samedi 24 mai 2014

MALI - CONFLIT - GUERRE - POLITIQUE - RÉPRESSION
Moussa ag Assarid : « Notre but, contrôler l’ensemble de notre territoire » au nord-Mali
Le représentant du MNLA en Europe, Moussa Ag Assarid (DR)

Après les sanglants combats à Kidal, qui ont opposé les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à l’armée malienne, le Mali replonge dans une nouvelle crise. D’après Moussa ag Assarid, l’un des porte-parole du MNLA, son groupe a pris possession de Kidal, Ménaka mais aussi d’Aguelhoc, Tessalit et Anefis. Selon lui, son organisation se rapproche de la ville de Gao où sont stationnés des soldats français de la force Serval. Actuellement à Kidal, il revient pour Afrik.com sur les revendications du MNLA. Entretien.

Afrik.com : L’ONU a indiqué jeudi que le MNLA contrôlait la ville de Kidal plus récemment celle de Ménaka, est-ce que vous confirmez ces informations ?
Moussa Ag Assarid :
 Je confirme. Le MNLA a pris possession de Kidal, Ménaka plus Aguelhoc, Tessalit et Anefis.
Afrik.com : Quels sont les objectifs du MNLA en prenant possession de ces villes ?
Moussa Ag Assarid :
 Nous avons constaté que le gouvernement du Mali n’a pas la volonté politique de négocier. Il n’a pas respecté l’accord de Ouagadougou (voir encadré). L’armée nous a attaqué à Kidal au niveau du gouvernorat (occupé alors par le MNLA). Ensuite il y a eu une attaque de l’armée malienne le 21 mai dernier. Le gouvernement a violé ses engagement. La communauté internationale est témoin, la MINUSMA (l’opération de l’ONU au Mali [1]), Serval (la force française au Mali [2]. Elle a débuté le 11 janvier 2013, à la demande du gouvernement du Mali.), ils ont vu qui a tort, qui a refusé de négocier, qui a refusé de libérer les prisonniers du MNLA. Les objectifs du MNLA sont : de contrôler son territoire ; de sécuriser la population et leurs biens ; de permettre l’accès aux organisations humanitaires ; et de rester disponible pour la négociation, sur un terrain neutre et par l’intermédiaire d’un médiateur consensuel pour négocier un statut juridique à l’Azawad.
L’accord de Ouagadougou : cet accord a été signé le 18 juin 2013, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, entre la République du Mali, le Mouvement national de libération de l’Azawad et le Haut conseil pour l’unicité de l’Azawad (HCUA). Il contient deux phases distinctes. Une première qui consistait à gérer l’urgence. Il s’agissait de permettre l’organisation d’une élection présidentielle, dans la ville de Kidal ainsi que dans toutes les régions du Nord et pour cela de stabiliser la situation sécuritaire. La deuxième phase devait débuter 60 jours après cette élection. Le nouveau chef d’Etat du Mali devait organiser des pourparlers pour aller en profondeur dans la résolution des problèmes, notamment afin de définir le statut administratif de l’Azawad ainsi que les stratégies de développement de la zone. La mise en place de cette deuxième phase a piétiné et les incidents se sont multipliés, chaque camp accusant l’autre d’avoir violé l’accord.
Afrik.com : quels sont les autres organisations qui vous suivent dans vos actions ?
Moussa Ag Assarid :
 c’est une coordination. Il y a le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), et le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) qui est signataire de l’accord de Ouagadougou. Le premier est arabe, le HCUA est composé exclusivement de touaregs. Il est basé essentiellement à Kidal tandis que le MNLA est présent sur tout le territoire de l’Azawad et est multiethniques.
« Indispensable à l’ouverture des négociations »
