dans l’ombre de l’ONU : la renaissance d’une nation tamazgha qui englobe l’Afrique du Nord, le Sahel et les Canaries. Pour éviter que la culture berbère ne dégénère en folklore, on risque de sécréter un autre folklore, politique et suicidaire celui-là.

Par Hamid Barrada

Lockerbie: al-Megrahi dans un état grave


20/12/2009 22:40:28 | AFP |

Abdelasset al-Megrahi et le fils du "Guide" libyen, Seif al-Islam
© DR
L'état de santé d'Abdelbaset al-Megrahi, le Libyen condamné à la prison à vie pour l'attentat de Lockerbie, se détériore et son cancer s'aggrave, indique le premier bulletin médical rendu public depuis le rapatriement du Libyen en août.


"Un examen IRM (imagerie à résonance magnétique) a montré une aggravation de sa maladie (cancer) qui s'est répandue encore plus dans son corps", a notamment indiqué dans la nuit de samedi à dimanche un bulletin du Centre médical de Tripoli, hôpital où Megrahi est soigné pour son cancer en phase terminale.

Selon le bulletin, Megrahi s'était présenté samedi à l'hôpital, souffrant de toux et de vomissements.

Il souffre également "des effets secondaires des séances de chimiothérapie" qu'il subit, a-t-on ajouté de même source, citant une augmentation de poids, une élévation de tension artérielle et du taux de sucre dans le sang ainsi qu'une fatigue musculaire.

"Son état de santé a été évalué samedi par une équipe d'experts européens qui s'étaient mis d'accord pour la poursuite des séances de chimiothérapie tout en administrant d'autres médicaments pour maîtriser la maladie", a indiqué l'hôpital.

Trois mois à vivre

Megrahi, 57 ans, avait été condamné pour son implication dans l'explosion d'un avion de la Pan Am en 1988 au-dessus du village écossais de Lockerbie. Le Libyen avait été relâché le 20 août par le gouvernement écossais pour raisons de santé.

Atteint d'un cancer de la prostate en phase terminale, il était immédiatement rentré en Libye, après que ses médecins aient indiqué qu'il n'aurait plus que trois mois à vivre.

Sa remise en liberté par l'Ecosse a suscité une vive émotion, en particulier aux Etats-Unis d'où étaient originaires la plupart des 270 victimes de l'attentat.

La Libye qui le considère "comme une victime et non un terroriste" avait célébré sa libération comme une victoire, suscitant l'indignation des capitales occidentales, tout en alimentant les spéculations sur un échange "pétrole contre Megrahi" avec la Grande-Bretagne.

Depuis sa mise en liberté en août, Abdelbaset al-Megrahi est apparu publiquement une seule fois en septembre, lors d'une visite de parlementaires africains à son hôpital.

Profil bas à Tripoli

Depuis, Tripoli a adopté un profil bas, et des mesures de sécurité ont été déployées autour de sa maison et de l'hôpital, empêchant tout contact avec les médias.

La publication du bulletin de santé de Megrahi pour la première fois depuis son retour à Tripoli, intervient trois jours après qu'un journal eut évoqué sa "disparition".

Le quotidien The Times avait précisé mercredi qu'il n'avait pas réussi à entrer en contact avec Megrahi depuis dimanche soir, ni chez lui ni à l'hôpital où il est soigné pour son cancer.

Le Conseil d'East Renfrewshire, les autorités locales écossaises responsables du contrôle judiciaire de Megrahi, avait indiqué n'avoir pas réussi à lui parler mardi soir, avant d'annoncer mercredi le rétablissement du contact avec le Libyen.

"Il n'a pu nous parler hier (mardi soir) mais il a pu le faire aujourd'hui (mercredi). Nous lui avons parlé et nous n'avons aucune inquiétude. Il est réellement chez lui à Tripoli", avait déclaré un porte-parole du Conseil.

Selon les conditions de son contrôle judiciaire, le Libyen ne peut pas changer de domicile ni quitter Tripoli et doit rester en communication régulière avec le Conseil d'East Renfrewshire.

Mauritanie / rapt : les Italiens au Mali ?

AFP - 20/12/2009 Le couple d'Italiens enlevé vendredi dans le sud-est mauritanien doit à présent se trouver "au Mali", a estimé à Nouakchott un représentant de l'Union européenne, en mission pour quelques jours en Mauritanie. "On pense qu'ils sont au Mali maintenant, nous ne disposons pas de nouvelles fraîches sur eux", a déclaré le directeur au développement et aux relations de l'UE avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), Stefano Manservisi, de nationalité italienne.

Il s'exprimait devant la presse, au terme d'une série de réunions, dimanche, avec des responsables mauritaniens, dont le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Un couple de voyageurs italiens qui se rendait au Burkina Faso à bord d'un minibus immatriculé en Italie a été enlevé, vendredi soir, dans le département mauritanien de Kobenni, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Mali, selon une source sécuritaire.