Afrik.com : Après Kidal, Ménaka et maintenant Tessalit et Aguelhoc notamment, jusqu’où va aller le MNLA ?
Moussa Ag Assarid :
 Je ne le connais pas. C’est secret défense... Nous avons envi de contrôler l’ensemble de notre territoire. Mon envie en tant que politique est de contrôler l’ensemble du territoire.
Afrik.com : le contrôle de ces villes était-elle indispensable à l’ouverture de négociations ?
Moussa Ag Assarid :
 le contrôle était indispensable à l’ouverture des négociations. Selon l’accord de Ouagadougou, les négociations entre le gouvernement et le MNLA devaient reprendre début novembre 2013. Le 17 mai, les hostilités ont repris. Ce n’est pas de notre faute. Nous avions mis en place une commission pour être représenté aux négociations, nous étions disponibles pour négocier. IBK (le président malien Ibrahim Boubacar Keïta) a mené une politique de démission.
« Légitime défense »
Afrik.com : la France et la Mauritanie ont appelé à la reprise dialogue entre le gouvernement et le MNLA, le dialogue va-t-il reprendre ?
Moussa Ag Assarid :
 Nous sommes disponibles à tout moment pour les négociations. C’est le mot « négociation » qui est important, nous ne voulons pas d’un « dialogue ». Je ne sais pas quand les combats vont s’arrêter mais il est souhaitable de ne pas laisser le sang couler.
Afrik.com : vous aviez récemment déclaré à la BBC que le MNLA voulait ouvrir des négociations après la libération des 30 otages lundi dernier, pourquoi les combats ont repris ?
Moussa Ag Assarid :
 parce que le 21 mai dernier, l’armée malienne nous a attaqué. Ils ont tiré huit fois à l’armement lourd. Ils visaient nos cantonnement militaires et même nos représentants politiques. Il y a eu un tir qui est tombé à 400 mètres d’où je me trouvais ! Nous avons attendu 20 minutes avant de riposter. Nous avons accepté le cessez-le-feu du général Jean Bosco Kazura à la tête de la MINUSMA. On a dit : « Ok, mais si vous pouvez le garantir ». Nous avons même fait un geste humanitaire en libérant des prisonniers. Trois jours après, on était attaqué par l’armée malienne qui le reconnaît elle-même aujourd’hui. Notre riposte était uniquement de la légitime défense.
« Nous somme toujours disponible pour les négociations »
Afrik.com : Quelles sont les revendications du MNLA à satisfaire pour que vous cessiez le combat ?
Moussa Ag Assarid :
 Nos revendications, tout le monde les connaît : entamer de vrais négociations avec les vrais belligérants sur un terrain neutre avec un médiateur consensuel. Nous somme toujours disponible pour les négociations.
Afrik.com : Il y a eu des manifestations, à Bamako, de soutien à l’armée malienne, comment réagissez-vous ?
Moussa Ag Assarid :
 C’est de bonne guerre. Les Maliens soutiennent l’armée malienne. Les Azawadiens soutiennent leurs combattants. Après certains civils sont manipulés par le gouvernement pour crier : « A bas la France », « A bas la MINUSMA ». La MINUSMA et la force Serval sont venus pour stopper l’avancé des terroristes du Mujao, d’Ansar Dine et d’AQMI. Nous avons participé à lutter contre ces groupes. Le président français l’avait reconnu de même que le ministre de la Défense qui avait dit que le MNLA avait suppléé les soldats français dans leur reconquête du nord du pays.
Afrik.com : Le MNLA a de nouveau capturé des soldats de l’armée malienne, que va-t-il advenir d’eux ?
Moussa Ag Assarid :
 je suis actuellement en train de faire visiter les prisonniers au CICR (Comité international de la Croix-rouge). Ils seront traités humainement et dignement jusqu’à ce qu’une décision politique soit prise.