Le Mali sert de refuge, depuis 2008, aux groupes d'islamistes armés qui enlèvent des Occidentaux. Et c'est dans ce pays que seraient actuellement détenus les trois Espagnols kidnappés le 29 novembre dans le nord-ouest de la Mauritanie, ainsi qu'un Français capturé le 26 novembre dans la ville malienne de Ménaka (nord).

Niger : discussions entre pouvoir et opposition lundi à Niamey


AFP 20-12-09

NIAMEY — Un dialogue direct entre pouvoir et opposition sur la crise nigérienne doit s’ouvrir lundi à Niamey sous l’égide du médiateur de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a assuré dimanche un mouvement d’opposition.

"Le dialogue s’ouvre demain (lundi) ici à Niamey et nous y prendrons part", a déclaré à l’AFP Abdoul-Aziz Ladan, l’un des responsables de la Coordination des forces pour la démocratie et la république (CFDR).

"Nous disons +oui+ au dialogue (...) nous réitérons tous nous encouragements à Abdulsalami Abubakar", l’ancien dirigeant nigérian et médiateur de la Cédéao, a de son côté affirmé Seïni Oumarou, le président du Mouvement national pour la société de développement (MNSD, au pouvoir), lors d’un meeting de soutien au président Mamadou Tandja.

Il s’agira de la première rencontre entre les protagonistes de la crise autour de M. Abdulsalami Abubakar, depuis qu’il a entamé des consultations avec les deux parties début novembre.

Seront toutefois absents les trois principaux leaders de l’opposition - l’ancien président du parlement dissous Mahamane Ousmane, l’ex-Premier ministre Hama Amadou et Mahamadou Issoufou - qui vivent depuis des mois l’étranger, a souligné Abdoul-Aziz Ladan.

Ils ont été accusés de "blanchiment de fonds" dans des banques étrangères et des mandats d’arrêts ont été lancés contre MM. Amadou et Issoufou.

Cependant, début décembre, lors d’une réunion à Bruxelles avec des responsables européens, le Premier ministre nigérien Ali Badjo Gamatié a annoncé la suspension des mandats lancés contre des membres de l’opposition.

Le président Tandja, qui devait se retirer le 22 décembre, a obtenu le 4 août lors d’un référendum une prolongation d’au moins trois ans de son mandat. Pour arriver à ses fins, il avait dissout le Parlement et la Cour constitutionnelle.

Le 20 octobre, le pouvoir a organisé des législatives controversées, boycottées par l’opposition, qui ont entraîné sa suspension de la Cédéao pour violation des textes communautaires sur la démocratie.

L’Union européenne a suspendu son aide au développement en novembre et ouvert des "consultations" pour un retour à l’ordre constitutionnel.

AFP

France : Les victimes des essais nucléaires seront fixées mardi sur leur indemnisation



dimanche 20 décembre 2009

Largement amendé, le projet de loi visant à l’indemnisation des victimes sera définitivement voté mardi 22 à l’Assemblée.

Le projet de loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, conduits dans le Sahara et en Polynésie entre 1960 et 1996, sera définitivement voté ce mardi 22 décembre à l’Assemblée nationale.

Le texte qui sera soumis aux parlementaires sans nouveau débat, résulte du travail de la commission mixte paritaire (composée de 7 députés et de 7 sénateurs) créée suite aux précédents votes.

En juin dernier, une première version de ce texte avait été adoptée par la commission de la Défense de l’Assemblée, mais elle avait été vivement critiquée par les représentants de victimes.

Ainsi l’association des vétérans des essais nucléaires dénonçait alors un Etat "juge et partie" qui refusait "d’inclure les associations dans le comité d’indemnisation" chargé d’évaluer les demandes et de fixer les montants des réparations.

Les sénateurs ont largement amendé le texte en octobre. Ils ont donné satisfaction aux associations de victimes en introduisant la "présomption de causalité" qui dispense les demandeurs militaires et civils de prouver le lien entre leur maladie et les essais nucléaires.

"A moins qu’au regard de la nature de la maladie et des conditions de l’exposition, le risque attribuable aux essais nucléaires puisse être considéré comme négligeable" précise l’article 4 du projet de loi. Ainsi, la charge de la preuve incombe désormais à l’Etat et non plus aux victimes.

Si la loi était adoptée, dans le Sahara, à Tahiti ainsi que dans les atolls de Mururoa, Fangataufa et Hao, quelque 150.000 familles auraient cinq ans pour faire valoir leurs droits.

Otages européens dans les mains d’Al Qaida


L’Expression (Alger)-
Ikram GHIOUA -20-12-09
Des Occidentaux seraient en pleines négociations avec Al Qaîda au Maghreb pour tenter de libérer les otages retenus au nord de la Mauritanie.

Au moins trois intermédiaires ont été chargés de négocier avec Al Qaîda au Maghreb pour libérer les otages retenus par cette organisation. Il s’agit d’un Français et de trois Espagnols. Ils ont été kidnappés simultanément la fin du mois de novembre dernier. Le rapt a eu lieu dans un lieu à cheval entre les frontières au nord du Mali et de la Mauritanie. Les quatre otages seraient retenus dans un lieu désertique aux frontières algéro-maliennes. C’est un lieu où active le noyau de la nébuleuse.

Les négociateurs pensent que la situation est maîtrisée. Mais cela suffira-t-il pour que les ravisseurs ne commettent pas d’acte imprévisible, comme ce fut le cas pour l’otage anglais qui a été malheureusement exécuté de sang-froid ?

Cette prise d’otage est perçue par Al Qaîda au Maghreb comme une opportunité exceptionnelle pour obtenir une autre rançon afin de financer ses activités.

Car une chose est sûre. Cette organisation criminelle n’est plus en mesure d’assurer sa survie et a du mal à trouver de nouveaux candidats prêts à mourir pour elle. C’est ce qui a été d’ailleurs souligné dans un rapport du département d’Etat américain depuis un mois. Mais Al Qaîda est une organisation tentaculaire. Elle cherche aujourd’hui à exporter sa logique criminelle à partir des zones particulièrement touchées par une instabilité politique et sécuritaire comme le Mali et la Mauritanie. C’est là que tous les ingrédients sont favorables pour une extension plus large du terrorisme transnational.

Déjà, comme nous l’avions rapporté dans l’une de nos précédentes éditions, cette organisation semble avoir la mainmise sur les groupes armés somaliens, notamment les tribunaux islamiques. Un fait qui va certainement lui permettre de régner sur les pays de la bande du Sahel. Actuellement dans cette zone, ce sont trois pays qui sont pratiquement pris entre les griffes de la nébuleuse : le Mali, le Niger et la Mauritanie. Les kidnappings perpétrés presque au même moment renseignent à plus d’un titre sur les facteurs déterminants qui font que cette organisation est décidée à ne pas lâcher prise. Elle réussira, en dix ans, avec des manipulations à implanter ses racines pour en faire une véritable poudrière et une base arrière de toutes ses activités subversives.

Le choix de cette région n’est plus à démon-trer désormais. La présence des Européens, surtout des humanitaires, et sa proximité avec l’Europe ont fait que cette zone soit privilégiée par Al Qaîda. Le paiement des rançons depuis le kidnapping des 31 touristes européens par le groupe de Abderezak El Para a largement contribué à ce choix.

Dans ce contexte justement, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika a appelé avec beaucoup de détermination à rendre condamnable tout acte de remise de rançon du fait que cela nourrit davantage l’émergence du terrorisme. Reste à savoir que veut dire « les négociations pour la libération des quatre otages sont en bonne voie » ? Et que veut dire « la situation est sous contrôle » ? Les intermédiaires désignés pour cette mission sont-ils en mesure de faire libérer les victimes sans remise de rançons ? Peu probable, selon des sources sécuritaires algériennes.

Connaissant bien les fins fonds d’Al Qaîda, ces mêmes sources avancent que forcément, les otages ne seront libérés qu’en échange de quelque chose. Un compromis n’est pas à écarter pour libérer des détenus appartenant à cette organisation, ce qui est sûr pour nos sources, les négociateurs s’engagent à garder des otages sains et saufs.

Ikram GHIOUA

samedi 19 décembre 2009

Trois maliens inculpés à New York pour activités terroristes et trafic de drogue


Apanews - 19/12/2009 -

Trois ressortissants maliens ont été inculpés ce vendredi à New York pour activités terroristes présumées et trafic de drogue, en relation avec la branche africaine de la nébuleuse Al Qaida, selon des magistrats américains.

Oumar Issa, Harouna Touré, et Idriss Abelrahman, àgés d’une trentaine d’années ont été arrêtés cette semaine par les autorités du Ghana et livrés aux services de renseignements américains, avant d’être conduits sous escorte policière à New York.

Selon la justice américaine, les trois ressortissants maliens sont accusés d’avoir tenté de convoyer des quantités importantes de drogues dures à travers le désert du Sahara, sous bonne escorte des agents présumés d’Al Qaida en Afrique du Nord.

Selon les officiels américains, ce coup de filet est une preuve supplémentaire de la connivence entre les commanditaires des trafics latino-américains de drogues dures dans le désert du Sahara et les groupuscules terroristes proches des islamistes, qui leur assurent une libre circulation dans le désert.