[1] La MINUSMA : la MINUSMA a été créée le 25 avril 2013 avec la résolution 2100 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle prend le relais de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA). Elle a été mis en place le 1er juillet 2013.
[2] L’opération Serval : l’opération Serval est le nom qui a été donné à l’intervention militaire de l’armée française au Mali

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vendredi 23 mai 2014

Conférence de presse du MNLA : Bamako fait de la « propagande mensongère »,

23/05/2014 - 17:35

OUAGADOUGOU Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a tenu une conférence de presse hier, jeudi 22 mai à Ouagadougou. Accusant les plus hautes autorités maliennes de faire de la « propagande mensongère » le MNLA a donné sa version des derniers évènements survenus à Kidal qui ont débouché sur la déroute de l’armée malienne et la demande expresse du président malien pour un cessez-le-feu immédiat. Le cours de cette conférence de presse le MNLA a également donné le bilan humain et matériel des derniers affrontements qui l’ont opposé aux forces armées maliennes.


Mossa Ag Attaher et Mahamadou Djéri Maiga, respectivement, Porte-parole et vice-président du MNLA, lors de la conférence de presse du MNLA à Ouagadougou ( PH/DR)
Mossa Ag Attaher et Mahamadou Djéri Maiga, respectivement, Porte-parole et vice-président du MNLA, lors de la conférence de presse du MNLA à Ouagadougou ( PH/DR)
Pour mettre fin à la propagande médiatique du gouvernement malien, le MNLA a tenu une conférence de presse hier à Ouagadougou. 

En effet, depuis que la visite du Premier ministre malien a fini par tourner au fiasco total pour le Mali, les autorités de Bamako distillent mensonges sur mensonges et accusent le MNLA de les avoir combattu et vaincu avec l’aide des djihadistes, de même qu’elles les accusent d’avoir procédé à des exécutions sommaires. 

Propagande mensongère 
Le MNLA, réfute les accusations calomnieuses du Mali de Bamako et les qualifie de « propagande mensongère ». Le MNLA a affirmé que «les deux gouvernements qui se sont succédé depuis l'arrivée d'Ibrahim Boubacar Keita, contrairement au gouvernement transitoire, n'ont jamais eu le souci de la préservation de la paix et du respect des accords de Ouagadougou » et que les nouvelles autorités maliennes portent ses accusations mensongères dans le but de « camoufler leur refus d’aller à de véritables négociations de paix avec l’Azawad et de discréditer le MNLA ». 

Répondant aux calomnies de Bamako qui affirment que le préfet et le sous-préfet auraient été « égorgés », le porte-parole du MNLA est catégorique : « C’est un mensonge, ils n’ont pas été égorgés et nous en avons les preuves ». Mossa Ag Attaher précise que «L'exécution sommaire de l'ennemi n'est pas dans les traditions des groupes de l'Azawad. Pour preuve, lors du conflit en 2012, les 300 soldats maliens qui avaient été capturés par le MNLA ont été remis sains et saufs au CICR». 

Concernant la propagande malienne qui consiste affirmer que le MNLA était assisté par les groupes djihadistes, le MNLA a rappelé que « c’est l’armée malienne qui avait intégré des éléments du Mujao dans ses rangs et non pas le MNLA ». Par ailleurs, sur le terrain, c’est effectivement « le MNLA qui est régulièrement attaqué par le Mujao » et ce sont bien « les membres du MNLA qui sont les cibles de l’Aqmi » et cela parce que « c’est le MNLA qui combat les terroristes et non pas l’arme malienne». 

D’autre part, il est utile aussi de rappeler que c’est bien avec le MNLA que les forces de Serval combattent le terrorisme et non pas avec les soldats maliens. Et il n’est pas non plus inutile de rappeler que c’est le parti présidentiel malien, le RPM, qui a fait élire sur sa liste 2 lieutenants de Ansar Dine et un du Mujao. 

Légitime défense 
Revenant sur la visite du Premier ministre malien qui a mis le feu aux poudre, Mossa Ag Attaher a déclaré que « Ce n'est qu'à la veille de l’arrivée du Premier ministre malien à Kidal, où le Mali ne contrôle ni le territoire ni l'administration, que nous avons été informés par la MINUSMA ». 

Malgré cela « Nous avons tout fait pour que cela ne dégénère pas » a déclaré le porte-parole du MNLA mais, précise-t-il « ce sont les militaires maliens qui ont tiré sur la population civile qui manifestait pacifiquement leur opposition à la présence du premier ministre malien». Le Porte-parole du MNLA a également rappelé que ce sont «les militaires maliens ont été les premiers à tirer ». « Ils ont tiré sur nos positions pendant plus de 20 minutes » a-t-il précisé, ajoutant que « les forces armées azawadiennes n’avaient fait qu’user de leur droit de légitime défense ». 

Le MNLA a estimé par ailleurs qu’il ne pouvait pas rester passif face à des soldats maliens qui viennent tirer sur les populations civiles de l’Azawad qui manifestent pacifiquement leur refus voir revenir les autorités maliennes. Les forces armées maliennes ont tiré sur la population civile de Kidal à trois reprises. Mossa Ag Attaher a précisé qu’« Il y a un désamour total entre la population de Kidal et l’armée malienne ». D’ailleurs, a rapporté le porte-parole du MNLA « les populations civiles de Kidal sont sorties manifester leur joie après que les forces armées de l’Azawad aient remportés les combats contre l’armée malienne ». 

Concernant la reprise des combats mercredi matin, le MNLA a estimé qu’ils relevaient « de la seule et unique responsabilité du gouvernement malien », « Les combats ont été imposés par l’assaut de l’armée malienne et les forces armées de l’Azawad n'ont fait qu'user de leur droit de légitime défense » a déclaré le porte-parole du MNLA. La suite tout le monde la connait. Le MNLA a repris le contrôle total de Kidal mais aussi de plusieurs autres villes dont Anefis, Léré, 

Bilan des affrontements 
Bilan humain 
2 morts, dont un officier parmi les forces armées de l’Azawad 
Une quarantaine de morts et 70 prisonniers parmi les forces armées du Mali 
Une dizaine de blessés côté Azawad et une cinquantaine parmi les militaires maliens qui ont été remis au CICR 
Bilan matériel 
50 véhicules 4x4 neufs, 10 camions, 12 blindés et plusieurs tonnes d’armes et de munitions ainsi que deux citernes de carburants ont été récupérées par les forces armées de l’Azawad. 
Plusieurs casernes militaires ont été récupérées aussi bien à Kidal que dans les autres villes 

Cependant, malgré cette victoire éclatante du MNLA, son porte-parole, Mossa Ag Attaher, a assuré que la défaite infligée par les forces armées de l’Azawad à celles du Mali ne leur procurait « aucun enthousiasme particulier » car « Notre objectif n’est pas de gagner les batailles mais de gagner la paix »a-t-il dit. 

Perspective d’avenir 
Au cours de la conférence de presse, le porte-parole du MNLA a affirmé que « la solution à ce conflit n’est pas militaire » et que son Mouvement est « prêt à mettre fin aux hostilités à condition que l’armée malienne en fassent de même » avant d’ajouter que les forces azawadiennes entendaient bien garder toutes leurs positions tant qu’il n’aboutiraient pas à un véritable accord : « Nos revendications n’ont pas changé : nous demandons l’application de l’accord de Ouagadougou et un statut juridique et politique pour l’Azawad ». 
«Nous voulons mettre fin à ces hostilités à condition que l'armée malienne le veuille. Mais pour l'heure, nous avons donné des instructions à nos forces pour protéger les positions nouvelles et anciennes jusqu'à nouvel ordre », a-t-il insisté. 

Crise humanitaire 
Évoquant une véritable « crise humanitaire » dans l’Azawad, le porte-parole du MNLA a appelé la communauté internationale à venir en aide aux populations civiles de Kidal et aux blessés car même l’hôpital a été mis hors service par les tirs d’obus et de missiles de l’armée malienne. 

avec agences 

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SIWEL