C’est la première fois que les services de renseignements américains arrivent à capturer des suspects africains en relation avec la drogue et Al Qaida.

A leur arrivée aux Etats Unis ce vendredi, les trois suspects ont fait une brève apparition devant un juge new yorkais qui leur a notifié, les charges qui pèsent contre eux.

Selon l’agence fédérale de lutte contre la drogue, l’arrestation de ces trois Maliens et leur extradition aux Etats Unis, est le résultat d’une enquête de quatre mois, avec des agents du renseignement américain qui se sont présentés aux suspects, comme des trafiquants de drogue des forces armées révolutionnaires colombiennes, les FARC.

Le Niger et l’uranium, suite (et peut-être fin ?)

Dominique Hennequin, Télérama.fr 19-12-09Souvenez-vous : la semaine dernière, nous vous faisions part de la grosse colère d’Areva contre Dominique Hennequin, auteur d’“Uranium, l’héritage empoisonné”, excellente enquête diffusée sur Public Sénat. La firme s’insurgeait notamment contre les commentaires du réalisateur sur les conditions de tournage, publiés dans “Télérama”. Dominique Hennequin réagit à son tour à ces accusations.

La semaine dernière, nous relations dans un blog télé la virulente réaction d’Areva à une enquête diffusée par Public Sénat, Uranium, l’héritage empoisonné. Dans sa lettre, Jacques-Emmanuel Saulnier, directeur de la communication de la multinationale, mettait particulièrement en cause des propos du réalisateur parus dans Télérama et lui annonçait qu’un refus serait opposé à toute nouvelle sollicitation. Dominique Hennequin, de retour d’un tournage en Afrique, nous a transmis sa propre réponse au porte-parole d’Areva.

« Monsieur,

Je vous réponds un peu tardivement au retour d’un tournage à l’étranger, vous voudrez bien m’en excuser.

Je comprends que comparer Areva à la Corée du Nord soit excessif. Areva n’est pas une dictature communiste et Madame Lauvergeon n’est bien sûr pas Kim Jong-Il. Ce que j’exprimais alors concernait le contexte du tournage qui me rappelait celui rencontré lors d’un reportage dans ce pays. J’ai ressenti les mêmes sensations en Irak sous Saddam Hussein et dans tous les lieux fermés au monde extérieur.

Tout d’abord, il y a eu la difficulté de se rendre à Arlit, au Niger. « Areva ouvre ses portes à qui veut s’y rendre » (Anne Lauvergeon sur Europe 1) mais au prix de combien de négociations et d’insistance ? Comme vous le rappelez, il aura fallu six mois. Six mois d’appels quasi quotidiens pour obtenir ce fameux sésame et pour que vous teniez votre promesse renouvelée le jour de la signature des observatoires de la santé.

Le tournage ensuite n’a pas été aussi libre et aussi simple que vous l’exprimez. La visite de la mine souterraine d’Akokan n’était pas au programme, malgré notre demande, et nous avons dû insister lourdement pour pouvoir nous y rendre. Chacun de nos pas était accompagné. La circulation dans Arlit afin de réaliser des images était réduite au minimum, ce qui rendait toute investigation dans la cité impossible. La rencontre avec la société civile à laquelle ne devait soi-disant pas assister Areva comportait dans son assemblée un adjoint de Monsieur Souley [directeur de la communication d’Areva au Niger, NDLR] venu écouter ce que nous échangions.

Enfin, il y a cette langue de bois générale, à l’exemple des médecins rencontrés dans les hôpitaux de la ville, qui nient toute pathologie liée à l’activité des mines alors que les exemples se multiplient et que la pollution du site est une réalité maintes fois prouvée. Ce discours officiel semble nier la réalité jusqu’à l’absurde.

Il y a donc un grand décalage entre la « transparence » prônée par votre communication et la réalité que j’ai vécue avec Pascal Lorent sur le terrain. En cela, Areva se comporte dans la méthode (j’écris bien dans la méthode) comme la Corée du Nord ou tout système fermé au monde extérieur.

Vous êtes un communicant de grand talent et les membres de votre équipe (Julien Duperray et Moussa Souley que je remercie pour leur accueil) le sont tout autant. Il serait formidable que vous mettiez ce talent au service de la vérité et qu’Areva assume enfin son passé et la réalité des risques de son industrie. C’est pour moi une question de vraie transparence et de démocratie.

Je regrette d’être ainsi banni de tout accès à vos services car j’aimerais savoir ce que vous ferez d’Imouraren [mine d’Areva au Niger, NDLR] et constater si vos actes de demain seront en accord avec votre communication d’aujourd’hui. Mais en cela aussi, votre méthode ressemble à d’autres régimes visités. »

Dominique Hennequin

Télérama.fr 19-12-09